Présidentielle : Jean-Philibert Mabaya, candidat « pour faire bouger les choses »

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Jean-Philibert Mabaya est candidat à la présidentielle du 23 décembre 2018. Soutenu par sa plateforme politique Arc-en-Ciel, l’homme du Kwilu fut le dernier à s’inscrire pour le scrutin toujours annoncé pour le 23 décembre prochain. « Je suis candidat parce que je prétends avoir une vision pour le pays, je suis aussi candidat parce que Kin-Kiey s’est présenté. Je refuse que ce Monsieur incarne Masi-Manimba, notre ville dans le Kwilu ».

Mabaya reconnaît sans souci un manque d’image. Il est loin de la notoriété des Tshisekedi, Bemba ou Katumbi. « Je ne sais pas me vendre, j’en suis conscient. Je suis un technicien, un homme du terrain et je peux me prévaloir d’une belle expérience tant en politique que dans le monde des entreprises ou dans ma région. J’ai construit un petit barrage hydroélectrique chez moi. Tout le monde a donc l’électricité dans mon village. Je connais bien notre pays, je suis passé partout parce que j’ai commencé ma carrière comme cheminot », sourit-il.

La Libre Afrique : En politique, vous êtes proche de Kengo wa Dondo, le président du Sénat et pourtant vous vous présentez comme opposant au pouvoir ?

Jean-Philibert Mabaya : C’est évident, je suis un opposant. Je ne cesse de répéter qu’il faut que les choses bougent. C’est aussi pour ça que je suis candidat. Le peuple est fatigué. Il en a assez de vivre dans des conditions inhumaines. C’est intolérable. Pour ce qui est de ma proximité avec le président du Sénat, c’est tout à fait exact. Je pense que nous avons fait du bon travail ensemble au Sénat, lui en tant que président, moi comme questeur. On a formé un bon duo, on a travaillé pour le bien du peuple. Je ne comprends pas pourquoi Kengo a rejoint le FCC (Front commun pour le Congo), peut-être est-il fatigué et n’a-t-il plus l’envie de repartir au combat. Mais ça, c’est sa décision et elle ne m’empêche certainement pas de me lancer à fond dans mon combat pour marquer une rupture en RDC.

Qu’entendez-vous par marquer une rupture ?

On ne peut plus continuer à vivre comme aujourd’hui. Il est essentiel de redonner une nouvelle image aux Congolais. Il faut leur rendre leur dignité. Les Congolais sont travailleurs et intelligents mais ils sont étouffés par le système. Une des premières ambitions de mon programme est de permettre à tous les Congolais de manger. Cela peut paraître fou ici, mais au pays beaucoup meurent de faim. Au marché, on vend même des croupions de poulet. C’est intolérable dans un pays avec des potentialités aussi importantes que les nôtres. L’agroalimentaire est donc au centre de mon programme, comme la sécurité, le rétablissement de la justice, la démocratie ou encore la bonne gouvernance. On a besoin des investisseurs.

Mais des gens sérieux qui viennent sur le long terme, pas des affairistes qui viennent ponctionner notre économie. Pour attirer ces investisseurs, dans tous les secteurs de notre économie, il faut un bon climat des affaires. Il faut aussi un système bancaire solide dans lequel les banques deviennent réellement des institutions de financements. Ce programme, je l’ai élaboré avec des juristes, des économistes, des spécialistes venus de nombreux secteurs.

Prêt à soutenir le candidat de l’opposition

Vous êtes pour une candidature unique de l’opposition ?

Tout à fait.

C’est étonnant quand on sait que votre province, le Kwilu, présente à elle seule quatre candidats (Matungulu, Fayulu, KinKiey et vous) ? 

Cela montre que cette province s’intéresse à l’avenir de notre pays.

Vous êtes prêt à vous retirer pour un autre candidat ?

Absolument. J’en prends l’engagement. Si on me démontre qu’un autre est mieux placé, dispose de meilleurs atouts, je ferai un pas de côté, je le soutiendrai et j’appellerai les miens à le soutenir. Il faut établir des critères sur lesquels on peut se prononcer ouvertement sur ce choix déterminant pour l’avenir de notre pays et de tout un continent, voire plus.

