Sondages Les Points : les ministres ayant marqué l’an 1 du gouvernement Tshibala

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16 mai 2017 – 16 mai 2018, l’exécutif national issu de l’Accord de la Saint-Sylvestre a totalisé une année depuis son investiture à l’Assemblée nationale. L’événement a offert à l’institut de sondage une belle occasion d’évaluer l’action des ministres à travers une enquête réalisée du 11 au 12 mai à Kinshasa sur un échantillon de mille personnes reparties selon leurs tendances politiques.

Après stratification des données récoltées, les principaux enseignements à retenir. Dans la rubrique des membres du gouvernement, les plus célèbres (grâce à leur forte médiatisation) ne sont pas toujours les plus appréciés. Des ministres moins médiatisés ont convaincu la population par leurs actions. Dans la catégorie  des cracks, figure la quasi-totalité des habitués du TOP 10 de chaque mois et quelques nouvelles têtes, à savoir Michel Bongongo, Lumeya Dhu Malegi, José Makila, Léonard She Okitundu, Joseph Kokonyangi, Marie-Ange Mushobekwa, Chantal Safou, Lambert Mende, Henri Yav et Alexis Tambwe Mwamba. Le deuxième groupe est constitué des ministres jugés convaincants durant les premiers mois de leur mandat avant de sombrer dans la quasi-inactivité. On y retrouve notamment Papy Nyango des Sports. Dans la catégorie de ceux n’ayant pas marqué l’opinion publique, l’on cite Justin Bitakwira, Lisanga Bonganga, Steve Mbikayi et Joseph Kapika. Les autres, à l’exception de certains qui s’occupent de portefeuilles stratégiques comme Azarias Ruberwa (Décentralisation), Franc Mwedi Malila (Tourisme) et Matuku (Emploi), n’ont qu’un but : exister, par la rhétorique ou par le travail, à condition que le chef de l’Etat s’en aperçoive.

Un tableau comparatif mensuel a été dressé pour dégager la moyenne annuelle par ministre. N’y figurent que les ministres ayant totalisé une cote mensuelle supérieure ou égale à 50% au cours de l’année. Des actions réalisées par les ministres, il n’a été retenu que celles qui ont eu plus d’impact dans l’opinion. Au total, seuls onze ministres du gouvernement Tshibala ont franchi la moyenne annuelle et le classement est resté presqu’inchangé.

Le premier à avoir convaincu les sondés est Michel Bongongo de la Fonction publique. A son actif, le lancement de la réforme dans l’administration publique inscrit dans le programme financé par la Banque mondiale consistant à identifier les personnes éligibles à la retraite et au rajeunissement de l’administration publique. Ce programme a été marqué par une grande transparence et la collaboration avec les syndicalistes, à la grande satisfaction de la population. En plus, le climat de paix sociale instauré dans ce secteur marqué par des mouvements des grèves répétitifs a été salué. A la tête du baromètre depuis la formation du gouvernement, il totalise une moyenne annuelle de 78,2%.

Après avoir pris l’envol avec une cote de 55%, aux cent jours du gouvernement, le ministre Lumeya Dhu Malegi des Affaires foncières voit sa cote escalader au cours de cette année grâce aux mesures salvatrices prises dans le domaine foncier, notamment la révocation des conservateurs et de certains agents impliqués dans la spoliation des biens immobiliers et autres malversations financières. L’instauration de l’ordre dans ce secteur et la maximisation des recettes lui sont également reconnues positivement. Ces mesures jugées impopulaires par les grands mafieux qui s’inscrivent généralement parmi les tenants du pouvoir et certains lobbies des grands hommes d’affaires ont payé cash. D’une part, on note la récupération de 116 793 hectares à Kinshasa pour servir à l’implantation des usines et industries, et de l’autre, la mobilisation de 13 000 000 de francs congolais par le ministère au profit de l’Etat congolais pendant cette période où la République envisage d’autofinancer les élections dans le respect du délai fixé par l’Accord de la Saint- Sylvestre. A en croire les enquêtés, c’est la première fois que le grande masse de la population apprenne que le ministère des Affaires foncières est aussi générateur des ressources financières. Il se pointe à la deuxième place avec 64,75% de moyenne annuelle.

