Kabila-Tshisekedi: la véritable alternance attendra encore… à moins que la « kabilie » ne mute (TRIBUNE)

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Quand la CENCO en appelle à une alternance effective selon la volonté du peuple, elle craint légitimement que Félix Tshisekedi n’en soit réduit qu’à un présidentialisme contrasté et symbolique auquel le contraint la Constitution en vigueur. En principe, dépourvu de majorité, dans un régime politique à géométrie variable qui bascule au parlementarisme, le Président de la République dispose d’une marge de manœuvre trop étriquée pour lui permettre d’imposer sa vision et de changer le cours des choses en RD Congo par une impulsion autonome.

Le recours à la formule de coalition, là où il devrait s’agir de cohabitation, peut sembler atténuer cette faiblesse institutionnelle. Cependant, ce n’est qu’une apparence, car le rapport des forces dans le cadre du partenariatalliance FCC-CACH est tel que l’on a plutôt affaire à une coalition en fac-similé et de façade à laquelle l’apport du Président de la République n’est nullement significatif. L’atout que constitue la large et confortable majorité numérique au Parlement pour la kabilie en relativise l’importance. Sur 500 députés, la kabilie en revendique 330 et CACH 50. La proportion est de 1 à 6,5.

En effet, pour J. Kabila, il s’agit d’une coalition-absorption, d’une coalition-concession, d’une coalition de compassion et de commodité destinée à faire de son partenaire une extension politique à défaut de le phagocyter et le liquider définitivement. Sans les députés du CACH, la majorité de la kabilie demeure intacte et suffisamment stable pour résister aux velléités et autres caprices de son allié souffrant du syndrome de Maréchal Soubise.

Le piège était bien tendu et, à ce propos, les stratèges de la kabilie avaient, comme à chaque échéance politique dans notre pays, un voire deux coups d’avance. La kabilie s’est ménagé une majorité et, c’est sa majorité à elle seule, indépendante de toute autre force, même alliée. En cas de crise, elle peut évoluer seule.

Kabila tient le manche, Félix Tshisekedi la lame

Entretemps, il faut vendre aux crédules l’illusion d’une « coalition majoritaire » qui n’en est pas une en réalité. « Du FCC ou du CACH nos députés appartiennent tous à la majorité », déclarera notamment Augustin Kabuya.

Les enjeux d’une telle stratégie méphistophélique savamment montée sont évidents. Il s’agit de sécuriser l’autorité morale, de ne lui faire prendre aucun risque eu égard à la gouvernance chaotique de la kabilie, et surtout, de pérenniser un régime honni et exécré tout en en justifiant le bilan avec le soutien symbolique et, non moins paradoxal, de ceux-là même qui l’avaient combattu hier.

Toutefois, Félix Tshisekedi ne perd pas tout. Après tout, c’est lui qui préside le Conseil des ministres en qualité de Président de la République. Et comme l’essentiel réside dans la symbolique, il pourrait faire de la résistance et essayer de vouloir imprimer sa marque dans le cadre de l’espace de collaboration avec le Premier ministre (en fait J. Kabila) et surtout exercer avec une certaine virulence doublée de dextérité une magistrature d’influence eu égard aux attributions constitutionnelles du Chef du gouvernement. Tendre la corde de l’alliance à l’extrême, mais veiller à ce qu’elle ne rompe pas au risque de le payer. En effet, J. Kabila tient le manche, Félix Tshisekedi la lame.

Il n’est pas sans intérêt de signaler qu’au-delà des apparences, le véritable chef de la majorité au pouvoir, l’autorité morale du régime qui se perpétue, c’est bel et bien Joseph Kabila. Il est certes vrai que la Rd.Congo a un nouveau Chef de l’Etat qui la représente et est attributaire de quelques compétences constitutionnelles en vertu desquelles, par ailleurs, certains de mes amis et connaissances réels et/ou virtuels viennent d’être nommés, et l’on peut les féliciter en passant.

Cependant, force est de constater que la véritable alternance attendra encore, à moins que la kabilie ne mute. Prendre son mal en patience. Ce qui, historiquement, n’est pas évident. N’en déplaise aux sceptiques. Avec le tableau actuel, ce qui est vrai pour Félix, l’aurait également été pour Martin avec quelques détails tenant au degré de légitimité.

Source: http://www.mediacongo.net/

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