Sanctions ciblées, affaire Thambwe Mwamba, enquête de l’ONU au Kasai… : la communauté internationale met la pression sur Kinshasa

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Les ennuis judiciaires du ministre d’Etat congolais en Belgique ajoutés aux sanctions ciblées font monter la tension dans la capitale congolaise, alors qu’il ne reste qu’environ six mois à la RDC pour organiser les élections.

L’actualité politique en République démocratique du Congo reste dominée par les ennuis judiciaires du ministre d’Etat en charge de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, en Belgique. Une affaire qui pourrait encore donner de la matière à la Cour pénale internationale (CPI) sur le dossier RD Congo concernant les crimes contre l’humanité commis dans ce vaste pays au cœur de l’Afrique, au point de donner déjà des insomnies dans les rangs de beaucoup d’acteurs politiques congolais, anciens et nouveaux, et même dans l’entourage immédiat de Joseph Kabila.

Ayant fait tâche d’huile, en Belgique, cette affaire est partie d’un prétexte bien trouvé pour dire à la face du monde que les crimes quelle que soit l’époque de leur commission par les puissants et autres intouchables tout acabit, finissent par rattraper leurs auteurs et commanditaires.

En effet, au plus fort d’âpres combats qui permirent au Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD) de prendre le contrôle de la situation sur l’ensemble d’un territoire correspondant à l’ancienne province du Kivu-Maniema, Alexis Thambwe Mwamba est vite devenu quasi incontournable dans la prise de décisions engageant directement sa responsabilité et celle de ce mouvement insurrectionnel !

Se faisant fort de son poids politique et considérant qu’il lui appartenait de protéger les acquis de son mouvement insurrectionnel alors très actif au Maniema, Alexis Thambwe Mwamba aurait donné son feu-vert à l’abattage, le 18 octobre 1998, au-dessus de l’aéroport de Kindu, chef-lieu de la province du Maniema d’un Boeing 727 de la compagnie Congo Airlines (CAL) par un missile « SAM » par des rebelles qu’il était censé commander au moment de faits.

Thambwe Mwamba, un « intouchable » touché

D’après la plainte introduite par l’avocat de familles de victimes Alexis Deswaer auprès du parquet de Bruxelles (Belgique), l’abattage de cet aéronef civil avait causé la mort de 50 personnes, dont 7 membres d’équipage. Selon une déclaration faite à l’époque par Alexis Thambwe Mwamba, actuel membre du gouvernement de la RD Congo en charge de la Justice, l’attaque dirigée contre le Boeing 727 de la CAL était pleinement justifiée parce que celui-ci avait à son bord des militaires de l’armée gouvernementale répondant de la responsabilité du régime de Laurent-Désiré Kabila que le RCD combattait farouchement.

Selon le quotidien La Libre Belgique, paru mercredi dernier à Bruxelles, Alexis Thambwe Mwamba est déféré devant le parquet de la capitale belge, où il aurait déjà commencé à être entendu par le juge Michel Claise. Sur place en RD Congo en général, et à Kinshasa en particulier, on parle avec volupté depuis quelques jours de cet homme devenu presque « un demi-dieu » dans l’entourage du Président Joseph Kabila. Présenté désormais comme « l’homme de la situation » qui défend mieux ce dernier et son régime en tout temps et en tous lieux au pays et à l’étranger, Alexis Thambwe Mwamba est manifestement dans le trou.

En effet, parti fraichement de Kinshasa avec l’assurance que le fléchissement de l’union européenne après les graves sanctions prises par elle à l’endroit de la RD Congo et de certains de ses dirigeants passe par lui, Alexis Thambwe Mwamba est amené à boire sa naïveté jusqu’à la lie en se trouvant lui-même dans le box des accusés et non au prétoire pour défendre la cause (hélas perdue d’avance) de son gouvernement.

L’interpellation en Belgique de cet homme considéré comme le très proche de l’actuel chef de l’Etat congolais est perçue comme un message que la communauté internationale a bien voulu envoyer à tous ceux qui se croient encore intouchables en RD Congo.

Surtout quand on sait que cette affaire intervient alors que le pays est secoué par une grave crise politique née de la non-organisation des élections législatives et présidentielle en 2016, alors que le second et dernier mandat de l’actuel chef de l’Etat a expiré le 19 décembre 2016.

Le sort de la RD Congo sur le plan politique ne tenant plus qu’au respect de l’Accord politique négocié sous la médiation des évêques catholiques (CENCO), les ennuis judiciaires d’Alexis Thambwe Mwamba en Belgique sont perçus par certains observateurs avertis comme un signal fort que la communauté internationale envoie à Joseph Kabila et à son entourage à presque six mois de l’expiration de l’Accord de la Saint Sylvestre.

Face au risque de chaos que le non-respect de cet Accord fait planer sur la RD Congo d’ici décembre 2017, l’affaire Thambwe Mwamba, et la pression que l’ONU met sur les dirigeants congolais pour enquêter sur les violences meurtrières survenues au Kasaï ne seraient pas le fait d’un simple hasard ni d’une simple coïncidence.

Après les sanctions ciblées des Etats-Unis d’Amérique à l’endroit de certains proches de Joseph Kabila, l’affaire Thambwe Mwamba vient en rajouter sur une vive tension déjà perceptible à Kinshasa, à six mois et quelques jours du sursis accordé au régime J. Kabila pour organiser l’élection présidentielle tant attendue en RD Congo pour permettre à ce pays de vivre sa première alternance démocratique.

Source : Media Congo

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