Il n’est pas trop tard pour dégager un candidat unique ?

Non. On ne doit pas tergiverser mais il faut prendre le temps de se mettre d’accord sur un programme commun, ça peut aller très vite.

Se présenter pour un scrutin présidentiel coûte cher… tout ça pour se retirer au dernier moment ?

C’est le prix de l’engagement pour son pays. J’ai été à la tête de l’Onatra. Je sais que l’on peut servir son pays et en faire bénéficier le plus grand nombre. Je veux me battre pour mon pays, faire entendre ma voix mais c’est l’intérêt du pays qui doit prévaloir.

Vous avez un candidat préféré ?

Pas pour l’instant. 

Vous êtes de passage en Belgique pour rencontrer d’autres prétendants ? 

Tout le monde sait que nous avions des candidats qui n’ont pas été retenus et qui se trouvent pour l’instant en Belgique. Ce sont de grands candidats qui bénéficient d’un large soutien dans la population. Celui qui espère être président de la RDC a intérêt à les avoir avec lui. 

« Les machines à voter doivent être absolument écartées »

Vous croyez à des élections crédibles ? 

Non, en tout cas pas si on doit aller aux urnes avec le processus prévu actuellement. 

C’est-à-dire ?

Les machines à voter doivent être absolument écartées. Elles suscitent une énorme suspicion au pays. Je l’ai dit publiquement à Corneille Nangaa (président de la Ceni, Ndlr) quand il est passé au Sénat. Il faut aussi revoir le fichier électoral. La composition de la Ceni pose aussi problème. Comment savoir avec de tels éléments qui suscitent débat si vous avez réellement atteint le seuil d’éligibilité ? Partir aux élections avec de telles questions, c’est être certain d’avoir des lendemains de scrutin qui déchantent. Or, tout ce processus doit enfin aboutir à un pouvoir réellement légitime qui permette au pays de sortir de cette crise institutionnelle dans laquelle nous vivons depuis bien trop longtemps.

Pour l’instant la Ceni ne semble rien entendre. Qu’envisagez-vous si rien ne change ?

« Pour l’instant, on doit tout faire pour être prêt le jour J. Si rien ne change, on doit se concerter entre opposants pour trouver une ligne de conduite, une position commune. Il faut aussi discuter avec les autres acteurs comme la société civile et les églises. La population veut les élections et elle veut se débarrasser de ceux qui sont au pouvoir et elle voit que celui qui doit régler le problème s’en fout. Je ne peux pas le dire autrement, le président s’en fout. C’est aussi pour cela qu’il faut un changement. Il faut un président avec une vision ».

Quel scénario voyez-vous si la Ceni ne change pas ses plans ? 

« Au 23 décembre, si les élections sont bâclées, si le pouvoir ne respecte pas la volonté du peuple, il faut une transition sans Kabila ».

Vous y croyez vraiment ? 

« Le pouvoir n’en veut certainement pas mais il ne pourra pas résister longtemps à 80 millions de Congolais ».

Avec qui pour la diriger ? 

« La constitution parle clairement du président du Sénat ».

Mais la RDC est hors constitution désormais… 

« Exact. Je pense que l’église a un rôle majeur à jouer. Les catholiques sont les porte-drapeau mais ils ne sont pas les seuls. Regardez ce qu’il s’est passé lors de marches initiées par le CLC, on a vu d’autres églises, d’autres religions s’associer à ces manifestations ».

Un dernier mot sur la diaspora qui est complètement absente de ce processus… 

« C’est inacceptable. Il faut redonner le goût du pays à tous ces enfants du Congo. On va avoir besoin d’eux aussi pour reconstruire le pays. Il y a de belles capacités qui se trouvent en dehors du pays, elles doivent pouvoir rentrer. Si j’arrive au pouvoir, il est prévu que nous révisions la Constitution et que nous inscrivions que tous ceux qui sont nés de père ou de mère congolais sont Congolais… ».

Source: http://www.mediacongo.net/

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