Sommet de la Francophonie : Emmanuel Macron impose Louise Mushikiwabo comme secrétaire générale de l’OIF

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Les protestations énergiques de Michaëlle Jean n’y auront rien fait. Ce vendredi 12 octobre 2018, Louise Mushikiwabo a été désignée secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en lieu et place de l’ancienne gouverneure générale du Canada, qui n’aura fait qu’un mandat de quatre ans. En raison de l’activisme de la France – Paris a fortement poussé la candidature de l’actuelle ministre des Affaires étrangères du Rwanda -, la consécration de cette proche du président Kagame est perçue comme un retour de l’OIF dans son giron d’origine, l’Afrique.

C’est la candidate que personne n’attendait. Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, officiellement adoubée, un peu à la surprise générale, par le président Macron en mars 2018, prend les rênes de l’Organisation internationale de la Francophonie, lors du XVIIème sommet de l’Organisation, les 11 et 12 octobre 2018 à Erevan, capitale de l’Arménie. Portrait et revue de presse de la nouvelle secrétaire générale de l’OIF.

L’atout majeur de la ministre de Paul Kagame pour briguer la direction de l’instance francophone, se trouverait tout d’abord dans le simple fait qu’elle est … africaine. C’est bien ce qui ferait la différence entre elle et l’actuelle tenante du titre Michaëlle Jean, qui fait figure d’exception à une sorte de règle tacite voulant que depuis sa création, l’OIF a toujours été entre les mains d’une personnalité née sur le continent. Une règle contredite par la Canado-haïtienne, en direct également sur l’antenne de Tv5monde.

C’est donc sans grande surprise cette fois que l’Union africaine lui apporte son soutien lors du sommet de Nouakchott en juin 2018. L’Union « dirigée par le Rwanda cette année – a appelé solennellement les 29 pays du continent qui font aussi partie de l’organisation francophone à voter pour la candidate africaine […] La candidate du Rwanda pour diriger la Francophonie compte sur le soutien de ses pairs africains pour emporter la mise. Le président du Rwanda Paul Kagame a écrit aux chefs d’Etat concernés pour les appeler à soutenir la candidature de sa ministre », nous précise l’article de RFI.

Instrument d’une espérée réconciliation franco-rwandaise

Mais pour certains, la candidate rwandaise à l’OIF ne serait que l’instrument diplomatique et politique d’une espérée réconciliation franco-rwandaise, qui permettrait de sonner le glas d’une longue période de grand froid, en raison du rôle présumé de la France et de son armée lors des débuts sanglants du génocide. Comme le présente Jeune Afrique, « L’affaire est donc entendue : malgré les ruptures, les phrases au vitriol et autres flèches qui empoisonnent depuis 1994 les relations entre leurs deux pays, les présidents Paul Kagame et Emmanuel Macron viennent d’officialiser un armistice improbable dans la guerre froide franco-rwandaise ».

Pour l’écrivaine franco-ivoirienne Véronique Tadjo, ce choix laisse « perplexe ». Comme elle l’écrit dans un article du Monde.fr, « l’Organisation internationale de la francophonie [OIF] est dans une crise interne profonde qui menace de la faire imploser. La candidature de Louise Mushikiwabo, actuelle ministre rwandaise des Affaires étrangères, au poste de secrétaire générale de l’OIF, officialisée en mai à Paris à l’occasion d’une visite du président rwandais Paul Kagame à son homologue français, a été approuvée officiellement par le conseil exécutif de l’Union africaine lors de son 31e sommet, ceci avec l’appui de Paul Kagame, président en exercice de l’UA depuis janvier 2018 et pour une durée d’un an ».

Véronique Tadjo défendait plutôt l’idée d’une 3ème candidature, et s’en explique : « D’abord à cause des relations très tendues entre la France et le Rwanda depuis le génocide de 1994, les autorités de Kigali accusant le gouvernement de François Mitterrand d’avoir été proche des génocidaires hutus – ce que la France a toujours démenti. Ensuite parce qu’au Rwanda, en 2008, le français a été remplacé par l’anglais comme langue d’enseignement ». (Un proche de Louise Mushikawabo nous confiait pourtant que la tendance actuelle était de réintroduire le français dans les écoles rwandaises ainsi que lors des échanges commerciaux pour favoriser certains secteurs de l’économie, comme c’est le cas dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest, ndlr).

