Présidentielle 2018 : loin de sa base, Fatshi cède le pouvoir régalien à Kamerhe

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Sans conteste, les 40 millions d’électeurs enrôlés par la Ceni devront faire le choix entre le trio de tête représenté par Emmanuel Ramazani Shadary du FCC, Martin Fayulu de « Lamuka » et Félix Tshisekedi du CACH. Si Ramazani Shadary s’inscrit dans la continuité de Joseph Kabila, Martin Fayulu défend le programme commun de l’opposition convenu à Genève. Contrairement à Fatshi – présenté comme le dauphin de Vital Kamerhe cède, aux termes de l’accord de Nairobi, le pouvoir régalien au président de l’UNC, sans avoir consulté sa base.

Plus que trois semaines pour le grand rendez-vous électoral du 23 décembre 2018. Depuis le 22 novembre 2018, les candidats inscrits sur les listes de la présidentielle, des législatives nationales et provinciales sont partis à l’assaut de millions d’électeurs enregistrés par la Ceni (Commission électorale nationale indépendante).

On s’attend à une rude bataille électorale. Une semaine après le lancement de la campagne, le jeu électoral se précise. En ce qui concerne la présidentielle, le trio de tête se dessine. Le 23 décembre prochain, les électeurs devront faire le choix entre Emmanuel Ramazani Shadary du FCC, Martin Fayulu de Lamuka et Félix Tshisekedi de CACH (Cap pour le changement).

Pour l’instant, les trois candidats président de la République se détachent du lot de 21 prétendants repris sur la liste définitive de la Ceni. Si Emmanuel Ramazani est allé depuis lundi à la conquête du Grand Katanga, à Kinshasa, Martin Fayulu a présenté le jour même son équipe de campagne qui aura à sa tête Pierre Lumbi. Mardi, c’était le tour de Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe de revenir à Kinshasa, par l’aéroport international de N’Djili, après la signature à Nairobi de l’accord créant le CACH.

En vertu de cet accord, Vital Kamerhe a décidé de se retirer de la course présidentielle au profit de Félix Tshisekedi. En contrepartie, le président de l’UNC a reçu la promesse de prendre les commandes de la Primature, avec pleine jouissance au nom et pour le compte de son parti, de certaines institutions et autres ministères clés tels que le Sénat, la Banque centrale du Congo, les Finances, la Défense, la Justice ainsi que les Infrastructures.

Evidement, le compromis de Nairobi a été fait loin de la base aussi bien de l’UDPS que de l’UNC, pourtant très hostiles à l’accord signé quelques jours auparavant à Genève, en Suisse. Bien au contraire, vendredi dernier, à l’annonce de l’accord liant l’UDPS à l’UNC, un mouvement de liesse a été observé tant au siège de l’UNC sur l’avenue de l’Enseignement qu’à Limete, au quartier général de l’UDPS. Pour une fois, leurs bases respectives n’ont trouvé aucun inconvénient à ce que leurs leaders apposent la signature sur un document sans qu’elles aient été consultées au préalable. Entre Genève et Nairobi, l’UDPS et l’UNC ont fait une mue dont elles gardent seules le secret.

QUAND L’UDPS S’EFFACE AU PROFIT DE L’UNC

L’essentiel de l’accord de Nairobi se résume au retrait de Vital Kamerhe au détriment de Félix Tshisekedi. Pour y arriver, Félix Tshisekedi a dû se soumettre à une liste de contraintes censées lier son parti, l’UDPS, pour environ 10 ans. Entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, l’accord de Nairobi consacre un jeu de chaise musicale qui pour la présidentielle de 2018 fait de Fatshi le candidat de la coalition CACH.

Cinq ans après, l’UDPS est censée céder le bâton à l’UNC. Qui pis est, Félix Tshisekedi a accepté, au terme du compromis de Nairobi, de céder à son futur Premier ministre, en l’occurrence Vital Kamerhe, des postes clés du gouvernement, autrement dit, des ministères et institutions régaliennes telles que les Finances, la Justice, la Défense et la Banque centrale du Congo, sans compter les Infrastructures.

