Marche de l’opposition: autopsie d’un fiasco

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« Nous avons évité le carnage, face au déploiement sécuritaire, nous avons transformé la marche en ville morte« , cette explication de Martin Fayulu, président de l’Ecidé et cadre du Rassemblement, cache à peine l’échec constaté ce lundi dans la capitale congolaise où l’opposition promettait pourtant du soufre à un Pouvoir qui avait, selon elle, osé violer l’accord du 31 décembre, héritage même de feu Étienne Tshisekedi.

Pour autant, le Député congolais n’a pourtant pas démérité, lui qui est souvent vu sur terrain, haranguant ses partisans. Comme Jean-Claude Vuemba et les jeunes du Parti au Service du Peuple (PSN), ils ont en vain tenté de rejoindre le Boulevard Triomphal, lieu de rendez-vous pour un probable départ en direction du Palais du peuple.

« Nous qui sommes arrivés jusqu’au Boulevard Triomphal, avons fait face à l’armée déployée ici. Quoi qu’il arrive, nous n’allons pas nous démobiliser. Même ceux qui sont restés à la maison par peur ont joué un rôle primordial aujourd’hui. Tout le pays est paralysé, la marche d’aujourd’hui est une réussite. Nous allons poursuivre le combat« , se félicite le président du MPCR, alors que la marche tournait finalement à une journée ville morte.

Kabila a en effet déployé ses muscles. Comme il fallait s’y attendre, la Police qui a promis d’interdire la marche était seule à occuper les rues. Le Boulevard Triomphal, ce court tronçon d’à peine deux kilomètres, à la frontière entre les communes de Kinshasa et de Kasa-Vubu, une des rares oeuvres du président et Héros national Mzee Laurent-Désiré Kabila, ressemblait plus à un bastion de forces de l’ordre, contrairement à ses aires vides habituels, ou se tiennent souvent les matches de football.

La Police au rendez-vous

Marche de l’opposition: autopsie d’un fiascoLa veille, la principale coalition de l’opposition a confirmé sa « marche » pour réclamer l’application de l’accord du 31 décembre, non-contente de la nomination de son dissident Bruno Tshibala au poste du Premier ministre. De quoi mettre la puce à l’oreille au Pouvoir qui a visiblement bien préparé la contre-offensive. Au milieu de l’après midi, aucun manifestant n’était visible. « On les voit pas encore. Ils ont peur« , ricane un policier.

A huit kilomètres de là, au Rond-Point Ngaba, banlieue pauvre et électrique jouxtant l’Université de Kinshasa, la tension monte déjà. « Des policiers ont commencé à arrêter les gens« , signalent un correspondant de POLITICO.CD sur place. A « la colline inspirée », là encore, la Police sert un marquage à corps contre les étudiants, ceux par qui les révolutions arrivent ici.  Comme partout ailleurs à travers cette mégalopole de plus de dix millions d’habitants, ce sont les éléments des forces de l’ordre qui règnent déjà en maître dans le rues, à la recherche de « fauteurs de troubles ».

A l’Est, que l’on appelle ici « Chine populaire », ce qui veut en soit tout dire, c’est une ambiance de guerre qui est carrément observée. La Police a visiblement tout misé ici pour contenir les manifestants à venir. Des grands camions pleins d’éléments de forces de l’ordre – que certains ici accusent d’être de « Bana mura en tenue de la police« , surnom donné aux impitoyables éléments de la Garde Présidentielle – campent sous le fameux Pont Matete, et à la station service dit de Bonhomme.

Aucun incident n’est pour l’instant signalé. A Limete (au Centre), où la dixième rue « fief de l’opposition [la résidence de l’opposant Étienne Tshisekedi et le siège de l’UDPS, principal parti de l’opposition y sont situées] », là encore, la Police n’est pas allée par le dos de la cuillère pour quadriller une zone où les simples passants sont systématiquement apostrophés.

Félix Tshisekedi a-t-il plombé la marche?

Marche de l’opposition: autopsie d’un fiascoSi officiellement Jean-Claude Vuemba affirme que cette marche fut un succès, dans les coulisses, plusieurs voix s’élèvent pour accuser un « manque d’organisation« ; pointant notamment du doigt l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), qui a créé une véritable confusion avec le départ polémique de Félix Tshisekedi officiellement pour l’Éthiopie.

Augustin Kabuya tentait bien d’apaiser les esprits, confirmant ce déplacement, tout en minimisant les conséquences, avant que Jean-Marc Kabund ou plusieurs autres cadres ne viennent démentir, créant une véritable confusion à laquelle le Pouvoir n’a pas hésité d’en profiter pour diffuser des rumeurs.

Il aura fallu attendre 15h passées pour voir le député Vuemba tenter d’éteindre le feu, en confirmant la nouvelle et prenant défense de son leader.  « Le président Félix Tshisekedi Tshilombo est à Addis-Abbeba, contrairement à ce que les médias du pouvoir annoncent, il n’est pas à Paris« , a-t-il fait savoir. Pour lui, le départ de Félix Tshisekedi du pays n’est « aucunement » une fuite en avant. Mais, plus tôt une urgence « diplomatique » qu’il se devait de respecter.

« Étienne Tshisekedi nous a enseigné de nous prendre en charge. Nous n’avons pas besoin de présences des leaders politiques pour le faire. Que Félix [Tshisekedi] soit au pays ou non, il continue de contribuer à ce combat à sa manière, là où ça l’exige. Nous avons totalement confiance en son leadership et il reviendra bientôt pour continuer le combat« , conclut-il.

Au même moment, Jean-Marc Kabund a paru absent de la scène. Joint au téléphone, Jean-Marc Kabund, Secrétaire général de l’UDPS promettait, à la mi-journé », la tenue de cette initiative. « La marche n’est pas annulée, d’ailleurs je m’apprête pour rejoindre les combattants et le peuple congolais sur l’itinéraire annoncé afin de commencer la marche« , dit-il,  regrettant « le comportement de la police ».

Le Secrétaire général de l’UDPS affirmait néanmoins que Félix Tshisekedi, le fils de feu Étienne Tshisekedi et leader du Rassemblement, n’a pas quitté le pays. « C’est faux! Félix Tshisekedi sera bel et bien présent à la marche« , affirme-t-il.

« Nous n’avons pas besoin d’une autorisation préalable pour manifester, ils [les policiers] seront sur la rue et le peuple va se prendre en charge« , conclu-t-il. Ni lui, ni Félix Tshisekedi ne feront surface, plombant ainsi les chances de voir cette marche réussir.

En attendant le retour du président du Bureau politique du Rassemblement, qui aura fort à expliquer l’urgence qui fut plus importante que la marche, le Rassemblement risque de plonger dans une crise de conscience qui appelle à revoir sa stratégie. Car, en face, Kabila ne faiblit pas. La Majorité Présidentielle s’adonne déjà à coeur joie au sujet de cette journée qu’elle s’estime victorieuse. « Manifester, c’est normal. Mais appeler à se liguer contre les institutions, c’est inacceptable. Vous êtes témoins que cette manifestation a été un échec cuisant« , lançait déjà un Aubin Minaku souriant à la mi-journée.

Source : Politico CD

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