Mali: une attaque contre un village dogon fait 35 morts, dont 24 enfants

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Le bilan d’une attaque suspectée terroriste dans le centre du Mali a été revu à la baisse, de 95 tués à 35, selon le Premier ministre Boubou Cissé qui a communiqué mardi soir. Le village était habité par des membres de la communauté dogon et l’attaque a eu lieu sur fond de tensions ethniques.

Le drame, survenu dans la nuit de dimanche à lundi dans un village du centre du pays, fait suite au massacre le 23 mars de quelque 160 Peuls, attribué à des chasseurs dogons, dans cette région proche de la frontière avec le Burkina Faso, devenue la plus violente du pays. Critiquées pour leur incapacité à dissoudre les milices armées, les autorités maliennes peinent aujourd’hui à enrayer cette spirale de la violence.

« Les occupants, tous dogons, ont été exterminés », a expliqué le maire de Sangha au média malien. Un rescapé, Amadou Togo, a raconté à la presse que certaines victimes, parmi lesquelles figurent des femmes, des enfants et des personnes âgées, avaient été « égorgées et éventrées ».

Au total, 24 enfants faisaient partie des tués, a confirmé le Premier ministre après une une visite du village concerné Sobame Da, attaqué par des hommes armés non identifiés lundi. Celui-ci, cité par l’agence dpa, a fait état de scènes atroces, avec des enfants abattus dans le dos.

Le nouveau bilan résulte d’un décompte minutieux « effectué par une équipe constituée d’éléments de la protection civile, de médecins légistes, du procureur général de Mopti », selon un communiqué du gouvernement diffusé par le ministère de la Communication du Mali.

« Au sujet des 95 précédemment annoncés, le chef du village de Sobame a témoigné que cela correspondait aux morts et disparus combinés. Il ressort des premières investigations menées sur le terrain qu’une centaine de femmes se seraient aussi réfugiées dans le village de Koundo ». Le gouvernement malien affirme avoir mis en route « une batterie de mesures pour poursuivre, arrêter et traduire devant les juridictions compétentes les auteurs de cet acte ignoble ».

Le village, également désigné sous le nom de Sobane-Kou, compte quelque 300 habitants membres de la communauté dogon, selon des sources locales.

Ce massacre a lieu quelques mois après celui d’Ogossagou, en mars dernier, où plus de 160 Peuls ont été tués dans une attaque attribuée à des chasseurs dogons, rappelle le site d’information Koaci.

 

Depuis l’apparition en 2015 dans le centre du Mali du groupe djihadiste du prédicateur Amadou Koufa, recrutant prioritairement parmi les Peuls, traditionnellement éleveurs, les affrontements se multiplient entre cette communauté et les ethnies bambara et dogon, pratiquant essentiellement l’agriculture, qui ont créé leurs « groupes d’autodéfense ».

« Les militants islamistes qui affluent dans ce pays deux fois plus grand que le Texas ont aggravé » les tensions intercommunautaires « en semant le trouble, en alimentant la paranoïa et en facilitant l’armement des citoyens », explique Danielle Paquette, chef du bureau du Washington Post en Afrique de l’Ouest.

« La décision du gouvernement malien de dissoudre les milices armées après le massacre d’Ogossagou est restée sans effets », ajoute le quotidien malien Le Républicain, expliquant que les « groupes armés continuent » aujourd’hui « de défier l’État dans le centre du pays ».

Dans son dernier rapport sur le Mali, en vue de l’examen par le Conseil de sécurité le 27 juin du renouvellement du mandat de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, met en garde contre de nouvelles « atrocités » dans le centre du pays.

Une « réponse militaire inefficace et contre-productive »

Le nord du pays était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes djihadistes, qui ont en grande partie été dispersés par une intervention militaire lancée en janvier 2013 à l’initiative de la France, qui se poursuit aujourd’hui.

« Au Mali, de plus en plus de personnes pensent que la réponse (essentiellement militaire) à cette crise aux multiples facettes est inefficace et même contre-productive », note Louise Dewast, correspondante de la BBC en Afrique de l’Ouest. « Malgré la présence d’une importante mission de maintien de la paix des Nations unies et de forces françaises déployées depuis 2013, l’insécurité s’est aggravée dans certaines parties du pays. »

La journaliste cite des chiffres de l’ONG International Crisis Group, qui affirme qu’en mai 2019 le nombre d’attaques a été multiplié par quatre par rapport à mai 2016. « Dans son dernier rapport sur le pays, l’ONG demande instamment au gouvernement d’engager un dialogue avec les militants afin de négocier des cessez-le-feu locaux et de faciliter l’accès humanitaire aux civils dans le besoin », souligne-t-elle.

Source: http://www.mediacongo.net/

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