Sans faire clairement mention de l’UDPS, l’accord de Nairobi prévoit que « les autres institutions [Ndlr : et ministères sans doute] seront attribuées aux autres partenaires et à la Société civile ». En réalité, seule la présidence de la République paraît comme acquise à l’avance pour l’UDPS – la répartition d’autres postes ministériels devant faire l’objet des négociations préalables entre tous les signataires à l’accord. Qu’est-ce à dire ? À tout prendre, comme hantée par le seul désir d’avoir la présidence de la République, l’UDPS s’est laissé embarquer dans un deal qui profite à coup sûr à Kamerhe et son UNC. Dans l’accord de Nairobi, Vital Kamerhe sait à l’avance ce qu’il gagnerait réellement.

En contrepartie de son retrait, il a reçu l’assurance de conduire l’action gouvernementale encore faudrait-il que la coalition CACH obtienne la majorité à l’Assemblée nationale. Une autre paire de manches. Plus loin, l’UNC a également la garantie d’avoir la mainmise sur des secteurs clés de la vie nationale, partant des Finances jusqu’à la Défense.

Le reste, Fatshi et les autres possibles adhérents à l’accord de Nairobi devront se les partager suivant une clé de répartition non révélée dans l’accord. Autant dire que l’UDPS a été piégée. Dans certains milieux politiques, on tente, par ironie, de présenter déjà Fatshi comme le dauphin désigné de Kamerhe, à l’instar de Ramazani Shadary par rapport à son mentor, le président Joseph Kabila.

Ce qui n’est pas loin de la réalité, au regard de la grande moisson que Kamerhe récolte dans l’accord de Nairobi. Quoi qu’il en soit, le 23 décembre 2018, la présidentielle se jouera entre Emmanuel Ramazani Shadary, Martin Fayulu et Félix Tshisekedi.

Autrement dit, un candidat FCC face à deux candidats de l’Opposition une situation qui pourrait se révéler à l’avantage du candidat du FCC. Evidemment, on n’est pas à ce cas de figure. Car, jusqu’au 23 décembre tout peut se passer. Dans les milieux de l’Opposition, des voix s’élèvent pour un probable rapprochement entre Lamuka et CACH. Mais, concrétiser ce vœu pourrait bien relever d’une gageure.

KATUMBI TOURNE DÉFINITIVEMENT LE DOS À FATSHI

Dans les colonnes de Jeune Afrique, Moïse Katumbi, président d’Ensemble pour le changement, a exclu cette hypothèse. « Je reste dans le camp de Martin Fayulu », a tranché Katumbi, comme pour renvoyer à l’expéditeur la main tendue par les deux leaders de CACH qui ont montré leur disponibilité de coaliser avec d’autres forces du changement.

Pourtant, juste après la signature de leur accord, Vital Kamerhe avait lancé une pique envers Katumbi. « Moïse Katumbi a toujours dit que Félix Tshisekedi était son candidat. Nous présentons aujourd’hui le ticket qu’il souhaitait. Serait-il capable de mobiliser les autres pour nous rejoindre ? », lui avait lancé le futur Premier ministre de Fatshi. À première vue, Moise Katumbi n’est pas preneur. La présence de ses principaux lieutenants dans l’équipe de Martin Fayulu en est une preuve évidente. Pour la présidentielle du 23 décembre, Félix Tshisekedi devrait probablement se passer du soutien de Moïse Katumbi. À moins d’un revirement tout aussi improbable. La politique, dit-on, obéit à une toute autre logique.

Néanmoins, entre Fatshi et son désormais ex. allié, Moise Katumbi, le pont est rompu. Pour le moment, c’est avec Vital Kamerhe que Félix Tshisekedi convole en justes noces autour d’un accord négocié loin de leurs bases respectives.

Source: http://www.mediacongo.net/

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