Avec 64,25% de moyenne annuelle, Jose Makila se place troisième suite à sa détermination d’offrir des emplois aux Congolais par le lancement des grands projets oubliés dans les tiroirs du ministère des Transports. La construction du nouvel aéroport international de N’djili et le port en eau profonde de Banana sont ses deux grands défis pour booster l’économie du pays, d’une part, et lutter contre le chômage, d’autre part. Dans le domaine de l’aviation, on enregistre l’acquisition des aéronefs pour la compagnie aérienne nationale et le lancement avec succès de la ligne Kinshasa-Johannesburg.

Très préoccupé par l’amélioration de l’habitat, Joseph Kokonyangi a réussi à relancer la coopération entre l’ONU-habitat et la RDC, interrompue depuis plusieurs années. Sa lutte contre les champions de la spoliation de l’immobilier congolais lui attire pourtant plusieurs ennemis. Cependant, l’homme demeure très entreprenant au point de lancer la campagne dénommée « Un toit pour tous » à la suite de la signature des contrats avec des investisseurs malaisiens pour la construction des logements sociaux dans la périphérie est de Kinshasa. Il obtient 62,37% de moyenne annuelle et se classe quatrième. Léonard She Okitundu arrive à la cinquième place avec 61,75% .Toujours entre deux avions, le chef de la diplomatie congolaise s’est assigné l’objectif de soigner l’image du pays auprès de la communauté internationale. A en croire les sondés, sa mission est quasiment réussie. Ils en veulent, pour preuve, la désignation de la RDC au Comité des droits de l’homme de l’ONU malgré le refus de certaines grandes puissances occidentales, l’apaisement du ton de ces dernières envers les dirigeants congolais, la fin de l’hémorragie des sanctions ciblées contre des officiels congolais, etc. 

Emmanuel Ramazani Shadari, bien que ne faisant plus partie du gouvernement, y a laissé des empreintes indélébiles au cours de ses quatorze mois passés aux affaires avec notamment la pacification du Grand Kasaï, la formation de la police et la résolution pacifique du conflit datant de près d’une décennie entre pygmées et bantous, dans le Tanganyika, grâce à son approche pacifique axée sur le dialogue. Il laisse derrière lui une opinion favorable vis-à-vis du ministère de l’Intérieur. 61,62 % des Congolais jugent fructueux ses déplacements à l’intérieur du pays. On relève également que le désormais ex-patron de l’Intérieur et sécurité, dorénavant secrétaire permanent du PPRD, a réussi à maîtriser la situation sécuritaire dans la ville de Kinshasa qui a enregistré moins d’attaques des délinquants urbains appelés Kuluna. Il pointe à la sixième marche du baromètre du gouvernement. A la septième place, est logée la ministre des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa, qui fait partie des membres de l’exécutif central qui  se démarquent. Plus de 54% des Congolais louent les efforts qu’elle ne cesse de fournir pour faire respecter les droits de l’homme. Elle s’est particulièrement illustrée dans les enquêtes sur les violences dans le Grand Kasai et à la suite des manifestations du 31 décembre 2017 et du 21 janvier dernier. Avec son collègue des Affaires étrangères, elle a été une actrice majeure dans la désignation de la RDC au Conseil des droits de l’homme des Nations unies.

