Liaisons dangereuses chez Félix Tshisekedi

0

D‘un côté, Freddy Kita, Secrétaire général de la Démocratie Chrétienne (DC) – parti de l’opposant congolais Diomi Ndongala (emprisonné depuis le 10 avril 2013) –  et Coordonnateur de la Majorité Présidentielle Populaire (MPP), créée en 2011 pour soutenir Etienne Tshsiekedi à la Présidentielle. De l’autre, Jean-Pierre Lisanga Bonganga, à la tête de la Coalition des Alliés d’Étienne Tshisekedi (CAT). Ces deux oppposants congolais dont les structures sont membres du Rassemblement aile Félix Tshisekedi, ont opéré de manière quasi-synchronisée, un changement de cap jetant une confusion chez le fils d’Étienne Tshisekedi.

En effet, tout commence le 05 avril à Kinshasa. Les deux plateformes de l’opposition lancent des journées dites de « réflexion« . La CAT, le Front pour le Peuple en action et la MPP s’enferment dans la salle CANA, située dans la commune de la Gombe, pour mettre en place une stratégie commune. Dès le 11 avril, alors que le tout nouveau Premier ministre Bruno Tshibala lance des consultations pour la formation du nouveau gouvernement, Freddy Kita, qui est surtout signataire de l’acte de Genval, daigne s’afficher à ses côtés, affirmant qu’il y est « sur ordre » de l’opposant Diomi, emprisonné depuis quatre ans.

« Nous étions invités par le camarade Bruno Tshibala qui à ce jour a la charge de conduire le gouvernement de la République. En tant que sociétaire du Rassemblement et signataire de l’Acte genval, nous nous sommes fait le devoir de le rencontrer pour évoquer les questions qui fâchent. Nous lui avons dit ce qu’il faut faire« , a-t-il justifié.

Le Secrétaire général de la DC affirme par ailleurs qu’il a rencontré le Premier ministre « après concertation avec sa hiérarchie [Diomi Ndongala Eugène]« , avant de venir répondre à l’invitation de Bruno Tshibala; disant reconnaître la légitimité de ce transfuge du Rassemblement comme Porte-parole officiel et souhaite que l’unité de cette plateforme se fasse derrière lui.

Entre Tshisekedisme et… postes au gouvernement

Le lendemain, c’est au tour de Jean-Pierre Lisanga, de se laisser aller dans une sortie un peu confuse à la radio TOP Congo, affirmant attendre « une invitation officielle » pour répondre à cette offre des consultations, pourtant boudée par le Rassemblement aile Félix Tshisekedi dont il se dit proche.

Le parti de Diomi Ndongala se réveille finalement le jeudi 13 avril, annonçant dans un communiqué la suspension de Freddy Kita. D’après ce document parvenu à POLITICO.CD, M. Kita est suspendu pour « insubordination et vagabondage politique« , faisant allusion à cette rencontre avec le Premier ministre Bruno Tshibala.

Le Rassemblement de Félix Tshisekedi n’a pas tardé pour lui aussi réagir, annonçant qu’il ne participera ni au prochain gouvernement, encore moins aux consultations lancées par le Premier ministre qu’il dit contester. « Le Rassemblement tient à informer l’opinion tant nationale qu’internationale qu’il ne participera pas aux consultations initiées par Monsieur Bruno Tshibala pour la formation de son Gouvernement. De plus, le Rassemblement souligne qu’il n’a mandaté personne pour le représenter aux dites consultations« , annonce un communiqué publié jeudi 13 avril à Kinshasa.

De son côté, M. Lisanga ne s’arrête, puisque il annonce le vendredi 14 avril, la création d’une nouvelle structure dénommée « Courant Tshisekediste ». Selon lui, la nouvelle structure a pour objectif de stopper la montée de ceux qu’il appelle « des Katumbisites », en référence à l’opposant Moïse Katumbi, qu’il accuse de vouloir imposer sa candidature à la Présidentielle à tout le Rassemblement.

Une démarche fustigée dans la foulée par des proches de Félix Tshiskeedi joints au téléphone, accusant Jean-Pierre Lisanga de « préparer » son entrée dans le prochain gouvernement en formation. « Je crois que nous sommes là face à un loup qui essaie visiblement de diviser le Rassemblement, comme ils l’ont fait déjà avant. Il n’y a pas des Katumbistes et des Tshisekedistes ici. Nous sommes tous fidèles à la mémoire de notre patriarche et président Étienne Tshisekedi. Ce monsieur [Lisanga] cherche seulement à justifier son entrée dans le gouvernement Tshibala« , explique un cadre.

« Souvenez-vous que Lisanga était déjà parti avant de revenir la queue entre les jambes. Nous sommes donc habitués à les voir tous partir, mais le Rassemblement a le soutien du peuple et nous ne décevrons pas cette population qui souffre tant, à cause de quelques postes ministériels« , ajoute ce cadre qui a requis l’anonymat.

Du coté du PSN, un parti resté fidèle au Rassemblement aile Félix Tshisekedi, on veut plutôt éclaircir les choses. « Le rassemblement n’est pas une plateforme électorale. Si il y a un courant au sein du Rassemblement qui soutient Felix ou Katumbi pour la présidence du pays, cela ne constitue en rien une division au sein de la plateforme. Chaque groupement politique au sein du Rassemblement est libre de soutenir son candidat à la présidentielle. Nous ne sommes pas une plateforme électorale« . a précisé le secrétaire général Erick Bukula.

M. Lisanga n’est pas en effet à ses premiers remous au sein du Rassemblement. Il avait annoncé son départ de ce mouvement en mars dernier, avant de se raviser.

Source : Politico CD

Laisser un commentaire