RDC : Félix Tshisekedi proclamé vainqueur de l’élection présidentielle

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Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, 55 ans, est le président « provisoirement élu » qui doit succéder au chef de l’Etat sortant Joseph Kabila, 47 ans, a proclamé la Commission électorale nationale indépendante (Céni) au terme d’une très longue attente, ce 10 janvier. Les résultats de la Céni peuvent encore faire l’objet de recours devant la Cour constitutionnelle qui proclamera les résultats définitifs.

Félix Tshisekedi l’emporte nettement avec 38,57% des voix, devant l’autre tête de l’opposition divisée, Martin Fayulu, deuxième avec 34,8%, selon la Commission électorale. Le dauphin du pouvoir sortant, l’ex-ministre de l’Intérieur sous sanctions de l’Union européenne, Emmanuel Ramazani Shadary, n’arrive qu’en troisième position avec 23,8%. Les dix-huit autres candidats font des scores anecdotiques.

La Cour constitutionnelle doit publier les résultats définitifs d’ici au 15 janvier, selon l’actuel calendrier électoral qui a pris trois jours de retard. La prestation de serment du nouveau président élu pour un mandat de cinq ans est prévue le 18 janvier selon ce même chronogramme.

Le président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), Félix Tshisekedi Tshilombo, a fait équipe pour sa campagne avec l’ex-président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, qui doit devenir en cas de victoire confirmée Premier ministre selon l’accord entre les deux hommes. Ces derniers jours, Félix Tshisekedi avait aussi tendu la main au président Joseph Kabila.

Dans un entretien au quotidien belge Le Soir, Félix Tshisekedi a déclaré au sujet du président sortant qu’il « est évident qu’il pourra vivre tranquillement dans son pays, vaquer à ses occupations, il n’a rien à craindre » s’il quitte le pouvoir.

Il était allé au-delà de ces garanties sur la sécurité du président sortant. « Un jour nous devrons même songer à lui rendre hommage pour avoir accepté de se retirer. Pourquoi, compte tenu de son expérience, ne pas lui confier des tâches diplomatiques spéciales, faire de lui un ambassadeur extraordinaire du Congo ? « , avait-il ajouté.

Le secrétaire général de l’UDPS, Jean-Marc Kabund, a par la suite suggéré « une rencontre » entre Félix Tshisekedi et Joseph Kabila « pour préparer la passation pacifique et civilisée du pouvoir », avant même la proclamation des résultats. « Nous n’allons pas rejeter la main tendue parce qu’il y a un temps pour tout. Un temps pour s’opposer et se disputer l’électorat mais aussi un temps pour s’unir », a réagi le porte-parole du gouvernement et du candidat du pouvoir, Lambert Mende, sur la radio onusienne Okapi.

Ces déclarations ont nourri des rumeurs d’un rapprochement qui n’ont pas été démenties et qui ont suscité la colère dans le camp de l’autre opposant, Martin Fayulu. A mots voilés, ses partisans ont mis en garde contre un accord dans leur dos. « Kabila n’a pas à dire: je veux telle personne, je ne veux pas de telle autre. Ce n’est pas sa résidence privée ni une affaire de famille, c’est une affaire d’État », a déclaré à l’AFP la porte-parole de la coalition Lamuka formée autour de Martin Fayulu, Eve Bazaiba.

Ces derniers jours, l’opposition et les observateurs de l’Eglise catholique avaient appelé la Commission électorale à ne pas trahir « la vérité des urnes ».

S’il est confirmé, le nouveau président devra disposer d’une majorité à l’Assemblée nationale pour gouverner ; les élections législatives et provinciales ont eu lieu le même jour que la présidentielle, le dimanche 30 décembre. Le nouveau président issu de l’opposition devra aussi composer avec les forces de sécurité acquises au président Joseph Kabila et avec les milieux économiques.

Avec deux ans de retard, le président Kabila avait accepté de se retirer, contraint par la Constitution qui lui interdisait un troisième mandat de cinq ans. Il est au pouvoir depuis l’assassinat de son père et prédécesseur le 16 janvier 2001 et reste en fonction « jusqu’à l’installation effective du nouveau président élu », prévient la Constitution.

Félix Tshisekedi est le fils d’une figure majeure de l’histoire politique congolaise, Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février 2017. Au contraire de son père, éternel « opposant historique », « Félix » a réussi à bousculer le « dauphin » désigné du président sortant, Joseph Kabila, qui ne pouvait constitutionnellement se présenter pour un troisième mandat. 

« Fatshi » – surnom du président élu – était soutenu dans ce combat par l’UDPS, fondée par son père dans les années 1980 contre la dictature du maréchal Mobutu. Tshisekedi fils, 55 ans, a été désigné sans surprise président et candidat de l’UDPS lors d’un congrès en avril dernier au siège historique du parti à Limete, une des vingt-six communes de Kinshasa.

Facilement reconnaissable à sa haute taille et à sa carrure massive, l’homme est, en effet, d’un abord courtois, à l’écoute. Le ton de la voix est mesuré dans le tourbillon des passions électorales. Et contrairement à son père en 2011, il faisait équipe avec un « ticket », l’ex-président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, également candidat sous son propre nom en 2011.

Les deux hommes ont rompu en novembre dernier un accord qu’ils avaient signé avec cinq autres opposants pour soutenir la candidature d’un seul d’entre eux, Martin Fayulu, arrivé deuxième du scrutin selon les résultats annoncés dans la nuit de mercredi à jeudi par la Céni.

Mais aux critiques l’accusant d’avoir rompu l’unité de l’opposition, les proches de « Félix » rétorquaient qu’il n’avait fait qu’écouter la « base » de l’UDPS, en colère contre l’accord.

Né en juin 1963, Félix-Antoine Tshisekedi est le troisième d’une famille de cinq enfants. A l’âge de 19 ans, il suit son père relégué par Mobutu dans son village du Kasaï. Un épisode marquant pour le jeune homme.

A 22 ans, « Fatshi », sa mère et ses frères prennent le chemin de l’exil en Belgique. A Bruxelles, le jeune homme fait le coup de poing contre des proches de Mobutu ou même des policiers belges, un soir de février à l’aéroport, quand son père est empêché de rentrer à Kinshasa.

Dans l’ombre de la figure paternelle, Félix gravit tous les échelons de l’UDPS. Luba du Kasaï, il est élu député national à Mbuji-Mayi en 2011. Il refuse de siéger à l’Assemblée nationale pour respecter le mot d’ordre de son père contre la réélection contestée de M. Kabila.

En 2015, il était au cœur des négociations secrètes qui n’avaient pas abouti avec des émissaires de Joseph Kabila à Ibiza (Espagne), Monaco, Paris et Bruxelles. 

Fin 2016, juste avant la mort de son père, il est encore aux avant-postes des négociations majorité/opposition sous l’égide de l’Eglise catholique, qui allaient déboucher sur l’accord de la Saint-Sylvestre reportant les élections. Tshisekedi fils aurait alors refusé un poste de Premier ministre.

Marié, père de cinq enfants, diplômé en marketing et communication en Belgique, son accession au pouvoir devrait lui permettre de réaliser enfin un rêve: organiser des funérailles nationales pour son père. La dépouille du « Sphynx » se trouve toujours en Belgique, faute d’accord pour les obsèques au pays avec le pouvoir.

 

Légendes et crédits photo : 

Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, 55 ans, est le président « provisoirement élu » qui doit succéder au chef de l’Etat sortant Joseph Kabila (Luis TATO / AFP)

Source : http://www.adiac-congo.com/

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