Violences fondées sur le genre au Congo : le combat reste grand en dépit des efforts amorcés

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Bien que touchant les deux genres, selon le Fonds des Nations unies pour la population (Fnuap), les abus à l’égard des femmes et des enfants de moins de 18 ans constituent l’une des violations des droits fondamentaux les plus fréquentes dans le monde. Cette violence ne connaît pas de frontières, qu’elles soient économiques, sociales ou géographiques.

Le plus souvent manifestées sous formes d’abus physiques, psychologiques et moraux, les violences fondées sur le genre renvoient aux relations de subordination telles les viols, les insultes, les harcèlements, les intimidations, les bastonnades, les mépris exercés à l’endroit d’une personne, quel que soit son genre.

« Entre 2016 et  début 2018, cent cinquante-quatre cas de violences faites aux femmes ont été recensés dans trois centres de santé (hôpital de Talangaï, le Centre de santé intégré de Madibou et le Centre hospitalier de Makélékélé). A l’hôpital de base de Bacongo, vingt cas ont été enregistrés de mars à août 2018 », a déclaré le Dr Carmel Matoko Miambanzila, directrice de l’hôpital de base de Bacongo et coordonnatrice nationale de la collecte des données sur la violence fondée sur le genre.

Selon Victor Banaminou, coordonnateur du projet de renforcement de la société civile et des acteurs étatiques pour améliorer le respect des droits de filles et femmes congolaises, « entre mars 2017 et juin 2018, sur les trois cent quarante-deux cas de violences reçus aux guichets uniques de ce projet basés à Brazzaville et Pointe-Noire, cent soixante-quatorze portaient sur des  femmes, cent soixante-deux sur des filles mineures et six sur des garçons mineurs. Des cas de violences sexuelles, les plus abusées sont des filles mineures soit cent soixante-treize cas sur le total enregistré ».

Les violences sexuelles sont le plus souvent causées par des proches de la famille. Difficilement dénoncées, elles se résolvent  par des arrangements à l’amiable.

Considérée comme une honte, nombreux entourent cette problématique d’une culture de silence. Ce qui présente des conséquences graves sur la vie des victimes : grossesses forcées et non désirées, avortements dangereux, fistules traumatiques, frigidité, infections sexuellement transmissibles, notamment le VIH, allant même jusqu’à leur décès, haines, traumatisme crânien, etc. En effet, selon le Dr Miambanzila, « les coups et blessures qui relèvent de violences conjugales de type physique sont évoqués assez tardivement car le plus souvent, ce sont des fractures ayant été consolidées qui sont découvertes ».

Selon des données du Fnuap, les  services de santé font partie des premiers endroits où les victimes de violences vont chercher de l’aide. Pour cause, ces victimes sont à la recherche des personnes qui les comprennent, les supportent, leur donnent beaucoup d’amour, sans les juger ou les culpabiliser comme le feraient des membres de leur entourage.

Un combat continuel…

« En dépit de la sensibilisation des autorités locales et d’arrondissements aux différentes formes de violences, de la sensibilisation du personnel de santé à la prise en charge psychologique et médicale et à l’existence du guichet unique et d’un numéro vert servant à recevoir à distance les victimes, de l’appui médical et du suivi juridique qu’offrent des projets, ONG, institutions étatiques ou organismes internationaux, etc., le combat reste immense car il faut continuer à briser le silence autour de cette mauvaise pratique en faisant valoir le droit de chaque femme et chaque fille à une vie sans mauvais traitements ni violence », dénonce une activiste de lutte contre les violences faites aux femmes.

« La prise en charge est une chaîne constituée de différents maillons, à savoir la prise en charge médicale, la thérapie psychologique, l’accompagnement et la poursuite juridique, la prise en charge sociocommunautaire. Lorsqu’une chaîne se casse, la prise en charge a échoué. Alors, le combat ne doit pas se limiter qu’à Brazzaville et Pointe-Noire car nombreuses de nos études montrent que ces violences sont également enregistrées en zone rurale où la population, très attachée à la tradition ancestrale, a appris à la femme qu’elle devait se taire et supporter », martèle le Dr Carmel Matoko Miambanzila.

En outre, on dénote le fait que bon nombre de coupables de ces abus restent impunis à ce jour.  Selon les données du projet de renforcement de la société civile et des acteurs étatiques pour améliorer le respect des droits de filles et femmes congolaises, sur cent soixante-dix-neuf plaintes reçues à la police et à la gendarmerie entre mars 2017 et  juin 2018, cent dossiers sont parvenus à la police. Cependant, trois cas seulement ont abouti au tribunal. Un véritable sentiment d’échec que ressentent les victimes.

Notons que le 25 novembre de chaque année est célébrée la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes.

Légendes et crédits photo : 

Illustration

Source : http://www.adiac-congo.com/

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