Or, diamants, terres rares : la ruée prédatrice vers l’Afrique

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Depuis plusieurs mois, de nombreuses entreprises chinoises et émiraties spolient-elles les ressources minérales terrestres de certains pays d’Afrique en toute impunité ? La question mérite d’être posée.

Dans une dépêche parue le 24 avril 2019, l’agence Reuters affirme que des milliards de dollars d’or et d’autres ressources minérales sont exportés en contrebande d’Afrique en direction des Émirats arabes unis (EAU) et de la Chine. L’agence de presse britannique va plus loin, en affirmant que ce commerce, particulièrement lucratif, quoique parfaitement illégal, alimenterait certains conflits dont celui qui tue des dizaines de milliers de Yéménites depuis 2015. Il violerait les droits humains et mettrait en péril l’environnement des pays dans lesquels ces ressources sont extraites dans l’irrespect total des règles internationales du commerce et du droit international.

Des faits troublants

La récente offensive « commerciale » et l’offre sécuritaire des EAU – sur fond des 30 milliards de dollars à investir au profit des États du G5-Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso, Tchad) ainsi que le projet d’ouverture prochaine d’une base militaire au Niger – et sur le reste du continent africain, en est une des illustrations les plus récentes et visibles.

De quoi être interpellé quant aux conséquences sur le terrain. Quelles sont les raisons sous-jacentes de cette gigantesque contrebande à ciel ouvert ? Comment est-il possible d’agir de la sorte en toute impunité aux yeux de bon nombre d’institutions souveraines, tant au niveau régional, continental qu’international ? Quelles peuvent en être les conséquences sur les plans juridique, financier, économique, social et environnemental ?

Le pillage à l’origine de bien des problèmes

Bien qu’il soit acquis que certains pays d’Afrique disposent de gigantesques richesses, le pillage de leurs ressources minérales et des matières premières convoitées sont à l’origine de bien des maux. C’est, d’ailleurs, principalement la frustration née de l’injuste captation de certaines ressources ainsi que l’inégale répartition de nombre de richesses qui sont le ferment de la volonté de migration, sources de conflits et d’instabilité. Et à ce jeu à somme nulle, c’est le continent africain qui perd.

L’Afrique prise en otage ?

C’est d’ailleurs un invraisemblable paradoxe que de voir que des populations qui ont sous leur pied un trésor ne l’exploite pas à leur guise et soient ainsi la victime des ambitions et des conflits exogènes au continent. La guerre froide de la deuxième moitié du XXe siècle avait pris en otage le continent africain, le début du nouveau siècle semble de nouveau mettre le continent africain en première ligne de la conflictualité opposant les frères ennemis du Golfe persique. La perte des recettes fiscales relevant de l’exploitation minière est considérable. Elles bénéficient néanmoins à certains grands groupes cotés en bourse et ayant pignon sur rue à Dubaï où se trouve l’épicentre de cette nouvelle réalité : le Dubaï Multi Commodities Centre (DMCC).

Cette situation de contrebande implique des flux financiers suspects qui impactent la souveraineté des États africains concernés. Sans maîtrise, ces derniers perdent des bénéfices pour leur développement économique, leur propre sécurité et le développement du potentiel humain.

Un impact qui fait du tort à l’Afrique…

Dès lors, une question se pose : à qui profite la prime, le crime ? On constate que cette manne de richesses alimente ainsi une criante asymétrie économique. Une chose est certaine : on sait à qui elle ne profite pas et fait subir un préjudice. Comment cela est donc possible au sein d’un État souverain qui semble fonctionner à mine ouverte ?

… qui essaie de réagir

Cependant, tous ces pays ne sont pas restés sans réaction. Ainsi, plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tanzanie, la Zambie, prennent progressivement des mesures pour ramener dans une logique et un environnement formalisé leurs opérations minières dans le flou de l’informel. Certains pays, à l’instar de la Zambie, renforcent leurs dispositifs de sécurité dans les zones minières afin de mettre fin aux opérations d’extraction illégale. Le Ghana, préoccupé par le fait que des entreprises principalement chinoises et émiraties portent atteinte à l’environnement, a d’ores et déjà arrêté un certain nombre de mineurs chinois, dont elle a expulsé des milliers au cours des six dernières années.

Pourquoi il faut réagir

Le spectre indécent de ces exploitations clandestines a de fait un impact significatif sur les aspects environnementaux et sécuritaires. En effet, extraire des matières minérales ou premières dans des mines en dehors de toute contrainte normative et tout cadre légal, national et international, ne garantit pas la stricte application des contrôles nécessaires : rejet de produits toxiques qui ont un impact significatif sur et en dehors de la zone, respect des codes miniers en vigueur dans les pays concernés, respect des règles de l’Organisation internationale du travail (OIT).

La question de l’emploi d’enfants dans ces mines clandestines demeure ainsi posée. Pour rappel, le respect du travail et du droit des enfants est strictement réglementé par les organisations internationales telles que l’Unicef, qui ne cesse de rappeler que d’année en année, de nombreux enfants sont ainsi exploités. Certaines ONG rappellent également que ce commerce condamnable va plus loin et entraîne de plus en plus d’Africains sur les conflits où figurent les Émirats arabes unis, à l’instar du conflit au Yémen où sont engagés des Soudanais, mais aussi des Nigériens, des Tchadiens, des Libyens souvent à la solde de structures militaires privées émiraties.

L’un des principaux risques qu’induit aussi cette situation réside également dans le déclenchement d’opérations de déstabilisation visant, non plus seulement des pays, mais aussi des groupes de pays dans un environnement où la légalité est désormais de mise. Dès lors, il faut se féliciter que l’ambitieux projet panafricain de la Zleca (Zone de libre-échange continentale africaine) offre une parade au niveau de la menace évoquée. Le soutien international à ces pays victimes de ces pratiques prédatrices doit ainsi être soutenu sans faille. Il en va de la crédibilité des pays développés à souhaiter assurer des relations équilibrées avec des pays à regarder comme des partenaires et pas seulement comme de simples marchés à exploiter.

Source: http://www.mediacongo.net/

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