Mission réussie également pour la ministre du Genre, Chantal Safou Lopusa, du 17 au 19 janvier dernier à Addis-Abeba, en Ethiopie, où elle a présidé avec succès la cinquième session du pré sommet du Comité technique spécialisé sur le Genre qui fait des recommandations aux chefs d’Etat et de gouvernement membres de l’Union africaine. Très active, elle a marqué le mois de la femme avec des actions en faveur de la femme rurale, lesquelles ont connu la participation très remarquable de la première dame de la République, Olive Lembe Kabila. Classée huitième après sa collègue des droits humains, elle obtient 52,37% de moyenne annuelle. La prise de fonction de Bruno Tshibala rime avec la dépréciation du franc congolais par rapport au dollar américain, phénomène contre lequel s’est dressé le ministre des Finances, Henri Yav, aux fins d’en limiter les dégâts. Il avait proposé au gouvernement une série de mesures, précisément l’augmentation des exportations afin de gagner plus de devises étrangères. En effet, l’argentier du gouvernement avait pris le risque de contredire le chef du gouvernement qui avait promis de baisser le taux de change à 1000 FC. Avec 52% de moyenne annuelle, Henri Yav s’est montré et se montre à la hauteur de sa tâche. Le ministre de la Communication et médias, Lambert Mende Omalanga, bien que moins tonitruant pendant la première année du gouvernement Tshibala, fait honneur à son ancienneté dans l’exécutif. Avec 50,67% de moyenne annuelle, il est considéré comme prenant au sérieux sa mission. Alexis Thambwe Mwamba  clôture la liste des ministres ayant obtenu plus ou moins 50% grâce à la révocation de plusieurs magistrats dont le travail sapait les efforts fournis dans le secteur juridique congolais.

Ce rapport fait également état d’autres ministres n’ayant pas atteint la moyenne annuelle de 50% mais dont les actions ne sont pas passées inaperçues dans l’opinion. C’est le cas du ministre de la Défense, Crispin Atama. Quoique se faisant plus discret, il n’est pas du tout ignoré par la masse silencieuse. Il est salué pour les efforts fournis dans la défense du territoire national. Ce pourcentage serait plus élevé n’eut été la discrétion qui est de mise dans ce secteur hautement stratégique. Jean-Lucien Bussa, du Commerce extérieur, jouit principalement de l’effet positif de la série de mesures prises pour mettre de l’ordre dans l’importation des produits alimentaires et d’autres marchandises. Moins cité durant toute l’année, Martin Kabwelulu se retrouve au cours du mois de mai grâce à sa principale contribution pour la réalisation du nouveau code minier récemment publié par le chef de l’Etat.

Résultats mitigés pour les grandes gueules

Officiellement, elles doivent leur participation au gouvernement à l’Accord de la Saint-Sylvestre. Cependant, on a l’impression que leur poid politique en est pour beaucoup. Pour leur soutien au dialogue politique depuis les assises de la Cité de l’Union africaine à celles du Centre interdiocésain, Steve Mbikayi et Justin Bitakwira ont hérité respectivement du ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire et celui du Développement rural. Si le premier se bat pour rester visible dans son secteur malgré les échecs à répétition de la plupart de ses initiatives, le second ne fait guère plus que ce qui l’a rendu célèbre, c’est-à-dire distiller des petites phrases et donner dans la représentation médiatique. Ses phrases lyriques sont plus connues que ce qu’il a réalisé dans son secteur. C’est ce que pensent les Congolais sondés.

Premier membre du gouvernement à avoir osé s’en prendre au Premier ministre, Lisanga Bonganga s’est rétracté. Ce, après s’être rendu compte que différents projets de son ministère chargé des Relations avec le parlement moisissaient dans les tiroirs faute d’argent. Redevenu docile, il se contente de représenter le Premier ministre et d’accompagner ses collègues à des activités dans leurs secteurs. Pour 78% des Congolais, celui qui se faisait appeler « Kebano » avant d’entrer dans le gouvernement manquerait  de bilan. Les sondés se souviennent de lui comme porte-parole de l’opposition plutôt que comme membre du gouvernement. Il en est de même du ministre d’Etat à l’Economie nationale, Joseph Kapika, qui, pour 64% de sondés, s’illustre par des déclarations sans impact. Ils évoquent notamment ses décisions interdisant l’augmentation des prix du pain et du carburant. L’autre critique qu’on lui fait est de s’être opposé à son collègue de la Fonction publique dont il aurait usurpé le pouvoir de réhabiliter le secrétaire général de son ministère.

Légendes et crédits photo : 

Tableau comparatif des cotes des ministres au baromètre mensuel

Source : http://www.adiac-congo.com/

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