Rwanda: Victoire Ingabire et Kizito Mihigo libérés de prison

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Deux des principales figures de l’opposition rwandaise, Victoire Ingabire et Kizito Mihigo, sont sorties de prison samedi 15 septembre dans le cadre de la libération anticipée de plus de 2 000 prisonniers décidée la veille par le président Paul Kagame.

« Je remercie le président, qui a permis cette libération », a dit l’opposante alors qu’elle quittait la prison de Mageragere dans la capitale rwandaise, Kigali. « J’espère que cela marque le début de l’ouverture de l’espace politique au Rwanda », a ajouté celle qui purgeait une peine de prison de quinze ans, appelant M. Kagame à « libérer d’autres prisonniers politiques ».

Dans ses premières réactions à RFI, Victoire Ingabire se dit « surprise et contente » et indique son intention de poursuivre ses activités politiques. Victoire Ingabire et Kizito Mihigo étaient considérés comme des prisonniers politiques par les organisations de défense des droits de l’homme. Tous deux purgeaient de lourdes peines.

Grâce présidentielle

La libération surprise de 2 140 détenus, dont Mme Ingabire et le chanteur Kizito Mihigo, a été décidée lors d’un conseil des ministres vendredi, au cours duquel une mesure de grâce présidentielle a été approuvée. « Le conseil des ministres présidé par le président Paul Kagame a approuvé aujourd’hui la libération anticipée de 2 140 condamnés auxquels les dispositions de la loi leur donnaient droit, a précisé un communiqué du ministère de la justice. Parmi eux figurent M. Kizito Mihigo et Mme Victoire Ingabire Umuhoza, dont le reste de la peine a été commuée par prérogative présidentielle à la suite de leur dernières demandes de clémence déposées en juin de cette année. »

A l’issue d’un procès largement contesté, la présidente des Forces démocratiques unifiées (FDU), Victoire Ingabire, avait été condamnée pour « minimisation du génocide », après avoir réclamé la reconnaissance des victimes des massacres du Front patriotique rwandais (FPR), l’ex-rebellion, aujourd’hui au pouvoir.

Condamné à quinze ans de prison, l’opposante en avait déjà purgé huit. Elle avait été arrêtée alors qu’elle était rentrée dans son pays pour participer à l’élection présidentielle d’août 2010.

Le chanteur Kizito Mihigo avait, lui, été arrêté en avril 2014, juste avant la vingtième commémoration du génocide auquel il participait chaque année. Ce rescapé du génocide avait d’abord été porté disparu pendant plusieurs jours. Les autorités avaient fini par reconnaître son arrestation. Officiellement, on lui reprochait une conversation sur Skype avec un opposant en Afrique du Sud. Officieusement, c’est l’une de ses chansons qui

Candidature du Rwanda pour diriger l’OIF en vue ? 

Certains pensent que ces mesures ont été prises pour améliorer l’image du Rwanda en termes de démocratie au moment où le pays tente de briguer le secrétariat général de l’OIF avec la candidature de la ministre rwandaise des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo. (© Ahmed Ould Mohamed Ould Elhadj/AFP)

Eugène Ndahayo, ancien vice-président des FDU aux côtés de Victoire Ingabire, s’est réjoui de sa libération tout en s’interrogeant sur ses motifs. « Nous sommes dans un contexte d’élections au niveau de l’Organisation internationale de la francophonie [OIF] et [la candidature de] Mme [Louise] Mushikiwabo, l’actuelle ministre des affaires étrangères, a été présentée et (…) cette candidature est contestée à cause de la question des droits de l’homme au Rwanda », a-t-il dit à Radio France internationale. Mme Mushikiwabo est soutenue par la France pour devenir la prochaine secrétaire générale de l’OIF, poste qui sera désigné au Sommet de la francophonie les 11 et 12 octobre en Arménie.

Joint par RFI, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, souligne que cette libération n’est que la suite logique d’une demande des prisonniers eux-mêmes.

« Victoire Ingabire et Kizito Mihigo ont écrit, à plusieurs reprises, au président de la République pour lui demander la grâce présidentielle, les dernières lettres datant de juin 2018. Cette grâce présidentielle a été accordée à plus de 2 000 prisonniers y compris Victoire Ingabire et Kizito Mihigo. C’est en rapport avec leur demande de pardon. Cela n’a donc rien à voir avec toute autre considération », précise-t-il.

A la question de savoir ce qu’il répond à ceux qui disent que ces mesures ont été prises pour améliorer l’image du Rwanda, en termes de démocratie, au moment où le Rwanda tente de briguer le secrétariat général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), Olivier Nduhungirehe s’en défend.

« Ils diront toujours cela. Or, la question c’est que nous avons eu des demandes écrites par les deux prisonniers. A moins qu’ils n’insinuent que les deux prisonniers sont en connivence avec le gouvernement. Vraiment, leur considération est ridicule », estime-t-il avant d’admettre que Kizito Mihigo a pourtant demandé pardon, depuis le jour de sa présentation devant la justice.

« Même Victoire Ingabire a demandé pardon depuis longtemps. Ce n’est pas parce que vous demandez pardon que vous allez l’avoir immédiatement. Cela est examiné et considéré et le moment venu, la décision est prise », a ajouté le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe.

Réélu en août 2017 pour un troisième mandat de sept ans, Paul Kagame est crédité de l’important développement d’un pays exsangue au sortir du génocide. Mais il est aussi régulièrement accusé de bafouer la liberté d’expression et de museler toute opposition.

En novembre, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) avait estimé que la condamnation de Mme Ingabire avait violé ses droits à la liberté d’expression et à une défense adéquate. La cour d’Arusha avait cependant souligné qu’elle n’était pas une instance d’appel des décisions de la justice rwandaise et avait refusé d’ordonner une révision du procès ainsi qu’une libération conditionnelle.

Source: http://www.mediacongo.net/

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