Littérature : l’IFC consacre trois jours à Tchicaya U’Tamsi

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En vue de rendre hommage et célébrer l’œuvre de l’écrivain, l’une des figures emblématiques de la littérature congolaise disparue il y a trente ans, l’espace culturel a initié des activités du 4 au 7 avril, à la résidence du consul général de France à Pointe-Noire, avec une évocation sur l’homme faite par l’écrivain Gabriel Okoundji et le critique littéraire Boniface Mongo-Mboussa.

«Tchicaya U’Tamsi est un écrivain congolais, un écrivain francophone, un écrivain majeur dont la mémoire mérite d’être célébrée. C’est aussi l’un des objectifs que nous poursuivons, il est important que la jeunesse de Pointe-Noire et du Congo connaissent l’œuvre de Tchicaya U’tamsi». Ces mots de Jean Luc Delvert, consul général de France, indique bien la raison de l’hommage rendu à Tchicaya U’Tamsi et de la célébration de «l’héritage bien vivant de cet artiste dont la voix résonne à l’infini de ses tumultes intérieurs, aussi indomptables que le cours du Congo, un artiste qui incarne plus que tout autre la passion francophone qui dépayse le français et lui rend compte de sa diversité, émancipé de tout cadre académique.»

Dans son intervention, Boniface Mongo-Mboussa a évoqué le côté moderne de la littérature Tchicaya U’Tamsi (sa nouvelle intitulée « Le bal de Ndinga », jouée au théâtre, en est un exemple), sa discrétion, son refus d’être un maître à penser. Solitaire et autodidacte, véritable prince des poètes reconnu par les pairs, selon le critique littéraire, l’homme a été salué dès son premier poème par Césaire et porté aux nues par Senghor. Ses romans ont été bien accueillis. Par contre, ses poèmes ont suscité une certaine critique. D’aucuns ont qualifié son œuvre d’hermétique. Ce que Gabriel Okoundji n’approuve pas. « L’œuvre de Tchicaya n’est pas hermétique, c’est une œuvre qu’un Congolais peut lire avec aisance. Quand on lit Le Mauvais sang, on dit qu’il a interprété Rimbaud, pas du tout. Le mauvais sang en congolais c’est makila mabé. Il n’est pas allez loin, il l’a puisé là » , a-t-il signifié.

D’après lui, Tchicaya U’tamsi est le point de départ de la littérature congolaise. «La littérature congolaise a commencé avec deux noms. Tchicaya U’Tamsi arrive en termes de date de publication derrière Jean Malonga que je conseille à tous de lire. Mais en termes de profondeur, de portée, de dimension de l’œuvre, c’est Tchicaya U’tamsi qui l’emporte. À partir de là, il devient notre repère, notre boussole polaire. Il a permis aux Congolais que nous sommes de pouvoir ériger une littérature qui soit respectable au-delà de nos frontières», a -t–il expliqué. Ses propos épousent ceux de Boniface Mongo-Mboussa qui estime que Tchicaya U’tamsi est à la littérature congolaise ce que Yateb Yacine est à la littérature algérienne et maghrébine. «C’est un poète totem, Sony Labou Tansi a écrit quelque part qu’il était le père de notre rêve. C’est juste, c’est profond, c’est beau», a-t-il dit.

Lauréat du grand prix de la poésie lors du festival mondial des arts nègres à Dakar, en 1966, très sévère sur la qualité littéraire des écrits congolais, Tchicaya U’Tamsi qui se surnommait le « Congolois», s’identifiait, selon Boniface Mongo-Mboussa, comme un «Mwane be lende»,  c’est-à-dire le mal aimé, un sentiment dû aussi au fait qu’il fut arraché trop tôt à l’affection de sa mère pour partir avec son père Jean Félix Tchicaya (premier parlementaire congolais) en France. «Bien que vivant en France, il a gardé une mémoire affective de son pays, tout simplement parce que sa maman lui manquait. Toute sa poésie ne peut se comprendre que par ce manque d’affection maternelle, sa recherche de cette affection», a souligné Gabriel Okoundji.

Par ailleurs, les deux intervenants ont salué l’initiative de l’Institut français du Congo (IFC), réalisée en collaboration avec les proches de l’écrivain, notamment Aimé Mambou Gnali, sa cousine, et Sett-Linn Louembet, sa fille. «Tchicaya U’tamsi est un poète célébré dans le monde entier mais parfois méconnu dans son pays. Le fait de revenir ici, je crois qu’on répare une injustice. Lisez, lisez le grand auteur Tchicaya U’Tamsi, il demeure notre seul rempart contre la mélancolie congolaise», a indiqué Boniface Mongo-Mboussa grâce à qui les œuvres complètes de Tchicaya U’Tamsi (dont le 3e tome est paru cette année aux éditions Gallimard) ont été éditées. Gabriel Okoundji n’a pas aussi caché sa satisfaction. «Pour une fois sur la place du Congo, on célèbre sa mémoire. L’œuvre de Tchicaya U’Tamsi est l’œuvre d’hier, l’œuvre d’aujourd’hui, l’œuvre de demain. L’écrivain est là dans un soleil qui parfois nous éclaire, parfois nous éblouit mais nous aide à pouvoir poursuivre le chemin», a-t-il indiqué. 

Outre cette évocation, d’autres activités ouvertes au public ont été retenues pour rendre hommage à Tchicaya U’Tamsi et commémorer les trente ans de sa disparition. Il s’agit notamment de l’exposition intitulée «Tchicaya, le Congo moins les murs» dont le vernissage a commencé le 5 avril et se poursuit jusqu’au 28 avril au hall de l’IFC, le colloque «Tchicaya du Congo au monde» qui se tient ce 6 avril toujours à l’IFC. Le 7 avril, après le recueillement à la tombe de Tchicaya U’tamsi, au village de Diosso, un séminaire aura lieu au siège de la préfecture du Kouilou suivi de la présentation, à l’espace du Trentenaire, de l’anthologie « Écrire à Pointe-Noire«   par Gabriel Okoundji et du spectacle intitulé «Le père de notre rêve», créé spécialement pour l’hommage rendu à Tchicaya U’Tamsi. Ces activités auront aussi comme intervenants le Pr André-Patient Bokiba, Aimé Mambou Gnali, Raphaël Safou, Rémy Mongo-Etsion et Nicole Mikolo, Florent Sogni Zahou, Tchitchiélé Tchivela, Frédéric Pambou, Alphonse Chardin Nkala et Nicole Mikolo.

 

 

 

 

 

 

 

Légendes et crédits photo : 

Tchicaya U’Tamsi

Source : http://www.adiac-congo.com/

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