Santé : alerte sur des moustiquaires sous dosées en insecticides

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Le collectif des organisations de la société civile pour la santé et la lutte contre le paludisme (Cosap) a dénoncé, dans une lettre ouverte au ministre de la Santé, le 21 février, la distribution en République démocratique du Congo (RDC) des moustiquaires imprégnées d’insecticide de longue durée d’action (Milda) de marque Dawa/Tana qui seraient de sous standard et hors normes.

« Nous considérons que nous sommes devant un très grave problème de négligence en matière de santé publique qui a consisté à fabriquer et fournir plus de soixante millions de ces moustiquaires de sous standard et hors normes, destinées à protéger quelque cent vingt millions de personnes à travers vingt pays ! Et ce, sur deux ans ! », s’est indigné le Cosap.  Dans sa lettre ouverte dont des copies ont été réservées aux autres institutions de la Républiques et aux organismes nationaux et internationaux membres du système des Nations unies, le Cosap a revélé que ces moustiquaires n’étaient presque pas imprégnées d’insecticides et ne répondent pas aux normes standards de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tant sur leur taille que sur leur bio efficacité. Ceci étant, elles  ne protégeraient pas efficacement contre le paludisme. Rappelant qu’une communication conjointe Fonds mondial/PMI a carrément recommandé une simple mise en quarantaine de ces moustiquaires, le Cosap se dit étonné que le ministère de la Santé, qui avait été saisi, n’ait fait aucune communication à la suite de cette alerte.

Le Cosap, quant à lui, admet que c’est dans le cadre de la réalisation de sa mission qu’il a été informé, depuis le 2 février, de l’alerte lancée sur ces moustiquaires de marque Dawa-Tana, fabriquées entre janvier 2017 et avril 2018 et distribuées par les principaux bailleurs des fonds de lutte contre le paludisme, sous seing de Global fund et PMI (US Président malaria initiative).

Un très grave problème de négligence

Selon le collectif, durant l’année dernère, la RDC, à travers le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), a reçu pour distribution aux ménages près de six millions des moustiquaires de marque Dawa-Tana.  Il est inadmissible, a-t-il estimé, qu’une compagnie ait pu systématiquement et pendant au moins deux ans sous doser ces produits en insecticides et fabriquer des Milda bien en dessous des tailles requises et ce, sans avoir éveillé les soupçons de leur propre système de contrôle/assurance qualité.

En se tournant vers l’OMS et le Fonds mondial, le Cosap veut comprendre comment les inspections avant livraison dans les pays de fabrication ont pu valider de tels produits. « L’OMS et le Fonds mondial doivent tenir pour responsables de leurs actes, les fabricants des moustiquaires peu scrupuleux et s’assurer que de tels actes soient suivis de conséquences dans un environnement qui semble aujourd’hui souffrir d’impunité au prétexte erroné qu’une moustiquaire sans insecticide continue de protéger de la malaria », a soutenu le Cosap.

Cette situation, d’après ce collectif, soulève plusieurs interrogations notamment sur le contrôle de la qualité des produits, la procédure d’autorisation de mise sur le marché, le respect des normes fixées par l’OMS dans le cadre de l’homologation des produits de lutte contre certaines pathologies, la procédure de sélection des fournisseurs de ces moustiquaires, etc. « Il nous faut combien de scandales de piraterie, combien de pertes en vies humaines pour cause de prise des médicaments de piètre qualité pour que l’on agisse, que l’on protège effectivement nos concitoyens ? Combien d’études de qualité et de rapports sur la durabilité des Milda vont encore être menées par PMI ou nos chercheurs en Afrique sans être suivies des conséquences ? », s’est demandé ce collectif.

A la suite de cette dénonciation, le Cosap attend du ministre de la Santé publique la convocation d’une réunion urgente avec les différents partenaires engagés dans la lutte contre le paludisme, pour faire le point sur la question et lever les options urgentes à mettre en œuvre. Il plaide également pour la mise en quarantaine des stocks des moustiquaires de marque Dawa-Tana disponibles auprès de tous les acteurs de la chaîne de distribution, etc.

Le Cosap a rappelé qu’en tant que collectif des organisations de la société civile, son objectif premier est d’informer et de mobiliser les citoyens congolais dans la lutte contre le paludisme avec comme objectif l’élimination de cette pathologie d’ici à 2025. Il s’active également  pour plus de coordination, de transparence et de redevabilité dans la lutte contre le paludisme en RDC.

Légendes et crédits photo : 

Des paquets de moustiquaires de marque Dawa/ Photo tiers

Source : http://www.adiac-congo.com/

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