Musique :  » Youyou » d’Alesh bluffe tout le monde

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Posté sur le net depuis le 24 février, le nouveau son du chanteur hip-hop, un featuring avec DJ P2N de Lubumbashi, ne se rapporte pas, comme l’aurait laissé penser son titre, à une femme mais se plaint plutôt du tribalisme.

Alesh et DJ P2N dans YouyouÀ y regarder de près, toutes considérations faites, c’est vrai que cela aurait été mal connaître King Lesh que de penser, comme l’a laissé pensé le titre « Youyou«  avant de l’entendre, qu’il verserait dans les banalités. En effet, si pour le Kinois  » Youyou » est un prénom féminin, et donc cela a tout de suite porté à croire qu’il était question d’une fille dans la chanson, il n’en est rien. Pour s’en rendre compte, il faut entendre le morceau de quatre minutes, quinze secondes.

C’est juste à la vingt-septième seconde que l’on comprend à quoi se rapporte vraiment le titre « Youyou ». Alesh s’est donc royalement payé la tête des mélomanes ! Assurément pas un seul d’entre eux n’avait pu s’imaginer que cette chanson n’est en fait qu’une répétition, de l’interjection ouille, sous la forme ouillouillouille qui, d’ailleurs, peut s’écrire ouyouyouye, la forme la plus proche du titre. Expression de douleur, elle ne fait que précéder son haro sur le tribalisme. Alesh dénonce vivement les sérieux relents tribalistes apparus aux lendemains de la proclamation des résultats de la dernière élection présidentielle, du reste très contestés.

Après les quinze secondes où il enchaîne ouille et aïe, Alesh balance une formule familière de l’époque Mobutu : « Tata bo ? Mama bo ? Congo bo ? ». Ces expressions consacrées du feu Maréchal qui, remises au goût du jour, donnent « Combien y a-t-il de père ? Combien y a-t-il de mère ?, et Combien y a-t-il de Congo ?, à la place de l’original « Ekolo bo ? Combien y a-t-il de nation ? ». Une sorte de cri de ralliement qui prônait l’unité nationale. Alesh ne s’arrête pas là. Plus loin, dans « Youyou, » à la 2e mn, il revient sur une autre formule familière de la période « mobutienne » dont il semble définitivement nostalgique.

Que la politique ne nous divise pas

« D’où vient la division ? D’où viennent les invectives mutuelles ? D’où vient le tribalisme ? Nous sommes tous fils du Congo », affirme deux fois de suite Alesh comme pour bien souligner l’absurdité de ce comportement qui ne peut se justifier, comme s’emploie-t-il à le rappeler à la suite de cette série de questions : « le Mungala est mon frère, le Swahili est ton frère, le Mukongo est son frère à lui et le Muluba est notre frère à tous ! ».

King Lesh est formel dans ses exhortations qui passent, d’ailleurs, pour des ordres à revenir à la raison : « Que la politique ne nous divise pas. Les hommes passent mais la nation demeure. Préserve la nation, Mukongo, Muluba, Mungala, Muswahili nous sommes issus d’une même famille ! ». Il les appuie, en outre,  du fameux « Nye ! Nye ! » du défunt président Mobutu, qui pourrait se traduire par « Écoutez ! Écoutez ! ». Une autre de ses formules courantes, il invitait de la sorte le peuple à lui prêter une oreille attentive lors de meetings et autres rencontres populaires souvent face à des foules.  

Le chanson rappelle le précédent tube d’Alesh, « Biloko ya boye », auquel il fait écho. Il y a, d’ailleurs, la phrase « Naloba naloba te, nayemba ne yemba te, Oh Alesh ‘ango monoko ah ! Que je ne me prononce pas, que je ne chante pas, qu’est-ce qu’il est verbeux ce Alesh !  » déjà usitée qui revient comme pour souligner la continuité du précédent discours, un appel à un vote-sanction des électeurs. Et une mise en garde aux candidats à ne pas se moquer du peuple qu’ils ont coutume de prendre pour des dupes.

Sorti sous son label Mental engagé, le nouveau son est, dans l’air du temps, dans le fond tout comme dans la forme. Comme il en a pris l’habitude maintenant, depuis « Mokonzi o’a motema mabe », le premier single dans lequel il s’adresse directement au peuple suivant le code langagier courant de Kinshasa. Un choix judicieux de l’artiste dans le but d’éveiller la conscience, l’emmener à mieux considérer la réalité et se refuser à tout fatalisme. Et, pour cette fois, il fait un vibrant appel au patriotisme et au nationalisme.

 

Légendes et crédits photo : 

Photo : Alesh et DJ P2N dans « Youyou »

Source : http://www.adiac-congo.com/

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