Qui est Louise Mushikiwabo, la candidate contestée de Macron pour la Francophonie

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La ministre rwandaise des Affaires étrangères a été désignée ce vendredi nouvelle secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie. Propulsée par Emmanuel Macron, la candidature rwandaise fait débat.

En déplacement ce jeudi à Erevan, en Arménie, Emmanuel Macron a appelé à « réinventer » la Francophonie. Pour le chef de l’Etat, cette « réinvention » doit passer par un nom: Louise Mushikiwabo. A la fin du sommet de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) ce vendredi 12 octobre 2018, la Rwandaise a été nommée secrétaire générale pour un mandat de quatre ans.

Ministre des Affaires étrangères du Rwanda depuis dix ans, cette proche du président Paul Kagame, âgée de 57 ans, était la grande favorite dans la course à l’OIF, depuis que Canada et Québec ont annoncé de concert qu’ils retiraient leur soutien à la Canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean, candidate à sa propre succession. Louise Mushikiwabo bénéficiait de plus de l’appui précieux des deux poids lourds de l’OIF: l’Union africaine et le président français, qui avait, lors d’un discours en mai, publiquement soutenu sa candidature : « La ministre des Affaires étrangères du Rwanda a toutes les compétences pour exercer cette fonction. Elle a une maîtrise parfaite de la langue française », avait-il argué.

La nomination de Louise Mushikiwabo marque le retour en force de l’Afrique dans la Francophonie, continent qui a régné sans partage sur l’OIF jusqu’au début du mandat de Michaëlle Jean. Et pour cause: 27 des 54 membres ayant droit de vote sont africains et le continent devrait représenter 85% des francophones en 2050.

La question des droits de l’Homme

Malgré cela, la Rwandaise divise, notamment parce que l’OIF impose à ses membres de se faire les ambassadeurs des droits de l’Homme. Or, les dissidents font l’objet d’une répression sanglante dans le Rwanda de Kagame, où la censure, les menaces et les arrestations arbitraires sont monnaie courante, comme le note Reporters sans frontières.

Cette critique risque de peser d’autant plus que l’Arabie saoudite, qui avait déposé sa candidature pour intégrer la Francophonie, vient de la retirer en raison de critiques sur sa propre conception des droits de l’Homme, vue comme fort éloignée de celle des pays francophones. 

Interrogée par l’AFP, Louise Mushikiwabo a assuré que « la majorité des Rwandais » étaient « contents du système démocratique » de leur pays, rappelant aussi dans une interview au Monde qu’il ne fallait pas confondre son bilan et celui du président Kagame.

L’enseignement du français en option

Autre élément reproché à la ministre rwandaise, et pas des moindres, les distances que son pays semble avoir prises avec la langue française. Depuis 2010 en effet, le Rwanda a troqué le français contre l’anglais comme langue obligatoire à l’école, puis rejoint le Commonwealth, le pendant anglophone de l’OIF. Paul Kagame estimait alors que l’anglais était « la langue qui rendra(it leurs) enfants plus compétents et servira (leur) vision du développement du pays ». Des propos étonnants mis en perspective avec la mission de l’OIF de promouvoir l’enseignement du français. 

La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, s’est ainsi dite « indignée que la France puisse soutenir une ministre de Kagame qui est violemment anti-française, d’un pays qui a choisi de faire de l’anglais sa langue d’enseignement, sa langue d’administration, qui a tourné le dos au français ». Emmanuel Macron s’est de son côté défendu en invoquant une vision de la Francophonie qui ne s’oppose pas à la pratique d’autres langues: « Le combat fondamental pour notre langue est un combat pour le plurilinguisme », a-t-il estimé.

Des relations bilatérales compliquées

Enfin il y a les épineuses relations entre la France et le Rwanda depuis le génocide des Tutsis en 1994. Paul Kagame a à de nombreuses reprises exprimé l’idée que la France avait sa part de responsabilité dans la préparation du génocide. Pour certains observateurs, Emmanuel Macron, en imposant de manière unilatérale la candidature rwandaise, tente de clore le différend entre les deux pays.

« Les questions liées à l’histoire prennent du temps. Il en faut pour recréer de la confiance entre la France et le Rwanda », concède Louise Mushikiwabo dans une interview au Monde Afrique, louant « l’approche pragmatique du président Macron ».

Source: http://www.mediacongo.net/

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