Paiement mobile : les télécoms dénient aux institutions financières un quelconque monopole

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Les opérateurs de la téléphonie mobile affirment avoir plutôt répondu à une demande croissante de la population africaine en services financiers de proximité.

 

«  Nous n’avons pris la place de personne. Au contraire, nous rendons un service qui n’a jamais existé auparavant. », explique le président du Groupe Orange en Afrique, Bruno Metting, à notre rédaction. Avec trente millions d’utilisateurs africains d’Orange money et des demandes plus spécifiques, rien n’exclut que le Groupe français fasse évoluer davantage son offre pour concurrencer les banques sur leur propre terrain.

Pendant ce temps, entre banques et télécoms, c’est une éternelle rivalité depuis le jour où les opérateurs de téléphonie mobile ont décidé de faire de leurs abonnés des clients potentiels du mobile money. Nous parlons d’un phénomène qui  a enregistré un franc succès sur l’ensemble du continent africain. Plusieurs paramètres ont aidé les télécoms à prendre le contrôle du paiement mobile. D’abord, le taux de pénétration très élevé dans différents pays de la région, dépassant parfois les 100 %, a joué en leur faveur. En RDC, moins de dix Congolais sur cent disposent d’un compte. Mais ils sont plus de qurante sur cent à recourir au service des télécoms. Par ailleurs, ils ont également l’avantage de la proximité et de la réactivité. Des paramètres qui ont convaincu au départ les banques de se lancer dans le mobile banking avec les télécoms, mais c’était sans compter une volonté de ces derniers de poursuivre l’aventure sans « intermédiaires », assurés de rester autant efficaces avec ou sans l’appui du système bancaire.

En remontant dans l’histoire financière de la RDC, l’on se rend compte que les banques ont commencé d’abord par travailler avec les grandes entreprises. Il ne faut pas oublier que les PME n’ont pu accéder au crédit d’investissement que depuis quelques années. L’on estime que des millions d’entre elles sont bancarisées aujourd’hui. Même si le secteur bancaire a connu une croissance extraordinaire depuis les années 2000, avec une explosion des comptes ouverts [40 000 en 2003 à 2,8 millions en 2015] et un meilleur accès au crédit, il est clair que le fait de se tourner vers une population jadis exclue du système a exigé de nombreuses conditions préalables, dont l’expertise à mettre en œuvre pour approcher ces nouveaux segments et gérer les risques.  Malheureusement pour les banques, elles ont été vite dépassées par les télécoms sur ce nouveau terrain de tous les enjeux pour les deux acteurs.         

Dans son entretien avec « Le Courrier de Kinshasa », Bruno Metting a tenu à replacer le débat dans son contexte, son vrai contexte. Selon lui, les chiffres sont clairs. Orange money, par exemple, compte aujourd’hui trente millions d’utilisateurs réguliers en Afrique. Pour la RDC qui comptait déjà 530 000 utilisateurs actifs en 2016, les retombées économiques sont substantielles. Ce succès, rappelle-t-il, tient tout simplement  au caractère innovant du produit. Orange money n’est pas venu remplacer un quelconque service financier. Au contraire, il s’est imposé en l’absence d’un service financier accessible à une certaine catégorie de la population. Le système bancaire n’a pas jugé nécessaire de concevoir des produits adaptés à cette cible.  Avec la réalité du développement économique, cette population a eu besoin de trouver des moyens plus pratiques de gérer son cash. Elle a voulu réaliser des transferts réguliers. «  Je dois dire que nous faisons un service pour une population pauvre et exclue du système financier. C’est plutôt honorable pour les télécoms d’y avoir pensé. », a-t-il soutenu.

En une décennie, le phénomène a gagné en importance partout en Afrique. « Les clients nous demandent des nouveaux services : épargne, crédit à  la consommation, etc.  Plus Orange développera ses services, plus le Groupe commencera à s’adresser à des clients plus aisés qui fréquentent traditionnellement les banques. », a soutenu Bruno Metting. Cette évolution oblige les télécoms à veiller au respect strict des mêmes règles que les banques. « Nous réclamons une compétition loyale, avec les mêmes règles du jeu. », a-t-il assuré.  Au cours des prochaines années, le défi pour les télécoms sera à la fois quantitatif et qualitatif. Il ne suffit plus de détenir le record du plus grand nombre de clients, il faut également répondre à leurs exigences de plus en plus précises. « Pour développer des crédits à la consommation, nous aurons des licences bancaires. Nous devrons donc évoluer dans notre organisation et respecter des nouvelles règles du jeu. », a-t-il conclu.   

Source : http://www.adiac-congo.com/

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