Le Rwanda pas un exemple en matière des droits humains

Néammoins voilà l’un des arguments à charge repris par quatres anciens ministres français chargés de la Francophonie, Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, qui publient une lettre ouverte dans le même quotidien du soir.

« Louise Mushikiwabo n’a pas sa place à la tête de la francophonie », s’insurgent-ils, « Y a-t-il au monde un pays moins bien placé que le Rwanda pour prétendre présider aux destinées de la francophonie linguistique ? »

L’autre raison invoquée dans ce texte pour contester cette candidature, et pas de moindres : la défense des droits humains, valeur, s’il en est, inscrite dans l’ADN de la francophonie, et pourtant tellement mise à mal aussi bien en terres francophones qu’ailleurs.

« Comment imaginer un seul instant que, après avoir fidèlement servi dix années durant une politique étrangère au service d’un seul homme et d’un seul régime, Louise Mushikiwabo va du jour au lendemain se faire le chantre de la démocratie ? », questionnent les signataires de cette tribune, qui enchaînent par une réponse au vitriol : « La pratique du Rwanda en la matière pourra certes lui servir de référence, tant les violations des droits de l’homme dans son propre pays sont nombreuses, qu’il s’agisse des changements apportés à la Constitution pour maintenir à vie son président au pouvoir, ou de la répression des opposants emprisonnés à Kigali, ou exécutés à l’étranger ».

On comprend en lisant entre les lignes alors la réponse qu’elle apporte à ces critiques, quand l’AFP, dans un entretien repris ici dans LibreAfrique lui pose la question de savoir si la Francophonie devrait aller plus loin dans la dénonciation des régimes autocratiques, Louise Mushikiwabo déclare : « Je ne crois pas aux donneurs de leçon. Je crois beaucoup dans un système d’accompagnement, où on écoute, où on pose des questions, où on prodigue des conseils. Pour moi, la meilleure manière de gérer notre mission par rapport à la démocratie et aux libertés, c’est de se tenir tout près des États, de leur donner conseil, quelques fois même de les aider ».

La langue française a des atouts

Alors pourquoi quitter un fauteuil de ministre au Rwanda, pour celui de l’OIF ? Si sa candidature a surpris, selon Jeuneafrique.com, l’intéressée, elle, s’en explique : « Le principe de cette candidature a effectivement été d’abord discuté avec des pays amis, que je préfère ne pas citer, puis avec la France. J’ai pris le temps d’en parler avec le président Kagame et avec des collègues du gouvernement, et il nous a semblé que ce n’était pas une mauvaise idée ».

Une « pas si mauvaise idée » qu’elle défend mi septembre sur le plateau de Tv5monde, « J’ai l’ambition de diriger une institution qui a beaucoup de pertinence sur le plan international ». « C’est un écosystème qui a besoin d’un ajustement au monde », ajoute la candidate.

A l’approche d’Erevan, la postulante a poursuivi son tour du monde, presque essentiellement francophone, de l’Asie en passant par l’Assemblée générale de l’ONU fin septembre 2018 à New York. La ministre affiche aussi son aptitude aux voyages en 3.0 via les réseaux sociaux, et en bonne geek, elle a bien compris que sa campagne se jouait aussi sur les écrans numériques.

La décision du Canada et du Québec de lâcher Michaëlle Jean, à peine deux jours avant le coup d’envoi du sommet à Erevan n’a pu que la réjouir. C’est d’ailleurs sur twitter qu’elle a réagi.

Anglophone autant que francophone, Louise Mushikiwabo se veut la défenseure de la langue française, « L’omniprésence de l’anglais est peut-être inévitable, mais ça ne veut pas dire que la langue française ne peut pas faire valoir ses avantages, ses atouts. Je pense qu’il faut avoir une attitude beaucoup plus proactive ».

« Proactive » tout-terrain, en français ou en anglais dans le texte, la candidate rwandaise n’hésite pas à semer elle-même les grains pour en récolter les fruits.

Source: http://www.mediacongo.net/

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