Kasaï Allstars : « une fusion de plusieurs groupes traditionnels »

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Seize ans après leur formation, les Kasaï Allstars sont de retour avec cette même énergie qui les a propulsés sur le devant de la scène musicale RD congolaise

Le pari était fou : rassembler différentes ethnies du Kasaï pour chanter l’unité de cette délicate et sensible province de la République démocratique du Congo. Être là seize ans après leur formation constitue donc un joli pied de nez à ceux qui pensaient que ce n’était pas possible. Le collectif rassemblant cinq groupes traditionnels, dont Lusombe Madimba, Tandjolo, Dibua Dietu, Basokin et Masanka Sankayi, a depuis signé deux albums en 2008 et en 2014, ainsi que plusieurs collaborations avec divers artistes, notamment avec le réalisateur Alain Gomis pour son film Félicité.

 

Par ailleurs, pour leur opus In the moon, the chief turned into a swimming fish and ate the head of his enemy by magic, la presse anglophone spécialisée a été unanime. L’album a été classé 33e meilleur album 2008 « tous styles confondus » et la presse spécialisée a même vu dans la musique des Kasaï Allstars les éléments d’un rock primitif. Les précurseurs du rock se trouveraient-ils en plein cœur de l’Afrique ? Une belle reconnaissance, en tout cas, au style polyrythmique des Kasaï, où l’entrelacement des guitares électriques, percussion, du chant, tambour, xylophone et likembé, cette guitare artisanale du groupe, en fait toute leur originalité. Quelques minutes avant de monter sur scène, les Kasaï Allstars ont reçu le Point Afrique. Rencontre incontournable.

Le Point Afrique : l’aspect symbolique de ce collectif, c’est qu’il rassemble différentes ethnies… N’y a-t-il pas eu de choc culturel ?

Mopero : Il y a différentes ethnies au sein des Kasaï. Il y a les Basongue, les Baluba, les Lulua, les Batete, il y avait même des Kanioka.
Auparavant, il y a eu un choc culturel, mais maintenant, on est habitués. Comme nous jouons ce soir, nous chantons notamment en kisongue et tshiluba. Mais, d’habitude, on chante aussi en kitete.

Baila : Kasaï Allstars, c’est vraiment un orchestre traditionnel. C’est une fusion de plusieurs groupes traditionnels qui ont été sélectionnés. Et le succès est au rendez-vous. Ça marche très bien, car nous sommes à chaque fois invités ici en Europe. Nous avons un groupe hormis les Kasaï. On gère plutôt bien les répétitions. Si bien que ça n’influe pas sur les Kasaï.

Comment expliquer le succès des Kasaï Allstars ?

Mopero : C’est assez fou, je n’arrive pas à l’expliquer. Je ne m’y attendais pas. Ça me dépasse aussi.

Le répertoire de vos chansons s’inscrit donc dans plusieurs langues. Mais que chantez-vous ? Où tirez-vous votre inspiration ?

Mopero : C’est comme tout autre artiste, c’est le travail d’abord. C’est notre travail : on se donne. Nous dormons avec ça, nous nous réveillons avec ça, nous ne pensons qu’à cela. Cela nous inspire aussi. Nos chansons, nos titres sont là pour éduquer la masse. Il y a plusieurs conseils que l’on donne. Par exemple, la chanson « Mulume » que je chante dit cela : « Si un homme n’est pas encore mort, ne le néglige pas. Ne te moque pas de lui. Tu ne sais pas ce qu’il fera demain. » 
Cela veut dire qu’en quelque sorte il faut respecter tout le monde. On donne des conseils. Nous nous inspirons de la vie quotidienne, de ce qui se passe, des gens pour éduquer et conseiller.

Comment s’est déroulée votre collaboration avec Alain Gomis, réalisateur de Félicité ?

Mopero : La collaboration s’est bien passée. C’est Alain Gomis lui-même qui a contacté notre équipe, qui m’a ensuite prévenu de sa venue à Kinshasa. On a parlé, Alain Gomis, nous a expliqué comment cela allait se passer. Il voulait que le film se tourne à Kinshasa. L’orchestre Kasaï a été choisi pour participer à ce film-là. Puis on s’est entendus. On a tourné au siège même de notre groupe. On a fait un tas de répétitions avec Tshanda, qui joue le rôle de Félicité. Elle a répété avec Muambuyi, qui l’entraînait à chanter et à danser. Elles ont fait un grand travail. 
Toutes les voix qui sortent ne sont pas celles de Félicité mais de Muambuyi. Tshanda ne faisait qu’interpréter. Le tournage a duré à peu près deux semaines, mais les répétitions un peu plus d’un mois.

Le film Félicité a-t-il eu un impact supplémentaire sur le succès du groupe ?

Mopero : Cela va se remarquer… Moi, je ne sais pas si ça a de l’impact ou pas. C’est vous, les journalistes, qui allez nous le dire. Nous, on le sent, il y a des trophées presque partout, on en parle presque partout.

Comment avez-vous créé le likembé, cette guitare traditionnelle au son si particulier ?

Mopero : Je peux en parler un petit peu, car je ne connais pas très bien. Le likembé est un instrument traditionnel des Baluba. On l’a créé pour leur chef, pour les manifestations… Comme c’est l’instrument propre aux Baluba, on l’a sélectionné aussi chez les Kasaï Allstars.

Quels sont vos projets dans un avenir proche ?

Mopero : Après cette tournée, on va rentrer à la fin du mois. Nous allons préparer d’autres morceaux, pour la tournée suivante qui sera peut-être en Europe ou en Amérique. J’ai envie de conquérir le monde. Je veux jouer presque partout. Je veux que Kasaï prenne le temps de travailler pour faire plus que ce que l’on fait actuellement.

Franck : Mes projets vont être très différents. Je suis le petit nouveau à la batterie. Je suis présent sur la tournée européenne des Kasaï qui se termine à la fin du mois. Et ensuite, j’enchaîne sur d’autres projets en Belgique. Je vais partir en tournée avec un autre groupe électro qui s’appelle Sold Out.

Baila : On va finir la tournée puis rentrer chez nous. On va continuer à faire de nouvelles chansons et à bien travailler avec nos producteurs.

Source : Media Congo

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