Kenya : une faille apparue près de Nairobi oppose les géologues du monde entier

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La découverte d’une faille près de Nairobi, au Kenya, a semblé confirmer l’avancée des mouvements tectoniques de séparation du continent. Une interprétation qui fait débat.

C’est une immense faille de plusieurs centaines de mètres de long dont les photos ont fait le tour de la planète. Cette grande « cassure » est apparue au sud-ouest du Kenya, dans la région de Narok, en fin de semaine dernière. Mesurant quelque 15 mètres de profondeur, elle a coupé la route commerciale de Mai Mahiu-Narok. Des images impressionnantes qui ont amené nombre de médias, notamment anglo-saxons, à parler de cet événement comme un signe annonciateur de la future séparation du continent en deux. Sauf que cette théorie, certes fondée sur une réalité scientifique, est loin de faire l’unanimité parmi les chercheurs.

Cette zone du Kenya est située dans la « Vallée du grand rift » qui s’étend sur des milliers de kilomètres, du golfe d’Aden, au Nord, jusqu’au Zimbabwe, au Sud. Un rift correspond à une zone où la couche externe de la croûte terrestre (la lithosphère, dans le vocabulaire scientifique) constituée de plaques mobiles s’amincit. C’est la première étape avant la cassure du continent et la création d’un océan, un processus extrêmement lent.

La découverte de la fameuse « cassure » près de Nairobi, au Kenya, a semblé confirmer l’avancée de la « faille », selon un article publié sur le site anglo-saxon The Conversation par Lucia Perez Diaz, une chercheuse de l’Université de Londres. « Cette déchirure, qui ne cesse de croître, a provoqué l’effondrement d’une partie de la route Nairobi-Narok et s’est accompagnée d’une activité sismique dans la région », y affirme la scientifique.

Une théorie appuyée par certains de ses homologues. « Nous avons devant nous une faille qui s’est formée de toute évidence sur plusieurs milliers voire plusieurs centaines de milliers d’années », confirme par exemple Ben Andrews, géologue au Smithsonian, un institut de recherche américain, à la chaîne CBS. Selon lui, les récentes pluies torrentielles qui se sont abattues sur le Kenya ont révélé un phénomène plus profond, à savoir le mouvement des plaques tectoniques. Des « fissures dans la croûte terrestre » se déplaceraient ainsi d’environ de 2,5 centimètres par an.

Mais voilà, cette séduisante théorie a été battue en brèche par un autre scientifique américain exerçant au Royaume-Uni, Stephen Hicks. « La fissure n’a pas été accompagnée d’une activité sismique et rien n’indique qu’elle a été directement causée par le rift », a écrit sur Twitter ce sismologue qui exerce à l’Université de Southampton. « La fissure n’a pas l’air d’être le fruit d’un mouvement de plaques – elle a l’air de provenir d’écoulement d’eaux de pluie. Pour l’instant, je préfère la solution la plus simple – le processus de surface – qui est mise en évidence par les observations des géologues sur le terrain au Kenya », continue le chercheur dans son analyse. En d’autres termes, il s’agirait d’un simple affaissement de la terre, fragilisée par les fortes pluies.

Dans la foulée de ses messages, plusieurs de ses homologues ont eux aussi donné de la voix. Sur Twitter, également, Susan Hough, sismologue à l’Institut américain d’études géologiques (USGS) en Californie, a ainsi écrit que « les failles tectoniques ne créent pas de gouffres béants ».

La géologue américaine Wendy Bohon, interrogée sur CBS, en a dit un peu plus. « Je pense que c’est une fissure de la Terre dans le genre de celles que l’on peut voir en Arizona après de fortes tempêtes de pluie, avance-t-elle. Elles sont le résultat de pluies torrentielles plus abondantes qui viennent nettoyer une grande partie de la saleté dans le sol ». Ce qui ne l’empêche pas de croire en la séparation très lente du continent africain en deux parties.

S’ils ne sont pas prouvés dans ce cas précis, les mouvements de la zone sont en effet constants et plus ou moins violents. Ces mouvements s’accompagnent donc régulièrement de phénomènes sismiques et volcaniques. Si ce processus de « détachement » se poursuit, petit à petit, la corne de l’Afrique, avec la Somalie, une partie de l’Éthiopie, du Kenya et de la Tanzanie, formera une île qui s’éloignera du continent africain. Mais il faudra encore attendre des dizaines de millions d’années pour que ce « continent » se détache… Patience donc.

Source: http://www.mediacongo.net/

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