Valentin Mubake, symbole d’une Union en crise

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« Le président Tshisekedi m’a invité et il m’a dit que j’étais son choix pour la Primature, c’est ce que j’ai dit aux évêques », cette déclaration est de Valentin Mubake, prononcée le 20 mars dernier, à l’issue d’une rencontre avec les évêques de la Conférence épiscopale nationale du Congo à Kinshasa.

35 après sa création, ce parti qui symbolise à lui seul la lutte pour la démocratie en République du Congo traverse ouvertement une crise sans précédent. Amputée de son leader charismatique et historique, disparu le 1er février dernier, en plein bras de fer avec le Pouvoir, l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) doit à présent faire face à ses démons de la division. Les mêmes qui l’habite depuis la nuit même du 15 février 1982  où  Étienne Tshisekedi, Marcel Lihau et d’autres ont décidé de s’unir pour défier le tout-puissant Maréchal Mobutu.

Porté à la tête de son Bureau politique et présenté sa candidature comme Premier ministre, conformément à l’accord signé le 31 décembre, Félix Tshisekedi ne rencontre pas l’approbation de plusieurs cadres de cette large coalition de l’opposition et même celles des cadres de son parti, l’UDPS.

Si la fronde a principalement touché le Rassemblement, avec la création d’une aile dissidente rangée derrière l’opposant Joseph Olenghankoy, c’est à  l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) que la fronde allait le plus être dévastatrice.  En effet, bien avant même la mort du Sphinx, des voix commençaient à s’élever pour contester l’ascension un peu trop rapide de Félix Tshisekedi, fils du leader charismatique de ce mouvement. Nommé Secrétaire général adjoint en octobre 2017, un poste qui fait de lui le numéro 3 du parti, dans une deuxième vague de nominations en espace de quelques mois seulement, Félix Tshisekedi avait précipité le départ de Bruno Mavungu, qui n’a pas hésité à fustigé le fils du Lider-Maximo.  « On m’a écarté pour placer Félix [Tshisekedi] à la tête de l’UDPS« , déclarait Bruno Mavungu dans une interview, le 17 août dernier sur Politico.cd

« Félix Tshisekedi et ses amis profitent de l’Udps pour remplir leurs poches, tout en tuant le parti à petit feu. Ces propos de l’has been Secrétaire général de l’Udps ont été très applaudis par plus d’une centaine de membres et sympathisants réunis dans la soirée à la permanence du parti« , accusait l’ancien Secrétaire général de l’UDPS.

Plus tshisekediste que Tshisekedi lui-même

Valentin Mubake, symbole d’une Union en crise

Ce désarroi, c’est finalement Bruno Tshibala, jusqu’à lors secrétaire général adjoint de l’UDPS, qui le laisse éclaté à la mort d’Etienne Tshisekedi, rejoignant l’aile Joseph Olenghankoy, tout en contestant la désignation de Felix Tshisekedi comme candidat à la Primtature. Une désignation qui se serait faite à travers une lettre aussi contestée que surprenante. Il se verra « auto-exclu » du parti.

Comme souvent au sein de l’UDPS, les départs sont ainsi perçus comme des « trahisons », des gens « acheter par le Pouvoir ».  Justin Bomboko, Marcel Lihau, Rémy Massamba Ma Kiese, Francois-Xavier Beltchika-Kalubye, François Muamba, Eve Bazaiba, Francois tshipamba Mpuila, Marc Kapend, Samy Badibanga, Jacquemain Shabani, Bruno Mavungu, Roger Lumbala… tant d’hommes ont tous connu le même rengaine.

Alors que Valentin Mubake, qualifié de « plus tshisekediste que Tshisekedi lui-même ou encore plus royaliste que le roi », affichait ouvertement son opposition à Félix Tshisekedi,  ce dernier aura mis longtemps pour le sanctionner. « Valentin est un homme de conviction, c’est très difficile de faire croire aux gens que c’est un traître », confie un haut cadre de l’UDPS.

Toutefois, ce dernier a poussé, semble-t-il, le bouchon trop loin, en débarquant au Palais de la Nation mardi pour finir par y rencontrer le Président de la République. Cette rencontre qu’il présente ici comme « intuitu personae », aura suffit pour que la ne sanction tombe.  « La Présidence du Parti relève que le comportement de Monsieur Valentin MUBAKENOMBI constitue un manquement grave aux Statuts et Règlement Intérieur de l’UDPS en ce qu’il s’est rendu coupable du non-respect de la hiérarchie et des instructions du Parti, du Vagabondage politique. A dater de ce jour, la Présidence du Parti constate et prend acte de l’auto-exclusion de Monsieur Valentin MUBAKENOMBI, l’interdit d’utiliser la dénomination du Parti, ses insignes, logos et de parler en son nom, conformément à l’article 7 du Règlement Intérieur du Parti« , explique le communiqué signé par Jean-Marc Kabund à cet effet.

Néanmoins, les sanctions ne règlent pas les divergences d’opinion de plus en plus grandissante au sein du parti d’Étienne Tshisekedi, désormais menacé d’extinction. A l’heure actuelle, deux des trois dignes successeurs du Sphinx viennent de quitter le navire.  Félix Tshisekedi est donc le seul maître à bord. Cependant, si son père a longtemps maintenu le mythe, faisant face aux départs répétés, le fils devra néanmoins batailler ferme, au vu de sa stature et expérience, pour garder ce parti à son niveau datant. Mubake ou Tshibala sont peut-être des traîtres, mais cette partition ne pourra pas être jouée à longueur, au point de remettre en cause l’avenir même de ce grand parti.

Litsani Choukran,
Le Fondé

Source : Politico CD

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