Le 5 février 1979 et l’onction populaire

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Il y a quarante ans jour pour jour, les forces de gauche au sein du Parti congolais du travail (PCT) se liguèrent contre celles dites de droite dont l’ambition, semblait-on comprendre, était de le liquider. 

Créé le 31 décembre 1969, le PCT n’était pas à sa première secousse interne. Le 22 février 1972, il avait fleuré la disparition quand une aile importante de ses dirigeants prit le maquis. En revanche, le 5 février 1979, l’alternance consécutive à l’éviction du Comité militaire du parti (CMP) ne donna lieu à aucun crépitement des armes comme l’histoire de la jeune République (alors populaire) du Congo avait habitué la population.

Ce qui caractérise le mouvement du 5 février 1979 est donc cette adhésion populaire à la contestation pacifique du pouvoir des militaires, installé à la suite de la disparition tragique du commandant Marien Ngouabi, le 18 mars 1977. Avant le meeting de l’Union de la jeunesse socialiste congolaise (UJSC), le 30 janvier, Place de la gare, comme à son habitude, Brazzaville bruissait de ces rumeurs dont elle seule a le secret.

On faisait état de dissensions profondes au sein du CMP. Deux ailes s’affrontaient ajoutait-on, l’une restée fidèle aux idéaux du fondateur du parti assassiné, le président Marien Ngouabi, et l’autre, de droite, qui avait d’autres ambitions. Deux hommes apparaissent nettement au cœur de cet antagonisme : Denis Sassou N’Guesso et Joachim Yhombi Opango. Le premier, de grade commandant, est premier vice-président du CMP, le second, colonel de son état, est le président de cette structure.

Il semble que le commandant Denis Sassou N’Guesso soit le mieux placé dans cette lutte qui s’engage pour la réhabilitation du PCT. Il dispose d’un large soutien des organes du parti et bénéficie de l’appui des dirigeants les plus en vue du CMP. Quand le comité central est convoqué en session extraordinaire, le 5 février 1979, la tension est tout de même vive dans le périmètre des assises.

Ancien membre du comité central de l’UJSC-APN, Jean-Jacques Nicolas Mvouenzé témoignera plus tard du « calme olympien » dont avait fait preuve le premier vice-président du CMP durant les quatre jours que durèrent les travaux de l’instance dirigeante du PCT dans l’intervalle des congrès. En fait, la réunion commencée le 5 février s’était achevée le 8 février par la mise en place de la commission préparatoire du troisième congrès extraordinaire du PCT. Il se tient du 26 au 31 mars à l’hôtel de ville de Brazzaville sur le thème « La clarification idéologique et l’unité du parti ».

Entre-temps, le 10 février 1979, le meeting organisé par la commission préparatoire du congrès, appelé aussi le congrès de Marien Ngouabi en hommage au chef du parti disparu, montra à quel point les tombeurs de « l’aile droitière » avaient mis toutes les chances de leur côté à travers une mobilisation exceptionnelle. « Après la disparition du camarade Marien Ngouabi, près de deux ans après cette disparition, il était normal que la vie démocratique revienne au sein du parti », lançait en substance le président du comité préparatoire du 3e congrès extraordinaire du PCT, Denis Sassou N’Guesso. Il porte un treillis vert-olive, un foulard rouge ceint autour du cou, et son béret rouge vissé sur la tête. A ses côtés, on trouve Jean-Pierre Thystère Tchicaya, Louis Sylvain Goma, Raymond Damase Ngollo et Jean-Michel Bokamba-Yangouma.

Un autre meeting de même ampleur se tint au boulevard des armées (actuel Alfred-Raoul). C’est là que sont dénoncés pêle-mêle les comportements déviants des membres du CMP et de leurs complices. « Les enveloppeurs, à bas ! », scandait-on à haute voix dans ce qui fut alors une prise du pouvoir par les moyens presque scientifiques au sein d’un parti qui se sentait étouffé par ceux-là même à qui il avait remis provisoirement les rênes du pays dans les circonstances dramatiques de l’assassinat du président de la République en fonction.

Quarante ans après, se rappeler le 5 février 1979 est une manière de revisiter l’histoire politique du Congo, ce pays d’Afrique centrale dont les défis présents et à venir, comme chez ses voisins, se résument à la promotion de son développement et la réalisation de l’unité nationale. Des gages essentiels pour que, dans l’unité et par le travail, le Congo assure son progrès.

Source : http://www.adiac-congo.com/

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