Nucléaire : à quoi joue l’Iran  ?

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Pour la seconde fois en moins d’une semaine, la République islamique s’apprête à violer un de ses engagements conclus dans l’accord sur le nucléaire iranien. Après avoir dépassé, lundi, le seuil de 300 kilogrammes d’uranium faiblement enrichi fixé par le texte, Téhéran a annoncé ce lundi avoir dépassé le degré d’enrichissement de 3,67 % défini par l’accord.

« Ce matin, lundi, le degré de pureté de l’uranium produit a atteint 4,5 % », a annoncé Behrouz Kamalvandi, le porte-parole de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique, selon l’agence semi-officielle Isna. S’il atteint un taux de 90 % d’enrichissement, l’uranium peut être utilisé pour la fabrication d’une bombe atomique, ce que l’Iran dément formellement rechercher. Mais ces violations sont d’autant plus retentissantes que la République islamique avait respecté tous ses engagements depuis la signature de l’accord, en juillet 2015, selon les multiples rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

« Cette action ne signifie pas la fin de l’accord sur le nucléaire », assure pourtant une source diplomatique du Moyen-Orient. « Il s’agit avant tout d’un avertissement lancé à nos partenaires européens. On ne pouvait plus rester la seule partie à respecter intégralement sa part du texte sans que l’autre camp ne fasse quoi que ce soit. Il fallait agir par rapport à notre fierté et pour répondre à la pression exercée par notre peuple. » Signé par l’Iran et les grandes puissances (États-Unis, Chine, Russie, Royaume-Uni, France et Allemagne) il y a quatre ans, l’accord sur le nucléaire iranien est en état de mort clinique depuis le retrait unilatéral des États-Unis en mai 2018.

Électrochoc

Conformément au texte, les Iraniens ont drastiquement réduit leurs activités nucléaires sensibles. Or, en se retirant l’an dernier du texte, qu’il juge comme « le pire accord de l’Histoire », le président américain Donald Trump a réimposé des sanctions draconiennes contre le secteur financier et les exportations iraniennes de pétrole, étouffant l’économie iranienne qui était pourtant supposée bénéficier des retombées positives de la conclusion de l’accord sur le nucléaire. La menace de sanctions américaines extraterritoriales (et non européennes) contre toute entreprise étrangère commerçant avec l’Iran a poussé la majorité d’entre elles à quitter la République islamique.

Pour encourager Téhéran à continuer à respecter ses engagements, la France et l’Allemagne ont lancé en janvier dernier INSTEX, un « véhicule financier de compensation » censé permettre à l’Iran de continuer à commercer avec l’Europe, malgré les sanctions américaines, et de soulager une économie exsangue. Or, six mois après son lancement, le mécanisme n’a toujours pas permis d’effectuer la moindre transaction financière, y compris pour des marchandises ne tombant pas sous le coup des sanctions. « Cela fait des mois que les Européens nous demandent de leur donner un mois de plus », peste la source diplomatique moyen-orientale. « Or, en dépit des annonces européennes, nous n’avons toujours rien vu. Il fallait un électrochoc ».

Ultimatum

Il y a deux mois jour pour jour, le président iranien « modéré » Hassan Rohani a lancé un ultimatum aux pays européens, leur donnant un délai de soixante jours pour trouver une issue à la crise, avec la menace à peine voilée que l’Iran reprenne ses activités nucléaires illicites. « Et cela a marché », poursuit la source. « Les Européens s’activent pour sauver l’accord sur le nucléaire et ils en ont la capacité ».

Déterminés à sauvegarder un texte clé pour la non-prolifération nucléaire, arraché de haute lutte après treize ans de crise, et qui avait permis à l’époque d’éviter un conflit armé avec l’Iran, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni s’affairent en coulisse pour alléger la pression économique pesant sur la République islamique. Le 29 juin à Vienne, une représentante de la diplomatie de l’Union européenne, Helga Schmid, a annoncé que le mécanisme INSTEX était désormais opérationnel, un progrès que Téhéran juge pour l’heure « insuffisant ». Samedi soir, le président français Emmanuel Macron s’est entretenu pendant plus d’une heure avec son homologue iranien pour « explorer d’ici au 15 juillet, selon l’Élysée, les conditions d’une reprise du dialogue entre toutes les parties ». Plus discrètement, la Chine continue de son côté à acheter du pétrole iranien.

« Pression »

« Ce qu’il faudrait aujourd’hui, ce serait un geste politique fort de l’Europe en direction de l’Iran, avec par exemple l’ouverture d’une ligne de crédit pour financer des produits, comme des médicaments, qui ne tombent pas sous le coup des sanctions », confie la source diplomatique. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, est déjà allé plus loin en affirmant qu’INSTEX devait permettre l’achat de pétrole iranien, certes interdit par les États-Unis, mais autorisé au niveau international.

En attendant, la République islamique accentue savamment la pression sur l’Occident. Dimanche, Abbas Araghchi a fixé un nouvel ultimatum aux pays signataires de l’accord restants pour « trouver une solution, sinon, dans 60 jours, [ils] entameron[t] la troisième étape du plan de réduction des engagements pris par l’Iran », a-t-il averti, sans pour autant préciser ses intentions. Avec un stock de plus de 300 kilogrammes d’uranium enrichi à plus de 3,67 % et 5 060 centrifugeuses, le niveau des activités nucléaires de la République islamique est encore loin de celles – problématiques – avant la conclusion de l’accord sur le nucléaire (10 000 kilogrammes d’uranium faiblement enrichi et 19 000 centrifugeuses), et encore davantage de celles nécessaires à la fabrication de la bombe atomique. Mais le message envoyé par Téhéran paraît limpide.

« L’Iran n’a en réalité pas besoin de toutes ces centrifugeuses et la bombe atomique est interdite selon une fatwa [édit religieux] du Guide », tente de rassurer une source iranienne (l’Iran a pourtant mené des activités sur le nucléaire militaire jusqu’à au moins 2013, NDLR). « Nous pouvons revenir à nos engagements aussi rapidement que nous les avons rompus ».

Source: http://www.mediacongo.net/

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