Qui a tué les deux experts de l’ONU et un Congolais dans le Kasaï?

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L‘Organisation des Nations-Unies a fini par confirmer la mort de ses enquêteurs enlevés le 12 mars dans le Kasaï, au centre de la République démocratique du Congo, quelques heures après la découvertes, le 29 mars, de leurs corps sans vie et celui de leur interprète congolais.

Dans une lettre adresse au journal Le Monde, dans son édition Afrique, l’ONU rend hommage à ses deux experts, Zaida Catalan, 36 ans, experte humanitaire, et Michael Sharp, 34 ans, expert sur les groupes armés et coordonnateur du Groupe d’experts au pays; tout en soulevant des questionnements sur les auteurs de cet assassinat.

« Menaces de mort, surveillances, arrestations et détentions illégales, expulsions… Malgré le statut que leur confèrent leur lettre de nomination (signée de la main du secrétaire général des Nations unies) et leur mandat (donné directement par le Conseil de sécurité), les experts chargés de veiller à la mise en œuvre des résolutions établissant les régimes de sanctions dans des pays en situation de conflit ou post-conflit – RDC, République centrafricaine, Libye, Soudan, Soudan du Sud, Somalie, Yémen – se retrouvent très souvent en première ligne face à la violence et l’arbitraire« , dit cette lettre, sans toutefois confirmer si les experts onusiens ont subi le même traitement en RDC.

Une enquête en cours

Qui a tué les deux experts de l’ONU et un Congolais dans le Kasaï?
Les deux experts de l’ONU tués dans le Kasaï

A Kinshasa, aucune suite officielle n’est donnée concernant les ravisseurs qui ont « décapités » les victimes. « Ces corps ont été retrouvés dans une fosse et ont été identifiés de façon formelle par les spécialistes de la Monusco, notamment l’équipe de la police des Nations unies« , a expliqué de son côté Charles-Antoine Bambara, directeur de l’information publique de la Monusco, lors d’une conférence de presse à Kinshasa.

Du côté du gouvernement congolais, une enquête a officiellement été ouverte par la justice militaire depuis l’enlèvement de ces experts et trois citoyens congolais en leur compagnie. « Les enquêtes comme partout ailleurs, ne se déroulent pas si rapidement. Dès que les six personnes avaient disparu, le parquet militaire avait ouvert une enquête (…) elle s’est accélérée dès qu’on a retrouvé les trois corps: l’américain, la suédoise, et le congolais; l’enquête se poursuit pour trouver les trois autres et pour trouver les auteurs de leur assassinat et les remettre entre les mains de la justice« , explique Lambert Mende, Porte-parole du gouvernement, joint au téléphone lundi par POLITICO.CD.

Néanmoins, Kinshasa soutient tout aussi que c’est bel et bien les miliciens Kamwina Nsapu qui sont derrière ce crime. L’armée combat dans cette région les partisans de ce Chef coutumier tué en août dernier dans une opération policière. A la découverte de plusieurs fosses communes en février dernier et même ce lundi 04 avril, les autorités congolaises ont fait savoir qu’il s’agirait des pratiques de ces miliciens. Pour le porte-parole du gouvernement, il y a un mode opératoire qui pointe vers ce groupe du fait que l’un de ces corps a été décapité. Une thèse que l’ONU ne dément ni ne confirme, demandant plus tôt, dans un ton « diplomatique », que les « coupables soient identifiés. »

« Je fais confiance aux autorités congolaises pour qu’elles conduisent une enquête complète sur cet incident. Les Nations unies mèneront aussi une enquête. Les Nations unies feront tout leur possible pour assurer que justice soit faite« , a déclaré un peu plus tôt le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres, dans un communiqué.

Eléments troublants

Qui a tué les deux experts de l’ONU et un Congolais dans le Kasaï?

Dans un communiqué publié 29 mars dans la soirée, le chef de la MONUSCO a fait savoir que l’ONU est prête à fournir à la RDC le soutien nécessaire pour appuyer la justice congolaise dans cette enquête. « La MONUSCO espère que les autorités de la RDC mèneront une enquête approfondie sur leur décès et l’ONU est prête à fournir le soutien nécessaire pour assurer la justice», note le communiqué. Maman Sidikou réclame que « les auteurs de ce terrible crime » soient « traduits en justice ». Même son de cloche du côté de la France qui appelle à ce que toute la lumière soit faite sur ce très grave évènement, afin que les responsables soient identifiés et traduits devant la justice.  La Suède a proposé mercredi de fournir une assistance aux enquêteurs congolais à cet effet.

L’ONG La Voix des sans voix affirme pour sa part que « ce n’est pas la seule possibilité ».  Citée par Radio France Internationale dans un article publié le 29 mars sur son site internet, cette organisation de défense des droits de l’homme ajoute qu’il pourrait « aussi s’agir d’une opération de représailles, de personnes qui auraient commis des violations des droits de l’homme et qui se seraient inquiétées de la présence de ces enquêteurs internationaux. »

« Car le mandat de ces experts est précisément celui-ci : enquêter sur de possibles violations de l’embargo sur les armes, toujours en vigueur dans le pays, mais aussi sur de possibles violations des droits de l’homme ou l’exploitation illégale des ressources naturelles. Un rôle stratégique, puisqu’au terme de leurs recherches, ces experts dressent une liste des personnes susceptibles d’être sanctionnées par les Nations unies, côté miliciens ou parfois côté officiers congolais« , explique l’article de RFI.

A cela, explique toujours cet article, d’autres questions se posent sur l’enquête elle-même. « Les autorités congolaises confirment la découverte de trois corps, celui des deux experts et de leur traducteur congolais. La mission de l’ONU, elle, ne confirme avoir retrouvé que deux personnes, la Suédoise Zaida Catalan et l’Américan Michael Sharp. »

Indifférence sur le sort des Congolais?

Par ailleurs, les trois autres Congolais qui les accompagnaient à moto sont toujours portés disparus. Selon RFI toujours. « Autant de questions auxquelles les enquêtes vont devoir répondre alors que les relations entre Kinshasa et les Nations unies se sont récemment tendues autour des enquêtes sur les nombreuses fosses communes dans le Kasaï« , signe la radio française.

Se confiant à Politico.cd, Lambert Mende précise que les recherches se poursuivent et remerciant António Guterres, secrétaire général de l’ONU, qui a demandé à l’équipe de l’ONU de poursuivre les recherches de trois congolais non encore retrouvés.

Le ministre Mende fustige l’opinion publique, notamment la presse internationale qui a fait seulement mention de la découverte de deux corps des experts de l’ONU. « J’ai déclaré aux médias qu’on avait découvert trois corps: les deux experts de l’ONU et leur interprète Congolais. Mais les médias et toutes les autres personnes qui me contactent ne parlent que de deux experts, comme si les congolais n’étaient pas de personne« , s’indigne le ministre de médias désespéré.

« Est-ce que nous les congolais nous sommes de sous hommes ? On découvert trois corps et on les a ramené à Kananga. Il y a même de compatriotes congolais qui appellent et ne posent que des questions sur les deux experts« , s’indigne le ministre.

 

Source : Politico CD

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