Maman Sidikou: à la Monusco, on plaide l’incompréhension

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La situation politique en République Démocratique du Congo reste tendue et de plus en plus complexe. Maman Sidikou, Chef de la Mission de l’ONU dans le pays, le découvre à ses dépens.

Tout commence le 9 avril, deux jours après la nomination sur ordonnance présidentielle de l’opposant Bruno Tshibala, contestée par une frange de l’opposition. Dans un communiqué, Maman Sidikou dit « prendre acte » de cette nomination par le président Joseph Kabila tout en notant aussi « la réaction du Rassemblement à la décision du Président de la République, telle qu’exprimée dans son communiqué du 9 avril 2017. »

« Le Représentant spécial souligne la lourde responsabilité qui incombe à l’ensemble des acteurs politiques congolais en cette phase critique de l’histoire de leur pays. La retenue et l’esprit de dialogue sont plus que jamais nécessaires. Il revient aux acteurs congolais de faire prévaloir en toutes circonstances l’intérêt national et les aspirations de leur peuple au bien-être et à la bonne gouvernance sur toutes autres considérations« , explique ce communiqué du Chef de la mission onusienne au pays.

Le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en République démocratique du Congo (RDC) annonce par ailleurs sa disponibilité à une probable facilité pour, dit-il, permettre  » la mise en oeuvre scrupuleuse de l’accord du 31 décembre 2016 de façon plus spécifique. Le Représentant spécial souligne sa disponibilité, à travers ses bons offices, à appuyer tout effort national visant à créer des conditions qui soient de nature à permettre la pleine mobilisation de la communauté internationale et à garantir son accompagnement effectif du processus politique. »

La sortie « diplomatique » rencontre l’assentiment de tous les camps, puisque aucune protestation n’aura lieu. Du côté du Rassemblement même, on songe déjà à prendre part à cette offre de bons offices que la coalition dirigée par Félix Tshisekedi avait préalablement demandé.

Cependant, la donne change le samedi 15 avril. A l’issue d’une visite chez Bruno Tshibala à Kinshasa, Maman Sidikou indique qu’il n’a jamais été question dans le communiqué de son institution de remettre en cause la nomination de Bruno Tshibala.

« Le communiqué de la Monusco ne dit pas que la nomination de Bruno Tshibala n’est pas conforme à l’accord du 31 décembre. La Monusco prend acte de la nomination du Premier ministre. Maintenant, ce sont des institutions qui doivent interiner tout cela. Je crois que le Premier ministre nommé devrait passer devant l’Assemblée nationale. Cela va de soi. Il faut respecter ce qu’il y a dans l’accord du 31 décembre. Je crois que le premier ministre nommé est dans cette optique-là« , a rassuré le patron de la Monusco.

Après avoir échangé avec Bruno Tshibala, Mamame Sidiku indique le Premier ministre est fortement préoccupé par l’organisation des élections en RDC. Pour y arriver, la Monusco ne va pas lésiner sur les moyens tant logistiques que matériels. « Bruno Tshibala que je connaissais déjà bien avant est un homme de dialogue et ouvert. Nous avons fait le tour d’horizon des questions du grand Congo. La nécessité impérieuse d’aller vers les élections est une urgence. Le President de la République l’a réaffirmée devant le Congrès. Le Premier ministre Tshibala vient de me le dire aussi de même sans équivoque. Cela reste une priorité et c’est ce que les Congolais attendent« , a-t-il déclaré.

Une sortie qui suffit à elle seule pour déclencher une véritable levée de rideaux du côté du Rassemblement aile Félix Tshiskeedi. Dans un communiqué publié dans la foulée, Pierre Lumbi fustige le haut fonctionnaire onusien.

« Le Rassemblement a noté que Monsieur Maman Sidikoua affirmé notamment que la MONUSCO a pris acte de la nomination de Monsieur Bruno Tshibala au poste de Premier Ministre, nomination qui serait, d’après lui, conforme à l’Accord politique du 31 décembre 2016. Monsieur Maman Sidikou s’est proposé de prendre contact avec le Secrétaire Général de l’UDPS et avec « son ami et frère», le Président de l’Assemblée Nationale, en vue de l’inclusivité du Gouvernement Tshibala. Ses propos ont laissé croire par ailleurs que la MONUSCO soutiendrait et accompagnerait ce Gouvernementt », accuse le communiqué du Rassemblement.

« Le Rassemblement relève que cette position personnelle de Monsieur Maman Sidikou est contraire, non seulement à la résolution 2348 (2017) du Conseil de Sécurité de l’ONU mais aussi à la déclaration de l’Union Africaine, exprimée par son Président en exercice, à la déclaration du Président de la Commission de l’Union Africaine et à la déclaration de l’Union européenne. Ces déclarations soutiennent, toutes, l’Accord du 31 décembre 2016 et appellent à son application intégrale, selon sa lettre et son esprit », annonce ce communiqué signé par Pierre Lumbi.

Par ailleurs, le Rassemblement dirigé par Félix Tshisekedi affirme toujours désapprouver la nomination du Premier ministre Bruno Tshibala, qui, selon lui viole l’accord signé le 31 décembre dernier entre le Pouvoir et l’opposition. « Les propos de Monsieur Sidikou énervent et contrarient le Peuple congolais qui a exprimé plus d’une fois et sans équivoque son adhésion massive à cet Accord et exige son respect ainsi que son application totale par les parties signataires et les institutions de la République », fustige le communiqué de Pierre Lumbi.

Dimanche, des sources proches de la MONUSCO affirment que leur Chef n’aurait pas été « bien compris ». « Monsieur Maman n’a pas changé de position, il essayait d’expliquer le communiqué publié bien avant cette rencontre. La Monusco a pris acte de la nomination de Monsieur Bruno Tshibala. Mais elle a aussi pris acte des protestations des opposants et le Représentant spécial n’est jamais revenu sur ça« , explique notre source qui a requis l’anonymat.

Selon elle, le Chef de la MONUSCO intervenait dans le cadre de la nouvelle résolution de l’ONU (résolution 2348), qui demande à sa mission de prêter mains fortes à l’accord du 31 décembre. « La MONUSCO ne soutient personne. Il est question de pouvoir apporter des solutions à la crise actuelle, tout en tenant compte de la réalité. Il est question d’aider à la tenue des élections avant la fin de cette année. Pour cela, et comme l’a dit Monsieur Maman, il faut que toutes les parties se parlent et trouvent une solution« , conclut notre source.

Le Rassemblement qui a rejeté l’offre de rencontre entre le Chef de la Majorité Présidentielle (MP), Aubin Minaku, et le Secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Jean-Marc Kabund; dit toutefois rester disponible aux bons offices du Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. La MP n’a pas encore officiellement réagi à cette situation.

Source : Politico CD

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