Santé publique : Jean Vivien Mombouli : « Le Congo ne doit pas négliger le risque d’Ebola »

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Le docteur Jean Vivien Mombouli, directeur de la recherche et de la production au laboratoire national de santé publique, a passé trois ans en Guinée pour assister les plus hautes autorités de ce pays dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola. De retour au Congo, il revient sur cette expérience pour Les Dépêches de Brazzaville et expose ses projets pour son institution de rattachement

Les Dépêches de Brazzaville : En quoi cette épidémie d’Ebola était–elle exceptionnelle ?

Jean Vivien Mombouli : Cette épidémie est effectivement exceptionnelle par son extension géographique et par sa durée. Il s’agit d’une épidémie qui a débuté dans une zone tri-nationale, où convergent les frontières de la Guinée, du Libéria et de la Sierra Leone. Cette zone avait été fragilisée par des décennies de guerres et d’instabilité politique. Il en a résulté une très faible couverture en services de santé publique pour les trois pays, ainsi qu’une faiblesse générale des services d’Etat. Cette épidémie est la plus grande de l’histoire de cette maladie. Les insuffisances de la surveillance et les erreurs initiales dans la riposte ont permis l’explosion inhabituelle de l’incidence des cas de maladie à virus Ebola. En plus du nombre exceptionnel de cas et de décès, il faut souligner que la riposte contre Ebola a nécessité une mobilisation de la communauté internationale sans précédent et a provoqué une récession économique dans les trois pays les plus affectés.

LDB : Le Congo est-il à l’abri d’une telle épidémie ?

JVM : Le Congo a connu quatre épidémies de maladie à virus Ebola entre 1998 et 2005. Ces épidémies étaient associées à des épizooties (ou « épidémies » au niveau des animaux) au niveau de la faune sauvage, notamment au niveau des grands singes. Nous avons organisé, avec le programme au Congo de WCS (Wildlife Conservation Society), une surveillance sentinelle communautaire visant à la détection des animaux morts trouvés en forêt. Grâce au succès de cette initiative, nous avons évité la poursuite de la série des épidémies provoquées par le virus Ebola, malgré la persistance d’une épizootie massive qui s’est prolongée jusqu’en 2009. Des formations à la surveillance intégrée à la maladie sont régulièrement organisées pour renforcer les compétences de nos agents de santé de proximité. Cependant, il faut souligner que le maillage du pays en voies de communication implique désormais une facilité de propagation des virus Ebola et apparentés à travers le pays. Par ailleurs, les écosystèmes présents au Congo sont favorables à la circulation du virus Ebola en n’importe quel point du territoire national. Par conséquent, une épidémie de maladie à virus Ebola est possible. En résumé, une épidémie d’ampleur catastrophique comme en Afrique de l’Ouest est très improbable, compte tenu de notre expérience nationale collective et de la présence sur notre sol de l’OMS. Cependant, nous ne devons pas négliger ce risque.

LDB : Quelles étaient vos fonctions en Guinée et quelle a été la durée de votre mission ?

JVM : Ma mission visait à appuyer la République de Guinée dans l’organisation des activités de coordination de la riposte à Ebola. En effet, la riposte à Ebola nécessite la mobilisation de plusieurs types de ressources au lieu d’éclosion d’une épidémie afin de l’éradiquer le plus rapidement possible. Ma première mission en Guinée (du 22 octobre au 11 décembre 2014) était donc de conduire les différents acteurs à souscrire à un plan unique d’actions avec une répartition des zones d’intervention pour une meilleure maitrise du déploiement des ressources. Pour des raisons familiales, j’ai été contraint de regagner le Congo. Après une chute spectaculaire du rythme d’apparition de nouveaux cas, une persistance préoccupante de l’épidémie a conduit les autorités Guinéennes à solliciter mon retour auprès du président de la République de Guinée au 1er mai 2015, en qualité de conseiller à la coordination de la riposte à Ebola. En 2016, j’ai proposé la restructuration sectorielle qui a abouti à la création de l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de Guinée.

LDB : Quels sont vos projets au laboratoire national de santé publique maintenant que vous êtes de retour au Congo ?

JVM : Nous devons mettre en place un dispositif d’anticipation des épidémies et de réduction des maladies non-transmissibles. Ainsi, il faudrait que le laboratoire national de santé publique dispose d’un réseau de surveillance des risques sanitaires majeures couvrant l’ensemble du territoire national et calibré selon la nature et le niveau du risque concerné. Nos projets vont concerner l’amélioration de la surveillance des maladies à potentiel épidémique (Ebola, choléra, monkeypox, fièvre jaune, chikoungounya, grippe, zika, etc.), d’une part, ainsi que l’instauration d’une surveillance des indicateurs précoces des maladies métaboliques (diabète, hypertension, cancers, etc.), d’autre part. Il faudrait pour cela repenser les modalités de financement du laboratoire national de santé publique, qui le plus souvent ne disposent pas de réactifs. Cette institution souffre également d’un problème de fiabilité qu’il faudra corriger rapidement afin de restaurer sa crédibilité nationale et internationale. 

Légendes et crédits photo : 

Le Dr. Jean Vivien Mombouli et le président Denis Sassou N’Guesso à l’institut national de santé américain (NIH) lors du sommet Etats-Unis Afrique de 2014 ©Rose-Marie Bouboutou

Source : adiac-congo.com

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