Nganga Edo : « Actuellement si vous voyez notre orchestre, il y a des jeunes »

0

L’artiste musicien est l’un des grands monuments de la musique congolaise des années 1950. Né à Léopoldville, actuelle Kinshasa, le 27 octobre 1933, il a quasiment suivi le même parcours que Jean Serge Essous et Nino Malapet jusqu’à la création de l’orchestre Les Bantous de la capitale. Il pense déjà à la relève, en encourageant les jeunes musiciens à revêtir l’esprit « Bantous » pour perpétuer l’orchestre.

Edouard Nganga, alias Nganga Edo, est auteur-compositeur et artiste musicien. Il est cofondateur des orchestres Ok Jazz de la République démocratique du Congo, Négro Jazz et les Bantous de la capitale du Congo Brazzaville. Ce dernier groupe, jusqu’à preuve de contraire, est l’orchestre emblématique de ce pays.

L’icône de la musique congolaise Nganga Edo, âgé de 85 ans aujourd’hui, a fait ses études à l’époque de l’Afrique équatoriale française. Menuisier de formation, il a occupé aussi des fonctions de comptable à Schell et de stockiste à Sarma Congo, à Léopoldville .

Au-delà de ses occupations professionnelles, il aura un goût profond de la musique. Il sera compté parmi ceux qui ont créé le Négro Jazz en 1954. En 1956, il se retrouvera de l’autre côté du fleuve Congo  pour enregistrer, à Léopoldville, le premier album de ce groupe. Arrivé au Congo belge, il sera sollicité par les éditions Loninguisa. Nul n’étant maître de son destin, Nganga Edo rencontrera Franco Luambo Makiadi, Vicky Longomba dit Verckys. Ensemble, ils composeront des chansons qu’ils enregistreront au nom de l’OK Jazz. « Voilà comment cet orchestre est né en 1956 », a expliquié Nganga Edo.   

Dans l’OK Jazz, a-t-il poursuivi, il y avait Franco, Vicky Longomba, Nkouka Célestin, De la lune, Bossouma et lui-même. Ils vont créer d’autres éditions internes comme Epanza Makita qui appartiendra à tous les trois ( Franco, Vicky et Nganga Edo en seront les administrateurs).  

Malheureusement, il y aura des mouvements de contrôle en 1958. Face à ces tracasseries des services de l’immigration qui exigeaient des pièces d’identité, Nganga Edo et d’autres Congolais de Brazzaville comme Jean Serge Essou et Pandi qui étaient dans le Rocka Mambo des éditions Essengo, quitteront Léopoldville pour regagner manu militari Brazzaville. « Dès que nous sommes revenus à Brazzaville, automatiquement l’orchestre Les Bantous de la capitale est né le 15 août 1959 chez Faignand, à Poto-Poto. S’en est suivi un grand parcours de l’orchestre qui finira par exploser à travers le monde », a témoigné Nganga Edo qui se dit orphelin aujourd’hui à cause de la disparition des artistes de sa génération.  

L’orchestre connaîtra un succès continental, bénéficiant des tournées avec des titres phares comme « Massoua » et plus tard « Osala nga nini », etc. Ngnga Edo composera également des chansons qui ont marqué la belle époque de l’orchestre telles « Aimé wa bolingo », « Béto Bantou », « C’est toujours comme ça », « Rosalie », « Tokeyi kobina calipso », « Oyo nde zoba » (dans Ok Jazz), « Maben de kolimwa », etc. « Si le groupe a connu suffisamment de succès, c’est parce que nous avons cartonné. Lors de l’indépendance du Congo, le président Fulbert Youlou a appelé tous ses camarades chefs d’Etat et de gouvernement, les Bantous vont jouer à cette occasion. Emus par le spectacle, tous ces présidents qui étaient-là diront à Youlou de leur envoyer cet orchestre pour la célébration des indépendances de leur pays. C’est ainsi que nous ferons la ronde de toute l’Afrique. Il y a même Houphouët Boigny, de la Côte d’Ivoire, qui nous gardera pendant longtemps dans son pays. Au Sénégal, ce sera la même chose », s’est souvenu Nganga Edo.

Après ce succès fulgurant, a-t-il regretté, il y a eu des dislocations en 1972 qui donneront naissance à d’autres mouvements comme le Trio-Sépakos, les Nzoys. Mais comme par un coup de bâton magique, ils vont tous se retrouver pour redonner vie aux Bantous de la capitale. « C’est comme quelque chose qui était programmé comme ça par le Seigneur, le bon Dieu. Nous sommes allés jouer à Cuba, il fallait l’ossature complète de l’orchestre. A bord du navire le Nakimov, nous répétions régulièrement pendant deux semaines de navigation. C’est comme ça que le cordon qui s’était cassé a été ressoudé», s’est-il étonné.

Au retour de Cuba, ils remettront sur pied l’orchestre jusqu’aux départs définitifs d’autres artistes. Les Bantous de la capitale reprendront leur envol dans les années 1980, lançant des albums qui ont fait tabac. Aujourd’hui, cet orchestre a ouvert sa porte aux jeunes qui sont sa relève. Des jeunes qui se mettent progressivement aux pas pour s’adapter dorénavant au genre musical du groupe.

« Il y a même certains d’entre eux qui ont eu peur mais nous les avons encouragés à venir.  Actuellement, si vous voyez notre orchestre, il y a des jeunes. Quand ils viennent, nous leur demandons d’être d’abord les Bantous avant d’apporter leur style que nous améliorons tout en gardant la philosophie de l’orchestre », a déclaré Nganga Edo. La dernière tournée des Bantous de la capitale remonte à 2017 à Rome, en Italie, dans le cadre du concept « La nuit du Congo à… » du Groupe Yompo Pella de Beethoven.    Le 15 août 2019, l’orchestre célébrera les 60 ans de son existence. Un événement qu’il est en train de préparer sérieusement. Nganga Edo demande aux gens de bonne volonté, qui ont encore l’âme bantoue, de les assister dans les préparatifs de ces festivités.

Légendes et crédits photo : 

Edouard Nganga alias Nganga Edo

Source : http://www.adiac-congo.com/

Laisser un commentaire