Kamerhe, le « Ngembo » politique

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Etre du centre. Etre centriste. Se positionner au milieu, le juste milieu. Là où l’eau est douce, calme. Sans tempête, ni vagues. Au centre, on ne peut être qualifié d’anti, encore moins de pro. Au centre, on est à la tanière. Ni Tshisekediste, ni Katumbiste, encore moins Kabiliste. Selon les occasions, chacun à la fois. Et parfois, le tout au même moment. On est donc Vital Kamerhe. Dans une époque où prendre cause paie toujours autre que soi, il convient mieux de ne pas prendre de risque. La politique ne nous enseigne-t-elle pas la prudence?

Donc, voilà. Vital Kamerhe Lwa Kanyiginyi Nkingi l’a compris. Esprit éveillé, intelligent, mais surtout matois, l’homme qui s’est targué de nous avoir « fabriqué Kabila » n’allait plus prendre de risque. De plus, après l’envahissante arrivée de Moïse Katumbi et ses dollars chez les opposants, lui piquant sa place du troisième homme, VK n’allait pas livrer cette guerre dans un terrain où il n’est pas le mieux lotit. Entre le « pasi na nga, eza pasi na yo [ma souffrance c’est aussi la tienne] » qu’il a pourtant concocté aux côtés de Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi l’année dernière, il allait finalement, comme à son habitude, faire volte-face. Finit les années d’extrémisme.

Kamerhe, le « Ngembo » politique
Vital Kamerhe, toujours au milieu.

Le 1er septembre, alors que Tshisekedi conduit la vague des anti-dialogue « Made in Kabila », Kamerhe joue son énième partition de « Ngembo politique». L’ouverte fut-elle trop ventrue pour ne pas s’y engouffrer. Le voilà à la Cité de l’Union Africaine, prenant parole, à la tête d’une ribambelle d’opposants de circonstance. Et comme le veut la tradition de l’opportunisme, VK prend tout le monde à contre-pied: suspendons le Dialogue pour que j’aille convaincre Tshisekedi de nous rejoindre. Par quelle magie? Il s’en fou. C’est fait. Encore une fois, il a pris son monde à l’opposer, en direct à la télévision nationale.

Depuis, le Seigneur de Bukavu rame, nage, adroitement proche de la Majorité Présidentielle, qui le gratifiera de parts gouvernementales : où il ne prendra même pas peine d’y envoyer ses lieutenants; préférant plus tôt les beaux-frères, histoire de garder la conversation en famille. Pragmatisme oblige. Prudence aussi : nous sommes en politique, nous sommes au Congo. Bokolombe et Mayo n’ont qu’à s’y faire.

Au Centre interdiocésain, Vital nous montre une fois de plus qu’il est et reste le Messi, Lionel, pas le Christ, de la politique congolaise. Tantôt ne se battant pas pour « des postes », puisque voué à la cause du Peuple, mais parfois voulant devenir président du Conseil national de Suivi de l’accord (CNSA).Kamerhe : l’omniprésent.

Kamerhe, le « Ngembo » politique
Vital Kamerhe en tournée.

Et lors que Joseph Kabila, l’autre centriste diplômé de l’Université internationale du pragmatisme, prend son monde en antithèse, en nommant Bruno Tshibala, aussi diplômé de la même université, à la Primature; VK lui, est… en tournée. Le peuple d’abord. Les postes après. Il prend néanmoins soin d’être reçu de temps à autre par le Président, avant de vite regagner Goma, ou Bukavu, là où foules et calicots lui sont garantis. Tout va bien. L’homme du peuple est là.

S’opposant toujours à ce que la lutte pour l’alternance soit transformée à une querelle pour des postes, Vital Kamerhe refuse néanmoins de « faire de la figuration » dans le gouvernement Tshibala à venir. Autrement dit: « garder les petits postes pour les autres »; sacré Vital! J’allais oublier. Regardez ces photos, revoyez ses discours. Lorsqu’on lui tend le micro, la pensée VK flirt étrangement vers André-Alain Atundu. A quelques kilomètres de Lambert Mende. Au Congrès, le 5 avril dernier, on le fige au milieu des siens, entre Mova et Boshab. Un symbole. « Mais non, c’est juste une photo » diront ses proches.

Et puis, à quoi s’attendre ? Lorsque l’on passe tout son temps à dire qu’un compatriote qui a grandi à Kikwit, loin du Rwanda, pour finalement terminer ses études à l’Université de Kinshasa, n’est pas de nôtres ? Kamerhe est pourtant constant, à sa manière. Comme ce mammifère théâtral qui inquiète autant qu’il fascine. Entre flot de paroles. Pas pour expliquer, ni pour pleurer. Simplement pour dire, raconter les battements d’aile d’un homme qui veut devenir président. Il a quitté Kabila pour trôner sur le Congo et non pour finir encore Ministre, le fait-il souvent savoir. Il n’a cependant pas communiqué sur les moyens d’y parvenir. Autant adopter cette stratégie du « Ngembo ». Vous savez, cet animal, la chauve-souris, mi- oiseau, mi-MP, mi-opposition.

Le caméléon prenant trop partie, alors on préfère un instinctif qui ne va jamais loin; qui reste toujours au centre, chez les immaculés. Il vit à son époque. Où les héros ne sont évoqués qu’en opportunisme, les gentils sont vilipendés et abusés, la naïveté devient vice. Kamerhe l’a payé à la Kabilie, chassé comme un vulgaire insecte. Il le sait. Il ne veut plus retomber dans l’oubli. A l’image d’un Kasa-vubu que toute la République aura mal remercier. N’est-il pas doté de qualités et d’intelligence politique au-dessus de la moyenne? N’a-t-il pas en face de lui des contemporains aussi pareils que pires? Qui n’est jamais revenu sur sa position, Katumbi lui jetera-t-il la première critique?

Je chute. Rappelez-vous toutefois de l’histoire de la chauve des souris à sa mort. Rappelez-vous que lorsqu’il mourut enfin, la chauve-souris n’eut personne pour le porter en terre: ceux qui avaient des ailes le disait avoir des poils, et ceux des poils n’y voyaient que des ailes… La moralité voudra que chacun défende ses convictions sans avoir à les adapter en fonction d’interlocuteurs. La moralité voudra aussi souvent, que certains puissent donner leurs vies en échange. Certes la réalité s’oppose souvent à celle-ci, mais la raison devrait nous aider à résister. Autant finir bloqué dans le frigo d’une morgue. Autant manquer des funérailles. L’histoire, dame histoire, nous retiendra finalement dans son registre glorieux.

Litsani Choukran,
Le Fondé.

Source : Politico CD

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