Nouvelles : « Désert tropical » de Bakana Ntondele aux éditions l’Harmattan

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Six nouvelles distillées par une plume acérée d’une profondeur inouïe qui capte l’intellect du lecteur et fait perdre les esprits non exercés à la chose littéraire. Des mots de tous les jours, agencés.  Ces mots simples font de ce livre un véritable joyau littéraire.

Le premier texte intitulé « blues tropical » porte les émotions d’une vie en pâture, à la merci d’un amour perdu comme cet oiseau qui s’est envolé un matin vers la forêt.  Mame Lolo, encore appelée « tendresse », deux fois, symbole de l’amour, lorsqu’il dit : « Tu es ma côte poussière« . Il y a également cette belle évocation de ses géniteurs et de sa terre natale avec ravissement.

Ce livre convoque le mystère de l’existence et la fierté d’en faire partie. Il y a également la magie des NTIC qui permet d’être en contact, quel que soit l’éloignement. Heureusement, les précieux conseils de son grand père le reviennent toujours. Mais le voilà qui se larmoie, « jusque-là la paire a commandée dans le Congo profond n’a pas encore été réalisée (…) mon regard çà et là à la quête d’une pointure confortable et correspondante. » p10. La troisième nouvelle et l’avant-dernière entraîne le lecteur dans un univers fait d’horreurs et de sang. Des moments noyés par la bestialité immanente de l’homme envers son prochain.

On lira aussi la folle de la rue Mbochis. Voilà l’histoire d’une jeune fille choyée comme une reine, vivant sur un nuage hollywoodien, trouve quand même une raison de mettre le voile à la Laure manaudou pour se retrouver de l’autre côté du Pool Malebo. Commence une descente aux enfers explorée par les hommes en uniforme, jusqu’à la rue mbochis ou la jeune fille jette l’ancre. Elle deviendra la coqueluche de la rue, distribuant ses charmes comme une décharge publique sauvage. Abreuvant tous ses partenaires de ses eaux au grand dam de son père. En fait, c’est une vie qu’elle choisit délibérément « pour être à l’abri des intempéries de la vie ». À la fin, elle portera la grossesse dont elle ignore l’auteur.

Ma bénédiction, c’est l’histoire de Ndumba. Une jeune dame de très petites mœurs bénie par sa mère Ma Ngirita. Elle fait flèche de tout bois, en partant des sapeurs aux musiciens sans oublier les hommes d’État et les jeunes hommes de bonnes familles qui se multiplient en quatre pour obtenir ses faveurs, favoriser par sa mère qui tient les comptes ainsi que ses cadets. Ces derniers qui ont obtenus de la bénédiction de Ma Ngirita, la propension de se faire entretenir par la cougar. Elle finira ses aventures chez le menuisier handicapé du quartier où le degré d’insalubrité l’a fait vomir après quelques gorgées de bière ingurgitées dans son cagibi. Elle prendra tout simplement la poudre d’escampette sans autre mode de procès.

L’avant dernier titre, « la main noire » est l’histoire d’une jeune fille frivole qui enferme son petit garçon dans son studio pour aller goûter aux plaisirs de la vie. Et survient un feu qui ravage sa maison et l’enfant trouve la mort à la suite des brûlures graves. Mais la maison grande ouverte, les badauds constatent que la lampe accusée d’embraser la maison est intacte avec une valisette contenant les petites tenues de la jeune dame. L’ultime récit intitulé « jusqu’à quand » ressemble à un cri d’alarme. Au-delà de l’histoire, c’est un vrai questionnement sorti du fond d’une femme d’un certain âge.

Source : adiac-congo.com

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