Littérature : les romans africains de la rentrée

0

Cette semaine, les deux ouvrages qui ont retenu notre attention nous emmènent en Afrique du Sud, à la découverte de deux auteurs majeurs de ce pays.

Kopano Maltwa publie « Règles douloureuses » au Serpent à Plumes

C’est pratiquement une évidence, toutes les femmes au monde détestent avoir leurs règles. Ce n’est pas différent pour Masechaba qui souffre de menstruations anormalement abondantes, longues et douloureuses, les saignements honnis ont conditionné sa vie dès l’adolescence. Impossibilité d’exercer une activité physique, peur constante de la tâche honteuse, évanouissements dus à l’anémie.  Masechaba a donc un rêve secret : devenir médecin afin de rencontrer un ou une collègue qui acceptera de lui pratiquer une hystérectomie et la débarrassera enfin de son utérus.

Après avoir subi une endométrectomie, les saignements et douleurs sont un lointain souvenir. Devenue médecin, elle peut enfin commencer à vivre. Ses illusions sont rapidement brisées en morceaux lorsqu’elle est confrontée à la réalité du système de santé sud-africain. Heures de travail interminables, fatigue, pauvreté des patients, racisme du personnel et des patients. Sans s’en rendre véritablement compte, la désillusion la fait peu à peu sombrer dans la dépression.

Sa vie connaît un réel changement lorsqu’elle rencontre une interne zimbabwéenne, Nyasha, et quitte sa mère pour emménager avec elle. Dans une Afrique du Sud où les tensions raciales sont encore loin de faire partie du passé, Nyasha qui hait les Blancs et les accuse de tous les maux éveille la conscience de Masechaba et lui ouvre les yeux sur la xénophobie latente qui ronge la société sud-africaine. Mais en prenant la défense des victimes, Masechaba s’expose à la violence des siens.

Un roman court mais incroyablement intense, fort, cru et douloureux qui aborde des sujets difficiles : la maladie, le racisme, la violence, le viol. Dans cette oeuvre écrite sous la forme d’un journal intime adressé à Dieu, Masechaba y dévoile sans interdits ses pensées les plus intimes. Avec ce roman, Kopano Maltwa délivre un message féministe. Non, les femmes ne sont pas vouées uniquement à souffrir et leur existence n’est pas conditionnée par les organes génitaux avec lesquels elles sont nées. L’autre versant du roman est social et explore la xénophobie dans l’Afrique du Sud post-apartheid. L’auteur dresse un portrait assez sombre de ce pays dont les crimes liés aux tensions raciales alimentent régulièrement la colonne des faits divers.

Née en 1985 à Pretoria, Kopano Matlwa a 9 ans ou 10 ans en 1994 lorsque Nelson Mandela est élu président de l’Afrique du Sud. Elle a dit dans un entretien se souvenir d’un « moment passionnant »

Elle est également médecin. Sa profession l’a mise en contact avec la pauvreté, les inégalités et les tensions sociales. Elle a poursuivi un doctorat en santé publique à l’université d’Oxford, en Grande Bretagne. Kopano Matlwa est citée comme une des voix émergentes d’une nouvelle génération d’écrivains sud-africains, traitant de questions telles que la race, la pauvreté et le genre.

John Maxwell Coetzee publie au Seuil  » L’abattoir de verre »

Sept textes composent ce livre de Coetzee, sept textes indépendants des uns des autres, comme des pièces d’un puzzle qui une fois assemblées dresse le portrait d’Élisabeth Costello, une écrivaine australienne à l’aube de sa vie, «  Je suis celle qui aimait rire et ne rit plus. Je suis celle qui pleure ». Une femme têtue voir un peu déjantée qui se refuse d’abandonner sa maison de Castille malgré la pression de ses enfants, John et Helen, qui s’inquiètent de son isolement alors que sa santé décline. « La vérité vraie c’est que tu es en train de mourir, tu ne peux pas dire non au tic-tac de la pendule », peut-on lire.

Des références littéraires ou philosophiques sont présentes dans chaque nouvelle. La fin de vie est donc un des thèmes principaux de ce livre. « Tout comme le printemps est la saison qui regarde l’avenir, l’automne est la saison qui regarde vers l’arrière. Les désirs conçus par un cerveau automnal sont des désirs d’automne, nostalgiques, entassés dans la mémoire. Ils n’ont plus la chaleur de l’été », lit-on.
Mais l’auteur aborde aussi l’adultère et la notion de culpabilité, la beauté. Le plus déroutant sans doute est « L’abattoir de verre » qui donne son titre au livre. L’auteur s’interroge sur la place des animaux dans notre société et sur la souffrance animale, un parallèle audacieux avec le sort réservé à nos anciens.

Des sept textes, celui qui est sans doute le plus intéressant s’intitule sobrement «  Histoire » . C’est le récit d’une femme heureuse en ménage mais qui prend un amant pour le plaisir d’être simplement désirée, admirée.

John Maxwell Coetzee est romancier et professeur en littérature sud-africaine. Naturalisé australien, il est né le 9 février 1940 au Cap, en Afrique du Sud. Il est lauréat de nombreux prix littéraires de premier ordre dont le prix Nobel de littérature en 2003. Marquée par les thèmes de l’ambiguïté, la violence et la servitude, son œuvre juxtapose réalité politique et allégorie afin d’explorer les phobies et les névroses de l’individu, à la fois victime et complice d’un système corrompu qui anéantit son langage.

 

Légendes et crédits photo : 

Couvertures des ouvrages

Source : http://www.adiac-congo.com/

Laisser un commentaire