Le pays paralysé par l’appel de l’opposition à la ville morte 

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Un soleil de plomb, de la fumée, un bus dit « 207 » vient de passer sur le Boulevard du 30 juin, complètement vide. Il est midi à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo,  qui poursuit un début de journée morose, où la circulation est quasi-absente, en dehors d’une présence policière fortement remarquable.

Au marché-central, le célèbre Zando, tous les grands magasins étaient toujours fermés. Les maraîchères qui s’étalent sur des allées inhabituellement vides s’en plaignent. « Nous sommes fatiguées de ces journées ville morte. Eux, ils ont de quoi manger, ils sont riches, ils nous imposent des choses bêtement comme ça… comment allons-nous vivre« , s’emporte un groupe en voyant l’équipe POLITICO.CD.

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C’est en effet la frustration et la satisfaction qui partagent les Kinois, majoritairement acquis à la cause de l’opposition, mais dont la situation économique est de plus en plus fragile, alors que la monnaie nationale, le Franc congolais, est sérieusement malmenée par le dollar, dans une ville de plus de 10 millions d’habitants, où la majorité vit du jour au jour.

Dans les rues, comme ici sur l’avenue des huileries, des taxis et bus passent, mais manquent de clients. Seuls les fonctionnaires de l’Etat et quelques privés ont pu sortir ce lundi. Le gouvernement aurait, comme souvent, menacé ses employés de sanction en cas d’absence.

Lubumbashi, dans le Sud-est, connaît la même situation où les commerces n’ont quasiment pas ouvert. « Personne n’est sorti aujourd’hui. Kabila doit savoir que nous ne lâcherons pas« , s’exclame un habitant ici à Matshipisha, un quartier du sud de la ville, traditionnellement acquis à l’opposition.

« Nous lui avons [à Kabila] accordé un dépassement grâce à notre leader Étienne Tshisekedi, aujourd’hui, il veut jouer avec nous en bloquant l’accord. Qu’il sache que Tshisekedi n’est plus là. Et s’il continue, il verra comment nous allons le chasser« , poursuit ce jeune-homme d’une trentaine d’années.

Le mandat du président Joseph Kabila a expiré le 20 décembre dernier.  Un accord a été trouvé avec l’opposition dirigée par Étienne Tshisekedi pour le maintien du Président congolais en poste, contre la mise en place d’un gouvernement dirigé par l’opposition et l’organisation des élections à la fin de l’année 2017 en cours. Néanmoins, à la mort d’Étienne Tshisekedi, le 1er fevrier dernier à Bruxelles, les discussions pour l’application de cet accord se sont enlisées. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui faisait la médiation a jeté l’éponge, la Majorité Présidentielle et l’Opposition refusant de céder.

L’appelle  de l’opposition pour une ville morte en signe de protestation est également suivi dans les villes de Boma et Matadi, sud-ouest du pays, où, comme à Kinshasa et Lubumbashi, c’est surtout les commerces qui restent majoritairement fermés.

Au centre du pays, région durement touchée par des affrontements entre l’armée régulière et des miliciens du Chef coutumier Kamwina Nsapu, la paralysie a été quasi-totale à la mi-journée. Kananga,  Mbuji-Mayi et Tshikapa n’ont pas connu d’activités comme à habituellement.

« Cette ville restera paralysée même cent jours s’il le faut. Kabila doit savoir que nous sommes prêts à défendre la mémoire de notre président. Nous allons le faire partir de gré ou de force« , entonne fermement un militant de l’UDPS dans le quartier Tshibala Kakumesu au micro de POLITICO.CD.

 

A l’Est, Goma parait faite exception. Les commerces sont ouverts depuis le matin, sans toutefois atteindre leur niveau habituel. La présence policière, comme partout dans le pays, est très accrue.

Du côté de politiciens, on se félicite de ce qui est qualifié déjà comme une « réussite » de cette énième opération ville morte. « Tout le pays est mort ! Vous voyez bien, les photos à travers différents réseaux. J’ai tous les présidents fédéraux, les présidents d’inspection du MPSR [son parti] à  travers le Congo, qui m’appellent. Il n’y a rien. Même la tentative qu’ils ont essayée hier,  à travers le gouverneur de province, pour corrompre les forces vives de la nation, ça a échoué. Monsieur Kabila a un problème avec le peuple congolais, et nous allons continuer, demain. Demain aussi, il y aura ville morte« , annonce le député de l’opposition Jean-Claude Vuemba.

La Majorité Présidentielle qui s’est refusée de commentaire à POLITICO.CD, réagi néanmoins par ces cadres et partisans à travers les réseaux sociaux où une véritable guerre d’images est livrée entre pro et anti-ville morte.

Depuis Kinshasa, Lubumbashi, Mbuji-Mayi,
la Rédaction POLITICO.CD et ses Correspondants.

 

Source : Politico CD

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