Pourquoi pas Werrason?

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Mercredi, la star de la musique congolaise Noël Ngiama Makanda  a annoncé sa candidature aux prochaines élections législatives. L’homme veut simplement devenir Député national.  « J’y vais, dit-il, pour y défendre la culture congolaise. »

L’annonce a été accueillie de manière mitigée. S’il est un artiste confirmé, Werrason traîne néanmoins, comme la majorité de musiciens congolais, une image de carence intellectuelle. « Il ne sait même pas parler français, en quelle langue va-t-il s’exprimer à l’Assemblée nationale« , dénonce même un internaute sur POLITICO.CD.

Au nom de la « méritocratie », beaucoup estiment en effet que l’artiste n’est pas qualifié pour la fonction du Député nationale, réservée à l’élite. Cependant, l’artiste, très populaire, a toutes ses chances d’être élu. De plus, il n’a pas que de détracteurs. Werrason se voit ainsi soutenu par ses fans et ceux qui estiment qu’il revient à tous les congolais d’être égaux et libres d’exercer la fonction politique et publique. « Si le peuple veut que Werrason le représente à l’Assemblée nationale, pourquoi voulez-vous lui priver de cette opportunité« , interroge un autre internaute.

Cette candidature de Werrason relance le débat sur la célèbre phrase de l’artiste congolais Papa Wemba, décédé en 2016: « Chance eleko pamba », traduisez : « question de chance ». Une expression qui encense les parvenus et les opportunistes.  Toutefois, Werrason n’est pas le premier à vouloir profiter de ses atouts de popularité.

En 2011, une autre star de la télévision, Zacharie Bababaswe a profité de sa popularité pour se faire élire au perchoir. La même année, Patcho Panda, un proche de… Werrason, s’est fait élire avec l’aide de ce dernier. « Nous sommes dans un pays où les Zacharie [Bababaswe] ou les Francis Kalombi, qui n’a fait aucune étude intéressante, deviennent de députés. Alors pourquoi pas Werrason« , interroge un soutien de l’artiste.

En effet, Francis Kalombo, député congolais, issu du milieu musical, a longtemps traîné cette image de « parvenu », avant de s’offrir un diplôme universitaire. Depuis, l’homme est respecté. Proche de l’opposant Moïse Katumbi, le député Kalombo prend de plus en plus de l’épaisseur sur la scène politique locale. Va-t-il servir de modèle à Werrason? Ce dernier, croit certes fermement en ses chances.

De toutes les façons, seuls le souverain primaire et la loi électorale décident de qui peu bien rejoindre l’hémicycle. Cette dernière justement, ne sanctionne guère la candidature de l’artiste congolais.  Dans son article 120, la loi électorale fixe les conditions pour un candidat député en ces termes:

  1. être de nationalité congolaise ;
  2.  être âgé de vingt-cinq ans révolus à la date de clôture du dépôt des candidatures;
  3. jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ;
  4. avoir la qualité d’électeur ou se faire identifier et enrôler lors du dépôt de sa candidature ;
  5. avoir un diplôme d’études supérieures ou universitaires ou justifier d’une expérience professionnelle d’au moins cinq ans dans le domaine politique, administratif ou socio-économique.

Si le point 5 pourrait faire débat sur la personne, l’artiste aurait un diplôme de graduat en Sciences commerciales, les autres sont largement remplis.

Enfin, au-delà du droit de Werrason de jouir de sa liberté à faire la politique, cette énième ruée « soudaine » vers la politique pose néanmoins la question sur la qualité de la classe politique et le métier politique même. Loin de l’appropriation du débat et de la chose de l’Etat, nous assistons certes à une course à l’opportunité facile qu’offre une classe politique de plus en plus décriée, où les acteurs semblent de plus en plus être liés par la médiocrité et la course à l’enrichissement facile. Werrason est ainsi à la fois, un modèle de réussite, mais aussi un exemple de dérive. Bonne chance l’artiste.

Litsani Choukran.

Source : Politico CD

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