Le territoire de Miabi abandonné à son triste sort

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Regorgeant de nombreux gisements de diamants de joaillerie de Tshibue très convoités à l’ère du diamant, et d’immenses terres arables destinées à l’élevage et à l’agriculture, le territoire de Miabi, dans le district de Tshilenge, province du Kasaï oriental, est en principe
appelé à un bel avenir économique. Mais hélas ! Délaissé dans le programme des travaux d’infrastructures de fameux «Cinq chantiers de la République» et de la Révolution de la modernité, oublié dans le cadre du plan de modernisation des territoires et relégué au bas de l’échelle sur la carte des entités territoriales décentralisées à viabiliser avant la mise en œuvre d’une politique provinciale de développement, Miabi fait figure de parent pauvre du district de Tshilenge, le mal aimé qui affiche le visage d’une misère noire qui étrangle la population.

De retour d’une visite récente très édifiante sur le terrain, un notable du coin en la personne d’Hubert Kadima, pour ne pas le citer, non sans larmes aux yeux, le tableau presqu’apocalyptique de ce territoire dont le relief, a-t-il dit, ressemble présentement à s’y méprendre, à un paysage lunaire avec des cratères, des crevasses et érosions causés par les exploitations minières anarchiques de la Sengamines. L’impact environnemental et écologique négatif y est important et a gravé des séquelles indélébiles dans la mentalité de la population. L’herbe a poussé à travers les anciens champs de manioc, de haricot, de coton, d’arachide et de maïs, tous à l’abandon après l’exode rural suscité par la baisse des cours mondiaux du diamant.

L’exploitation minière artisanale presqu’à l’arrêt, la plupart des comptoirs de diamant ont fermé leurs portes. Manquant de tout, la population qui se nourrissait des chenilles, connait la malnutrition et a besoin de l’assistance humanitaire pour faire face à la famine qui cause déjà des dégâts. L’absence d’entreprises industrielles pouvant générer des emplois a jeté dans la rue et dans la délinquance de nombreux jeunes garçons et basculé des jeunes filles dans la prostitution. Les quelques villages délocalisés sur décision des autorités provinciales, les habitants avaient bénéficié d’une insignifiante prime d’expropriation leur imposée par la province, sans contrepartie en termes d’acquisition de nouvelles terres.

Le notable Hubert Kadima a également déploré le fait que le chef-lieu du territoire soit confiné dans un espace qui s’apparente à cinq petites avenues de Kinshasa. Le seul dispensaire dépourvu d’équipements médicaux, sa pharmacie ne disposent plus que d’armoires vides et le personnel médical se vide au jour le jour, au rythme du découragement des infirmiers et des travailleurs. Une sœur religieuse, pleine de compassion pour ses corrégionnaires abandonnés à leur triste sort, se dévoue corps et âme dans un élan de patriotisme et d’humanisme sans égal.

Il a fustigé en outre, la politique de déprédation de seules ressources minières du territoire. Hier, c’était Sengamines qui a fermé ses exploitations, après avoir exporté des milliers de petits containers de sables et graviers et abandonné son personnel avec des arriérés de salaires et sans décompte final.

Aujourd’hui, c’est SACIM ( Société AMI d’investissements miniers), une nouvelle entreprise minière qui a repris le flambeau de l’exploitation semi-industrielle du diamant depuis le 14 décembre 2014 dans le secteur de Movo Nkatshia. Comme marchant sur les traces de la Sengamines, cet autre minier n’est pas en harmonie avec la population locale. En effet, trois ans après son implantation à Miabi, ses investissements sociaux au bénéfice de la population locale, laissent à désirer ou sont inexistantes. Et ce, en dépit de nombreuses promesses faites lors des discours officiels. Aucune action à impact visible et durable, fait observer Hubert Kadima qui n’a pas vu une seule infrastructure scolaire ni sanitaire digne d’appréciation. Cette société n’a jamais compensé la démolition de l’unique pont jeté sur la rivière Movo, contraignant les populations locales à parcourir de longues distances à pied avec des charges très lourdes sur la tête et le dos.

Lors de son séjour, Hubert Kadima s’est étonné de voir que la localité de Tshibue, siège de la SACIM, rayonne depuis la mise en service du barrage de Movo-Nkatshia, alors que les bureaux du chef de groupement des Bashingala sont plongés dans le noir. Quatre puits de forage d’eau, tel semble être le seul projet symbolique réalisé dans le secteur de Kakangayi. Aux pas de caméléon où évoluent les petits travaux de quelques infrastructures, par rapport à la vitesse supersonique de l’exploitation minière, l’on croit comprendre que les priorités des communautés locales riveraines comptent peu pour les responsables de la SACIM.

Il pense qu’il est plus que temps de se lever comme un seul homme pour revendiquer la prise en compte dans le meilleur délai, des besoins sociaux des habitants du territoire de Miabi, en termes d’infrastructures routières, scolaires et sanitaires, libérer des emplois par la création des champs et des élevages, afin de soulager leur misère. Ces cris de détresse d’une population déçue par l’exploitation minière méritent une oreille attentive aussi bien des autorités provinciales que nationales.

Source : Media Congo

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