Report des élections: l’impuissance de l’opposition

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C‘était un secret de polichinelle voulu et peu gardé. Corneille Nangaa, président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), n’a fait qu’officialiser ce qui était déjà attendu: le report des élections, dont la présidentielle, attendue avant la fin de cette année. Tant, depuis le 31 décembre 2016, date de la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, depuis la mort, le 1er février 2017, du leader historique de l’opposition Étienne Tshisekedi, le Pouvoir ou encore la CENI a semblé à son aise sur la non tenue de ces élections.

Les négociations autour de l’arrangement particulier, qui ont fini en queue de poisson, la nomination dénoncée du Premier ministre Bruno Tshibala, la non mise en place du Conseil national de Suivi de l’Accord et du processus électoral (CNSA) et, bien évidemment, la crise sécuritaire qui touche tout le pays, y compris la région du Kasaï, occasionnant le « glissement » du processus d’enrôlement… sont là les nombreuses contraintes citées et sous entendues par Corneille Nangaa, pour finir par affirmer qu’il serait « peu probable » de voir les élections prévues avant la fin de cette année lieu.

Si, dans la foulée, quelques voix se sont élevées pour contester et fustiger Nangaa, il semble que la nouvelle n’ait pas outre mesure choqué l’opposition congolaise. Sans être dans la passivité, il faudra néanmoins noter que seul le Rassemblement de Félix Tshisekedi a soutenu la thèse qu’il était possible d’organiser ces élections dans le délai fixé selon l’accord.

En effet, l’Union pour la Nation Congolaise (UNC), qui est à la tête des signataires de l’accord du Dialogue de la Cité de l’Union Africaine, avait pour sa part donné à la CENI jusqu’en 2018, un délai jugé « plus raisonnable » vue la grandeur de la tâche. Il aura fallu le Dialogue interdiocésain sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) pour voir ce délai être réduit. Ainsi, tout comme le parti de Vital Kamerhe,  le Mouvement de Libération du Congo (MLC) et les opposants membres du gouvernement n’ont daigné s’exprimer après l’annonce de Nangaa. Un silence synonyme  de caution pour ce report qui doit cependant être officialisé.

Par ailleurs, le Rassemblement, G7 ou UDPS, semble tout aussi impuissant. Déjà en juin, la plateforme qui soutient Moïse Katumbi semblait plus réclamer la publication du calendrier électoral que la tenue des élections, comme l’explique son ultimatum, qui exige « la publication de ce calendrier au plus tard le 31 décembre« . Du côté de l’UDPS, c’est à la fois de menaces habituelles, et des rhétoriques, qui ne vont cependant pas plus loin que laisser la CENI seule maîtresse du processus.

Les opposants sont, finalement, impuissants de constituer une véritable force de contrainte contre tout report qui, aux dires de Corneille Nangaa, semble être non limité par le temps. Car, s’il faut même accorder plus de temps au président de la CENI, rien n’est moins sûr que son institution puisse se contenter d’une seule année supplémentaire.

Pour le moment, l’annonce du report, très loin de l’échéance, semble avoir pour visée de désamorcer la pression populaire, seule menace qui pèse réellement sur le pouvoir, y compris sur Nangaa. Celle-ci, excédée par la crise économique et sécuritaire, ne semble plus obéir aux politiques, qui auront largement démontré leur limites. C’est finalement à la population que revient le dernier mot pour la tenue des élections en République démocratique du Congo.

Source : Politico CD

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