Tshisekedi: un vainqueur crédible ?

0

Au beau milieu de la nuit, la Céni, la commission électorale nationale indépendante congolaise, annonçait, selon des résultats provisoires, l’élection de Félix Tshisekedi à la présidence de la République démocratique du Congo. Une annonce qui suscite beaucoup de réactions locales et internationales depuis ce matin, mais qui suscite aussi plusieurs questions.
 
Les résultats sont provisoires car ils peuvent encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle, c’est l’article 74 de la loi électorale de la RDC. Le délai d’examen du contentieux de l’élection présidentielle est de sept jours à compter de la date de saisine de la Cour constitutionnelle. Si le recours est non-fondé ou irrecevable, la Cour constitutionnelle peut alors publier les résultats définitifs des élections.

Tout recours doit être introduit dans les deux jours après l’annonce de la Ceni, par le « parti politique ou le regroupement politique ayant présenté un candidat ou son mandataire » ou un « candidat indépendant ou son mandataire ».

Selon le calendrier publié par la Céni, les résultats définitifs de l’élection présidentielle devaient être publiés le 15 janvier. Mais l’annonce des résultats provisoires ayant été reportée, ceux-ci sont également retardés. La prestation de serment du nouveau président, qui devait avoir lieu le 18 janvier, sera probablement elle aussi reportée de quelques jours.

A noter que toutes les circonscriptions n’ont pas encore pu voter: c’est le cas de Béni, Béni-ville et Butembo-ville dans la province du Nord-Kivu (en raison d’attaques fréquentes de rebelles ougandais et d’une épidémie d’ebola), et de Yumbi (violences communautaires). Là, les élections – présidentielle, législatives et provinciales – sont reportées au mois de mars 2019. Ce report concerne 1.256.117 électeurs (sur les 40 millions inscrits). La prestation de serment du nouveau président se fera donc sans les votes de cette partie de la population…

Pour le vainqueur, Felix Tshisekedi, et son parti, l’UDPS, la question ne se pose pas : il est bien le vainqueur de ces élections, comme l’a déclaré la Céni. Une analyse que ne partage pas du tout Martin Fayulu, qui dénonce des « résultats fabriqués ».

Dans les cercles diplomatiques et plusieurs capitales (dont Bruxelles et Paris), les questions vont aussi bon train. Nombreux sont ceux qui attendent les conclusions des missions d’observation qui ont pu mener un décompte parallèle des voix, notamment celles de la Cenco, la Conférence épiscopale nationale du Congo. Et selon deux diplomates, cités par Reuters, les résultats annoncés par la Céni ne correspondent pas au décompte effectué par la Cenco, qui attribue la victoire à Martin Fayulu.

Pour François Ryckmans, ancien journaliste de la RTBF qui a longuement suivi l’actualité congolaise, « les missions d’observation de la Cenco sont très sérieuses et la Conférence épiscopale a fait savoir les chiffres qu’elle avait en main. Elle ne les a pas publiés parce qu’elle n’avait pas le droit de le faire ». François Ryckmans précise encore que « les électeurs congolais ont toujours très bien observé les consignes de vote de leur leader. C’est très fréquent, ça s’est vu en 1960, en 2006 et en 2011. Jean-Pierre Bemba et Moïse Katumbi, comme un grand leader politique dans le Grand Nord, Antipas Mbusa Nyamwisi, ont appelé à voter Martin Fayulu. Si on fait l’addition du potentiel de voix que Martin Fayulu pourrait revendiquer… Mais restons extrêmement prudents. »

Les conclusions de la Cenco et des autres missions d’observation sont attendues avec autant d’impatience que d’inquiétude.

Source: http://www.mediacongo.net/

Laisser un commentaire