Présidentielle au Rwanda : trois candidats, trois réalités

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Pour le président sortant Paul Kagame, l’élection du 4 août semble jouée d’avance. Face à lui, il a deux challengers qui n’entendent pas lui faciliter la tâche.

Comme lors des dernières élections présidentielles, Paul Kagame semble bien parti pour remporter les élections du 4 août 2017. Et lui-même ne s’y trompe pas. « Ce serait mentir que de prétendre ignorer le résultat de l’élection présidentielle. Je suis venu vous demander si vous êtes encore sur la voie de ce qui a conduit au référendum et à ses résultats. Si c’est le cas, vous comprendrez que l’élection est jouée » , a-t-il déclaré. 

Alors que la campagne présidentielle a démarré ce 14 juillet, celui dont la candidature a été rendue possible grâce à un référendum national en décembre 2015 déclenché par une pétition signée par 3,6 millions de personnes (sur 6 millions d’électeurs) devra affronter deux candidats dans un climat que les experts jugent « tendu ».Qui sont ces challengers qui veulent bousculer un président et un parti au pouvoir dominant depuis près de 23 ans ? Comment vont-ils faire campagne et avec quels moyens ?

C’est vendredi 14 juillet qu’a été donné le coup d’envoi de la campagne électorale pour la présidentielle du 4 août. Elle doit durer trois semaines. Des affiches aux couleurs du Front patriotique rwandais (FPR, au pouvoir) sont déjà visibles dans les rues de la capitale. Avec des moyens colossaux l’homme fort du Rwanda part largement favori. Depuis juillet 1994, il est plus que jamais le leader du FPR avec lequel, à la tête de la rébellion, il a renversé le régime hutu extrémiste qui avait déclenché trois mois plus tôt le génocide responsable d’environ 800 000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsi. Vice-président et ministre de la Défense après 1994, Paul Kagame a été élu président en 2003 et réélu en 2010, avec plus de 90 % des voix à chaque fois. Bien qu’on le crédité d’avoir ramené la stabilité dans ce petit pays de 12 millions d’habitants et d’avoir relevé une économie exsangue après les massacres, Paul Kagame est accusé de ne laisser aucune place à l’opposition et de bâillonner la liberté d’expression.

Frank Habineza ou Docteur Habineza, comme on l’appelle, est le plus jeune des candidats. Transfuge du parti au pouvoir, il est le président du Parti démocratique vert (PDV), seule formation d’opposition à être autorisée et à être active. Pour rappel, le PDV avait été l’unique parti homologué du pays à s’opposer à la réforme controversée de la Constitution (finalement adoptée en décembre 2015), laquelle a permis à Paul Kagame de se présenter pour un troisième mandat et d’avoir la possibilité de diriger le pays jusqu’en 2034. 

Le 27 juin, la National Electoral Commission (NEC), la Comission électorale nationale, avait déjà validé sa candidature en même temps que celle de M. Kagame, mais elle avait rejeté celle de quatre candidats indépendants, estimant que leurs dossiers étaient incomplets. Habineza a déclaré vouloir placer l’emploi au cœur de son projet. Sa première cible ? La jeunesse rwandaise. « Je suis entré en politique parce que j’avais un désir ardent de provoquer des changements démocratiques et favoriser la liberté d’expression et d’assemblée politique au Rwanda. J’ai également une passion pour les problèmes environnementaux et je voulais apporter ma contribution là aussi », a-t-il déclaré. Sa stratégie est de mobiliser à la fois des personnes partageant les mêmes idées que lui mais aussi des membres dissidents du FPR du président Kagame. En effet, le président fondateur du FPR, Charles Kabanda, est devenu le secrétaire général du PDV.

Philippe Mpayimana, 46 ans, journaliste, est un quasi-inconnu au Rwanda, pays qu’il a quitté en 1994 pour la RD Congo en même temps que des centaines de milliers de Hutus fuyant l’avancée du Front patriotique rwandais (FPR). Mpayimana a vécu au Congo Brazzaville et au Cameroun avant de s’installer en France en 2003 où il était journaliste. Rentré d’exil en février, il a déclaré que « l’alternance fait partie des éléments de la stabilité d’un pays. (…). « Nous avons une génération aujourd’hui au pouvoir, il faut qu’une autre génération se prépare », a-t-il poursuivi. Mpayimana a entamé sa campagne dans le district de Huye pour convaincre les électeurs de considérer son programme. Alors que l’annonce de la validation de sa candidature a créé la surprise, Philippe Mpayimana apparaît déjà aux yeux de certains d’être un candidat sous-marin du parti au pouvoir.

Pour cette prochaine présidentielle d’aoüt 2017, ce sont quelque 6,8 millions de Rwandais qui sont convoqués aux urnes si l’on croit la commission électorale. 

Source : Media Congo

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