Mende a raison, dans son tort!

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Nous sommes en guerre. Contre l’occident. Contre la Belgique. C’est le retour du néocolonialisme. « Les blancs » veulent nous dominer de nouveau. Cinquante-sept ans après l’indépendance difficilement acquise, au prix du sang des martyrs de notre pays, la Belgique veut nous remettre sous sa domination. Oui, Lambert Mande a raison. Le ministre congolais, Porte-parole de notre gouvernement légitime et consacré, a raison. Il pourrait avoir raison. Il aurait pu avoir raison. Il a raison, dans son tort.

Car, en effet, tout serait exact si, et seulement si, les choses étaient scandées dans le bon ordre. D’abord : nous n’avons jamais été indépendants, nous luttons pour l’être. Selon le Robert, le patriotisme est un sentiment partagé d’appartenance à un même pays, d’une même patrie. Sentiment qui en renforce l’unité sur la base de valeurs communes. Il conduit à ressentir de l’amour et de la fierté pour sa patrie. Le patriote est prêt à se dévouer ou à se battre pour elle afin d’en défendre les intérêts.

Le Robert n’a du tout dit qu’il faudra étendre le patriotisme à la défense d’un système politique, ou d’un régime. Comme le cœur d’une nymphe, l’amour pour son pays s’accompagne de celui pour son prochain. Bien avant même de lutter contre l’ingérence et les velléités belges à nous remettre sous la colonisation, avons-nous d’abord été patriotes, entre nous, envers nous-même ?

L’amour de son pays est entre autres régie par l’amour de la justice, de l’égalité envers ses semblables. Ces principes sont ainsi coulés dans ce que tous avons convenu d’appeler : « la Constitution ». Mère des règles, tableau de bord, ce document fixe notre conduite à nous tous, en tant que nation souveraine.  Etre patriote, c’est aimer et appliquer ces règles. Il ne s’agit pas de trouver des astuces pour l’appliquer autrement, ou prétendre qu’elles sont appliquées. Non. Car, avant tout, la définition du Robert fait tout aussi appelle au bon sens : ce fort intérieur qui interpelle chacun de nous. Qui pousse à savoir que s’accrocher au Pouvoir contre la volonté de 51% de la population n’est pas juste. Qui pousse tout aussi à rendre justice, à se mettre en évidence. Oui, c’est de ça qu’il s’agit d’abord. Ne pas tuer ses semblables. Ne pas utiliser les ressources de l’Etat contre ses semblables. C’est aussi et d’abord cela le PATRIOTIME.

Se replier sur nous-mêmes serait trahir notre tradition d’hospitalité légendairement congolaise. La particularité de notre patrie doit être préservée non comme une fin en soi mais comme un terreau dont se nourrit l’universalisme, l’africanisme. Faire son devoir de patriote aujourd’hui, ce n’est plus surveiller la frontière et repousser on ne sait quel ennemi, c’est assurer la transmission culturelle, autrement dit ne pas oublier son histoire, ni négliger sa langue et la faire partager aux autres, notamment aux plus jeunes. Chaque génération est héritière de celles qui l’ont précédées. Et c’est bien la vie de la nation qui est en jeu dans cette incessante transmission, au-delà des doutes qui la traversent en ce moment. Le sentiment patriotique peut alors devenir une des conditions de la réussite économique.

Lambert Mende a aussi raison. Le Patriotisme c’est de tirer les leçons du passé. Le salue pour ce grand pays convoité ne viendra ni de l’occident, ni de l’occident. En plus de deux cent ans d’histoire, le mal y est souvent venu.  En atteignant l’embouchure du fleuve Congo en janvier 1579, Duarte Lopez, le marchand et explorateur portugais avait la sincérité d’affirmer qu’il débarquait sur nos terres « à la recherche des esclaves pour les envoyer en Amérique.»

Voyez-vous, nul ne peut surgir sur cette contrée si riche et paisible dans le seul souci de nous sauver. Nous avons tenté l’expérience, par deux fois, faisant appel à des libérateurs venus d’autres cieux, nous avons fini par leur accordé une procuration de massacres qui s’élèvent à plus de six millions de morts à ce jour. Vous voyez, le Patriotisme, c’est aussi compter sur ce pays, et son peuple. C’est aussi savoir s’associer aux autres, arrêter de les juger, ne pas prétendre être LA solution. Ne pas se battre pour sa seule cause personelle. Le patriotisme, c’est aussi admettre ses erreurs, et arrêter de marchander le salue de la République.

Idéal à atteindre, le sentiment suprême d’appartenir à une nation fière et prospère veut que la nation le soit réellement. Ils convient à ses fils de se ressaisir, de se lever et de la bâtir. Le Patriotisme ne se décrète pas. Il n’obéit pas. Il ne peut être utilisé au bénéfice d’un certain nombre de personnes. Ni à celui d’un régime politique. La Belgique n’est pas innocente à  nos problèmes. Mais, en toute sincérité, la Belgique parait bien plus patriote aux congolais que ceux de nôtres, pourtant élites du pays.

Lambert Mende a raison, dans son tort. Mais, tous autant, nous avons tort de passer son appel pour seulement de la vocifération. Le Patriotisme est à construire dans ce pays, mais, seulement selon la définition du Robert.

Litsani Choukran,
Le Fonde.

 

Source : Politico CD

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