Musique feminine : Nketo-Bakaji au Wallonie-Bruxelles

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Nketo-Bakaji, c’est un ensemble musical exclusivement composé de femmes qui évoluent à tous les postes, jusqu’aux violons, ce qui est rare en RD Congo. Le groupe fait preuve d’évidentes qualités et capacités artistiques en matière d’interprétation d’œuvres musicales. Et en est payé en retour par de nombreuses invitations à se produire, à agrémenter diverses manifestations récréatives.

La dénomination de l’orchestre correspond à sa vocation autant qu’à cette composition totalement « gender » : Nketo-Bakaji signifie, en langues luba et kongo, la femme. Ses artistes interprètent à merveille des chansons comme « Nony » de King Kester Emeneya, « Marie-Louise » de Wendo Kolosoy, « Fatumata » de Sam Mangwana, « Kaful Mayay » de Tabu Ley et l’inévitable « Mokongo ya Nkoba », la danse de Zaiko Nkolo Mboka.

Samedi 18 novembre 2017 à 19 heures, Kento-bakaji se produira à l’Institut français de Kinshasa, sur la scène de Halle de la Gombe. Le grouve interprétera à cette occasion les grands classiques rd congolais, pour clôturer la 5ème édition de la fête du Livre.

Il y a cependant lieu de noter que l’histoire des ensembles musicaux rd congolais exclusivement composés des femmes remonte aux années 1969, avec la création, pour la toute première fois, du groupe « Emancipation ». L’initiateur et propriétaire de cet orchestre fut le défunt Ngombe Basoko dit « Maître Taureau ». Un mécène qui avait déjà été à l’origine de la création de l’orchestre (masculin) « Le Continental », où brillèrent de mille feu des artistes-musiciens comme Popol Mansiamina, Dizzi Mandjeku, Mageda (guitaristes), les chanteurs Blaise Pascal, Josky Kiambukuta et tant d’autres.

Au cours de sa brève existence, l’orchestre « Emancipation », avait bien réussi à séduire les mélomanes, d’abord pour la particularité liée au genre : on a ainsi pu admirer le zèle épatant d’une femme qui soufflait avec maestria dans un saxophone, du nom de Madame Georgine, surnommée comme c’est d’usage dans ces milieux, « Gégé Léopard ». « Mère Julie », ce fut cette autre dame dont la dextérité dans le maniement de la guitare solo lui a valu d’être surnommée « Docteur Nico ». Sans compter, à la guitare basse, une certaine Antho Boteko du quartier Yolo, qui n’avait rien à envier à ses concurrents mâles. Il en fut de même de Catherine Kitoko, « Katho », qui s’illustrait sans complexe à la percussion (drums), se révélant capable d’accompagner tous les rythmes musicaux du moment. Mais la belle histoire de l’orchestre « Emancipation », de fort courte durée, s’arrêta brusquement pour des raisons demeurées obscures à ce jour.

Jusqu’à ce qu’un homme d’affaires Kasaien, Albert Ndaya dit « Fanon », expert-comptable de son état, eût le goût de rééditer le couteux exploit de « Maître Taureau ». Fanon commencera par récupérer les anciennes musiciennes de l’orchestre «Emancipation », avant de compléter son groupe en recrutant des nouvelles dames ou filles. Son orchestre, il le dénomma « TAZ Bolingo » (Troupe d’Artistes du Zaïre). Homme aux ambitions plutôt méticuleusement calculées, Fanon dota « Taz Bolingo » d’un siège officiel au « Contrôle-Bar-Yolo », avant que Dieu le Père ne prenne possession de ces lieux qu’occupe actuellement l’église du Pasteur Kiziamina. Naturellement, le comptable avait doté le groupe gender d’un équipement musical pimpant neuf. Ce qui n’était pas courant à l’époque. Et ses artistes étaient rémunérées rubis sur ongle mensuellement. Ce n’était pas non plus fréquent.

Au plan production, Fanon finançait personnellement les travaux d’enregistrement et duplication des œuvres de son orchestre. Dont le premier 33 Tours, « La loi du Talion », se comporta plutôt bien sur le marché du disque. Mais des difficultés professionnelles ne permirent pas au mécène patron de Taz Bolingo d’aller plus loin. L’aventure prit fin comme elle avait commencé. Abruptement.

Néanmoins, l’exemple fut des émules. Auto-Mbongo, un autre mécène, sauta sur l’occasion en regroupant les mêmes musiciennes par le canal de Katho Kitoko. L’orchestre féminin revit le jour mais s’appela « Les Amazones du Zaïre », qui réalisèrent de nombreuses prouesses et arrachèrent moult et juteuses de productions au Zaïre et dans certains pays du continent.

Grisées par ce succès de plus en plus grandissant, les musiciennes versèrent dans des comportements peu défendables, et perdirent ce qui faisait leur force : l’homogénéité. Chaque membre de l’orchestre avait son agenda… plus personne n’obéissait plus au mentor Auto Mbongo. L’homme se désintéressera de l’affaire et « Les Amazones » sombrèrent.

Récemment revenue de Luanda où elle a accompagné Sam Mangwana durant quelque trois bonnes années, Kathy Kitoko, une des amazones, a confié au Maximum que des négociations seraient en cours pour reconstituer cet orchestre qui avait fait la fierté et l’honneur du pays. Affaire à suivre, donc.

Source : Media Congo

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