ONU : Antonio Guterres à Washington pour des discussions budgétaires

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Le secrétaire général et les autorités américaines se sont donné deux jours, du 12 au 13 mars, pour se pencher sur la question du financement des opérations de paix, dont le budget est déséquilibré par la baisse de la contribution des Etats-Unis.

Dans le but de trouver une solution durable à la trésorerie défaillante de l’organisation qu’il dirige, Antonio Guterres multiplie, depuis janvier, les initiatives pour sensibiliser les Etats membres aux « problèmes financiers graves » auxquels elle est confrontée. C’est dans la même optique qu’il y a consacré une rencontre mensuelle avec le Conseil de sécurité et envoyé une lettre aux cent quatre-vingt-treize membres des Nations unies réunis récemment pour les inciter à tout mettre en œuvre pour contourner la difficulté.

Le budget de la quinzaine des opérations de maintien de la paix de l’ONU, employant plus de cent mille Casques bleus, est adopté au mois de juin de chaque année. Il s’élève à 6,689 milliards de dollars. Outre le fait que la contribution américaine a été réduite de 28 à 25% depuis 2017, soit deux cent vingt millions de dollars par an en moins, Antonio Guterres fait face à de plus en plus de retards de paiements par les Etats membres, pouvant atteindre au total plusieurs centaines de millions.

A cela s’ajoutent d’autres conséquences : l’institution qui doit rembourser les pays ayant déployé des troupes dans des opérations accuse, elle aussi, des retards conséquents. Et ce problème n’a pas, jusqu’à présent, poussé les pays à proposer moins de troupes. Une situation qui a des répercussions particulièrement importantes pour les gros fournisseurs de Casques bleus. En tête des pays auxquels l’ONU doit de l’argent figurent l’Ethiopie qui attend 41,6 millions de dollars, l’Inde 40,5 millions et le Pakistan 35,7 millions.

D’après plusieurs analystes, la décision du président Donald Trump de réduire la contribution financière américaine à 25% représente le plus gros casse-tête pour le chef de l’ONU, parce que de nombreux pays sont réfractaires à se substituer aux Etats-Unis, qui ne sont pas parvenus fin 2018 à faire entériner par l’organisation le principe d’une part américaine réduite.

« Compenser, c’est leur donner raison et pourrait servir de précédent à d’autres (…). Pourquoi devrions-nous régler un problème créé par un seul d’entre nous ? », pense un autre diplomate, sous couvert d’anonymat.

« Les Etats-Unis, le premier vendeur de biens et de services » 

La répartition des contributions n’est plus juste, avec des pays ne payant pas assez au vu de leurs possibilités, souligne le gouvernement américain, qui cite en ligne de mire l’Arabie saoudite, le Qatar, les Emirats arabes unis, la Turquie, Singapour, Brunei, le Brésil, le Mexique ou l’Inde. Pour un diplomate africain, qui estime que Washington « est le premier bénéficiaire » des opérations de paix, « la capacité américaine devrait plutôt se traduire par une contribution à 29% ».  Sans mission de l’ONU dans certains pays, l’engagement et le coût pour les Etats-Unis seraient démultipliés, note une source, ajoutant que dans les opérations, les Etats-Unis « sont le premier vendeur de biens et de services ».

Sachant qu’aucune sanction n’est prévue pour ceux qui ne paient pas la totalité de leur dû ou s’exécutent avec retards, le secrétaire général de l’ONU a admis qu’« une réduction des dépenses ne peut compenser le manque à gagner ». Un spécialiste du dossier, qui a également requis l’anonymat, a rappelé que certains Etats membres n’aiment pas qu’on parle de transfert d’argent d’une mission de paix à une autre comme cela est évoqué dans les discussions entre Washington et les Nations unies.

« Cela pose des problèmes techniques de comptabilité et politiques car certains Etats peuvent vouloir financer certaines opérations plus que d’autres », a-t-il fait savoir.

Une source onusienne avance qu’Antonio Guterres souhaiterait créer un fonds avec l’argent non dépensé dans les opérations. Une fois ce projet concrétisé, l’ONU sera donc tenue de rembourser les pays membres. Il pourrait aussi vouloir élever le niveau des contributions au début des missions, traditionnellement établies au plus bas, a-t-on indiqué, précisant qu’en période économique difficile, l’idée pourrait ne pas être retenue.

 

Source : http://www.adiac-congo.com/

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