Santé publique : faible taux d’applicabilité de la gratuité des soins

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Christian Mounzéo, président de l’ONG congolaise  la Rencontre pour la paix et les droits de l’homme (RPDH), a rendu public, le 27 novembre au cours d’une conférence de presse à Pointe-Noire, le rapport 2018 réalisé sur le suivi des investissements publics sur la politique gouvernementale en matière de gratuité de la césarienne, du paludisme et des antirétroviraux.

La conférence de presse animée en présence de la société civile a permis à l’orateur de présenter les résultats de l’étude de terrain menée par les comités de veille conduites par Fabrice Severin Aubin Kimpoutou et Sy Abdoulaye, entre 2016 et 2017 à Brazzaville, Pointe-Noire, Dolisie, Mossendjo, Owando et Makoua. L’enquête portait notamment sur la politique du gouvernement en matière de gratuité de la césarienne, du paludisme pour les enfants de 0 à 15 ans et les antirétroviraux.

Ce rapport  a été réalisé dans le cadre du  projet « Renforcer le rôle de la société civile dans l’analyse et le suivi des politiques publiques et le contrôle citoyen de l’action publique », piloté par la RPDH en partenariat avec Transparency international, avec l’appui financier de la Délégation de l’Union européenne en République du Congo. D’après ses conclusions, les résultats de l’action menée sont mitigés. Les mesures de gratuité décrétées par le gouvernement en 2007 ont connu une application effective au lendemain de leur publication. Cependant, depuis plus de deux ans, elles ne sont plus respectées. Le personnel de santé évoque des ruptures récurrentes d’approvisionnement, de même, les structures sanitaires ne sont plus ravitaillées en kits de césarienne et des produits antipaludiques, encore moins en antirétroviraux et par conséquent, ces services sont devenus onéreux, a affirmé Christian Mounzéo.

« Nous nous sommes déployé sur le terrain pour évaluer l’effectivité de cette mesure durant ces années et évidemment, ces conclusions sont quelque part mitigées. Les témoignages recueillis vis-à-vis des patients et de l’autorité administrative en charge de cette question révèlent que malgré la difficulté d’accès à l’information, cette opération a connu une certaine ardeur lors de son lancement entre 2007 et  2011. Depuis cette période, il y a eu un relâchement, la gratuité est davantage onéreuse et les bénéficiaires ne sont pas au courant. Les kits de césarienne ne sont pas toujours disponibles et la livraison des antirétroviraux (ARV) accuse u retard », a-t-il souligné. 

Cependant, a -t-il poursuivi, « dans les petites localités comme Mossendjo, le niveau d’applicabilité des mesures de gratuité en ce qui concerne le traitement du paludisme est faible. Cela pose des véritables problèmes d’accès des enfants de 0 à 15ans à des soins de première nécessité, avec toutes les conséquences que cela peut engendrer. Quant aux grandes villes comme Brazzaville et Pointe-Noire, ce taux d’applicabilité ne franchit pas la barre de 50%, ce qui dénote d’une couverture encore insuffisante. On observe aussi la rareté des kits de césarienne dans les structures publiques à compter de l’année 2015, ce qui correspond au début de la crise financière avec pour conséquence une réduction des subventions du gouvernement dans ce secteur », stipule le rapport.

Ce défenseur des droits de l’homme souhaite que le bilan soit fait. « Nous avons pu observer une inadéquation entre l’ambition émise par le gouvernement de mettre en place ce processus de gratuité et sa pratique sur le terrain, puisque l’offre ne répond pas à la demande. Le processus n’est pas soutenu, ce qui pose un véritable problème, de même, le personnel de santé n’est pas aussi important qu’il a envie de bien travailler mais, il est limité par les ressources et les moyens qui ne sont pas toujours disponibles… », a martelé Christian Mounzéo, avant de souhaiter que dans ce contexte économique, cette mesure de gratuité de la césarienne, du paludisme et des antirétroviraux au Congo soit appliquée pour le bien-être de la population.

La RPDH invite la société civile et les médias à une coalition pour se faire entendre

En effet, après avoir souligné les problèmes qui entravent l’effectivité de la mise en œuvre de ladite politique, en particulier le manque de communication, l’absence de contrôle et de sanction des agents véreux, le manque de motivation et l’insatisfaction, la RPDH recommande au gouvernement de créer un fonds spécial d’appui à la décision de gratuité des soins de santé et inciter les différents partenaires au développement à participer à son financement. Au ministère de la Santé d’informer et de sensibiliser la population à la liste des médicaments essentiels auxquels les bénéficiaires de la mesure ont droit, de renforcer le mécanisme de contrôle et gestion des stocks et de distribution aux bénéficiaires.

La RPDH demande, en outre, au ministère des Finances d’instaurer les mécanismes pertinents et efficaces de vérification de l’utilisation des ressources octroyées aux formations sanitaires, dans le cadre de la mise en œuvre de la mesure de gratuité. Christian Mounzeo a, en fin, invité la société civile, les citoyens et les médias à investiguer et dénoncer les actes de corruption relatifs à l’exécution de la gratuité. Il a, pour se faire, solliciter une coalition entre eux pour que ce message soit écouté par les décideurs et que ces derniers leur soient redevables.  

Soulignons que ce troisième rapport de la RPDH sur le suivi des investissements de l’Etat dans le domaine de la santé s’est appuyé sur les données collectées par les comités de veille formés par la RPDH à Makoua, Owando, Brazzaville Mossendjo, Dolisie et Pointe-Noire.

 

Légendes et crédits photo : 

La photo de famille/Adiac

Source : http://www.adiac-congo.com/

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