Retrait américain du traité INF: un relent de Guerre froide

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En annonçant samedi lors d’une réunion politique à Elko (Nevada) que les Etats-Unis allaient se retirer du traité INF sur les armes nucléaires de portée intermédiaire signé en 1987 avec l’URSS, Donald Trump a jeté un nouveau froid sur ses relations de plus en plus tendues avec Moscou. La rupture d’un tel accord renverrait aux années 1980 et à la crise des euromissiles.

Donald Trump a annoncé samedi que les États-Unis allaient se retirer d’un traité sur les armes nucléaires conclu avec la Russie pendant la Guerre froide, accusant Moscou de le violer « depuis de nombreuses années ». Ce retrait est motivé par le « rêve des Américains de dominer seuls le monde », a rapidement réagi une source au ministère russe des Affaires étrangères, en accusant Washington d’avoir « délibérément » sapé cet accord au fil des ans.

Le traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire avait été signé en 1987 par les dirigeants américain et soviétique de l’époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev. « La Russie n’a pas respecté le traité. Nous allons donc mettre fin à l’accord et développer ces armes », a annoncé le président américain, lors d’une visite à Elko, dans le Nevada. « Nous n’allons pas les laisser violer l’accord nucléaire et fabriquer des armes alors que nous n’y sommes pas autorisés », a martelé Donald Trump.

Un parfum de crise des euromissiles

Nommé en avril 2018, John Bolton serait à l’origine de la décison de Donald Trump.REUTERS/Denis Balibouse

L’administration américaine se plaint du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée, selon Washington, dépasse les 500 km, ce qui constitue une violation du traité INF. Selon le secrétaire général de l’Otan Jens Stoltenberg, la Russie a mis au point un missile, le Novator 9M729, comparable aux missiles russes mer-sol à courte portée mais capable aussi de frapper une cible distante de 500 à 5 500 km, ce qu’interdit le traité INF.

En abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée intermédiaire, ce traité avait mis un terme à la crise des euromissiles déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires ciblant les capitales occidentales. Washington pense que la Russie, en violation du traité INF, développe un système terrestre de lancement de missiles qui lui permettrait de mener des frappes nucléaires en Europe, ce que Moscou dément. Le retrait américain « est le deuxième plus gros coup porté contre tout le système de stabilité mondiale », a affirmé un sénateur russe, Alexeï Pouchkov, le premier étant le retrait américain en 2001 du traité ABM sur les missiles antibalistiques. « Et encore une fois, ce sont les États-Unis qui prennent l’initiative de dissoudre l’accord », a-t-il poursuivi sur Twitter.

Dimanche midi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a pour sa part rejeté les accusations américaines. « Non seulement nous ne violons pas le traité, mais nous le respectons de la façon la plus stricte », a-t-il déclaré à l’agence RIA Novosti. « Et nous avons fait preuve de patience au fil des années face à de flagrantes violations du traité par les Etats-Unis eux-mêmes », a-t-il poursuivi. « Si les Etats-Unis continuent à agir de façon maladroite et grossière et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion y compris impliquant de la technologie militaireMais nous ne voulons pas en arriver là », a conclu fermement Sergueï Riabkov.

Donald Trump a fait son annonce lors d’un meeteing de campagne républicain samedi à Elko dans le Nevada alors même que son conseiller à la Sécurité nationale, John Bolton, s’envolait pour Moscou afin poursuivre le dialogue controversé entamé en juillet entre le président des États-Unis et son homologue russe Vladimir Poutine. Connu pour ses positions fermes, John Bolton a prévu de rencontrer le ministre russe de Affaires étrangères Sergueï Lavrov et le secrétaire du Conseil de sécurité Nikolaï Patrouchev à partir de lundi.

Selon le Guardian de Londres, c’est M. Bolton lui-même qui fait pression sur le président américain en faveur d’un retrait du traité INF. C’est également lui qui bloquerait toute négociation pour une extension du traité New Start sur les missiles stratégiques, lequel arrive à expiration en 2021 et que Moscou cherche à prolonger. Le retrait américain de l’INF pourrait avoir aussi Pékin en ligne de mire. La Chine, n’étant pas signataire, peut développer sans contrainte des armes nucléaires de portée intermédiaire.

Un tête à tête Trump-Poutine avant la fin de l’année

La dernière rencontre entre Donald Trump et Vladimir Poutine remonte au 16 juillet à Helsinki.Reuters/Lehtikuva/Antti Aimo-Koivisto

Les relations sont de plus en plus tendues entre Washington et Moscou, sur fond d’accusations d’ingérence russe dans les élections américaines. Vendredi, une Russe a été inculpée par la justice américaine pour ingérence dans les élections parlementaires américaines du 6 novembre. C’est la première personne à être mise en examen dans le cadre de cette enquête. Moscou a accusé Washington d’avoir fabriqué ces accusations pour imposer de nouvelles sanctions à la Russie.

Le président américain avait pourtant promis avant son élection de renouer de meilleures relations avec la Russie. Des soupçons de collusion avec le Kremlin pèsent d’ailleurs sur son équipe de campagne 2016. Un procureur spécial, Robert Mueller, enquête depuis plus d’un an aux États-Unis sur ce dossier. En juillet, Donald Trump s’était d’ailleurs montré extrêmement conciliant à l’égard de son homologue russe Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse commune à Helsinki, après leur premier sommet bilatéral en Finlande.

Le 11 novembre, les deux présidents se retrouveront à Paris lors des commémorations de la fin de la Première guerre mondiale, des retrouvailles qui pourraient s’avérer glaciales. Sur la tenue d’un sommet entre le locataire de la Maison blanche et le chef du Kremlin, un haut responsable de l’administration Trump a évoqué, sous couvert d’anonymat, « deux possibilités, y compris le G20 à Buenos Aires ou le défilé pour l’armistice à Paris. C’est plus probable lors du G20 » fin novembre/début décembre. « L’invitation du président Trump à Poutine pour venir à Washington tient toujours », a-t-il également assuré.

Pour le moment, les dirigeants européens – dont les pays seraient directement concernés si Washington mettait à exécution sa menace de se retirer de l’accord sur les missiles – n’ont pas encore réagi officiellement à l’annonce de Donald Trump.

Source: http://www.mediacongo.net/

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