Mines artisanales: Un « Germinal » en RD Congo ?

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Dans la Copperbelt, la ceinture cuprifère entre Angola et Zambie, se livre une grande bataille entre Suisses, Chinois et autres industriels du cobalt à propos du maintien de mines « artisanales » dignes du Zola de « Germinal ».

 

Une carte de la Copperbelt centrale de l’Afrique entre Angola et Zambie.

On a déjà parlé d’une des pépites industrielles dont les dirigeant suisses sont si fiers : Syngenta. En France, on connaît peu les Helvétiques Glencore et Trafigura ainsi que les Chinois raffinant 80% du cobalt mondial en Chine. Pourtant, nos smartphones ne seraient pas ce qu’ils sont sans eux.

Sentez-vous dans vos mains votre téléphone « chauffer » si vous vous en servez trop ? Pas plus que ça. C’est le cobalt qui permet à la batterie de stocker l’énergie sans surchauffer. Pourtant, cette piste pour décarboner nos modes de vie ne va pas de soi. La fièvre sur le cobalt a multiplié son prix sur le marché mondial par quatre en deux ans. Et si la demande de véhicules électriques progresse au rythme actuel avec l’exigence de limiter le réchauffement climatique, la Banque mondiale prévoit une croissance de la demande de ce métal bleuté de 1200% d’ici 2030. C’est-à-dire demain.

La géopolitique suisse du cobalt est toute simple : deux acteurs suisses basés l’un à Zoug, l’autre sur les bords du Léman (Cologny, Genève) et le Katanga (République démocratique du Congo, RDC). Le coffre-fort congolais, outre le cuivre, produira bientôt les trois-quarts des besoins mondiaux en cobalt. Une demande satisfaite par près de 200 000 « creuseurs » (des mineurs artisanaux, hommes, femmes et enfants, trimant dans des tunnels mal aérés, mourant étouffés lors des effondrements dont on n’a pas d’échos en Europe).

Glencore, premier producteur mondial de cobalt (plus du tiers) prévient : « Beaucoup de mines artisanales sont illégales et ne paient pas d’impôts, elles ne sont pas sûres, elles polluent et emploient des enfants ».

Une situation dénoncée par Amnesty International en 2016 qui accusait, par ricochet, Apple, VW, Mercedes, Microsoft, Samsung ou Sony d’utiliser ce cobalt dans leurs batteries. On trace bien le bois, les produits alimentaires, textiles. Pourquoi pas le cobalt ? Glencore certifie que son cobalt est « propre » en n’utilisant pas de minerai d’extraction artisanale.

Manière d’accuser les rivaux comme le Genevois Trafigura, premier négociant depuis deux ans, ne cachant pas ses approvisionnements « artisanaux » ou auprès de groupes, tel Chemaf possédé par l’Indo-Emirati, Shiraz Virji, se vantant d’avoir acheté une Rolls-Royce. Sur le site de Mutoshi près de Kolwezi, les 5000 « creuseurs » ont vocation à être intégrés dans une immense usine sur une concession de 120 km2 : barrières électrifiées, contrôles à l’entrée, routes, coopérative pour la remise du matériel.

The Wall Street Journal vient de mener une enquête donnant un tout autre son de cloche : les conditions restent épouvantables, même si toucher quelques centaines de dollars par semaine, c’est énorme, par rapport au niveau de vie de la région. La dernière réunion à l’OCDE à Paris sur l’approvisionnement « responsable » en minerai a maintenu les divergences entre Glencore et les autres qui peineraient à comprendre les leçons de morale du Zougois. Apple et Samsung partageraient l’idée qu’il faut maintenir les mines artisanales. Et s’approvisionnent en Chine – le pays qui raffine le cobalt – et, sans doute, mélange le cobalt légal et illégal qui serait moins cher. Car derrière les bisbilles suisses, la bataille avec la Chine, les tribunaux congolais (acquis au président sortant, Kabila) est autrement plus rude.

Mais pour les ONG, la première exigence est une meilleure traçabilité du minerai bleu. A laquelle les utilisateurs pourraient bien se mêler si les informations venaient à être fiables.

Source: http://www.mediacongo.net/

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