Journée internationale des archives: la RDC en marge de l’événement

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Le Conseil international des archives a  placé, cette année, la célébration de l’activité sur le thème « Archives : gouvernance, mémoire et patrimoine ». Une activité qui précède la rencontre des spécialistes (archivistes et archivologues) de l’écriture non voilée ou document d’archives prévue du 26 au 28 novembre, à Yaoundé, au Cameroun.

Alors que le monde entier a célébré, le 9 juin, l’importance des archives à travers le monde, en République démocratique du Congo (RDC) la conservation des documents est une gageure. « Les responsables politiques et culturels semblent méconnaître l’importance des archives. Dans ce pays, les institutions qui s’occupent de l’organisation et de la gestion des archives n’arrivent toujours pas à bien gérer les contenants. D’où viendra alors l’esprit du contenu des archives ? Cette négligence occasionne le développement de la corruption et de la falsification des documents importants au pays », a déclaré Delphin Bateko Moyikoli, chercheur indépendant dans le domaine des archives, documentation, bibliothèque, communication et le journalisme.

La négligence des archives, a-t-il fait observer, a des conséquences néfastes sur l’avenir d’un système. Il a pris pour preuve la récente révocation de plusieurs magistrats à travers le pays. Entre autres raisons avancées pour en arriver à la suppression de leur emploi, a-t-il dit, figurait la mauvaise manipulation des documents académiques. Les archives, a soutenu Delphin Bateko, constituent le pilier d’une nation, surtout le support des secrets d’État (écriture non voilée d’une nation). L’histoire renseigne que dans le monde antique, les archivistes ont été les premiers conseillers des rois et des empereurs, a attesté le chercheur. « C’est grâce aux documents d’archives et autres, regroupés par l’archiviste-bibliothécaire-bibliographe Emile Théodore Joseph Hubert Banning que le roi Léopold II de Belgique a eu l’envie de devenir propriétaire de l’État indépendant du Congo », s’est-il référé.

Les moments difficiles des archives en RDC

Selon Delphin Bateko Moyikoli, l’histoire archivistique de la RDC renseigne que les archives de ce pays n’ont connu que des moments difficiles. Il y a d’abord eu destruction des archives de la colonie belge (Congo belge) par Léopold II, ensuite pillage des archives de la présidence de la République par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo et ses alliés en 1997, des archives qui avaient déjà été négligées pendant la deuxième République, a-t-il soutenu.

Le chercheur a fait des rappels éloquents de destruction des archives. « Au cours des dix dernières années, les archives de la RDC ont été détruites plus de cinq fois. En 2006, la destruction d’une partie des archives  judicaires  de la Cour suprême de justice lors des audiences sur les contentieux électoraux. En 2007, des incendies ont détruit les archives de la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réinsertion, quelques jours avant l’arrivée des experts internationaux pour un audit de la gestion de fonds destinés à la gestion des démobilisés. Et, en novembre 2009, les incendies ont aussi ravagé les archives médicales des Cliniques universitaires de Kinshasa  », a rappelé Delphin Bateko Moyikoli. Il y a également eu, a-t-il poursuivi, la destruction des archives du secrétariat général et des installations abritant le serveur central du système informatique du ministère du Budget, dans la nuit du 5 au 6 janvier 2015. Et dans la nuit du 16 au 17 mai, il y a eu dévastation des archives pénitentiaires et judicaires de 2017 à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, et celles du 10 juin 2017 du parquet de Matete.

Numérisation des archives

Dans la problématique de la conservation des archives, l’on se doit d’insérer la donne numérique. Alors que les disciplines des sciences de l’information et de la communication comme le journalisme, la bibliothèque, la documentation mutent vers le monde numérique, le monde archivistique traîne encore le pas à cause de nombreux contraintes liées à la confidentialité et la communicabilité des informations archivistiques.

Des experts congolais en la matière, parmi lesquels le Pr Bob Bobutaka de l’Institut supérieur de la statistique, évoquent l’impérieuse nécessité d’une loi autorisant la numérisation des archives et la détermination de type de document pour éviter l’accessibilité au public non autorisé à certains secrets d’État. Et Delphin Bateko Moyikoli de préconiser que des  institutions nationales de conservation des documents ouvrent des réflexions pour la gestion et conservation des documents numériques. « C’est maintenant et pas demain qu’il faut penser à l’organisation des archives en RDC. Sinon, on ne saurait bien contrôler, canaliser les différentes activités et développer le pays », a conclu le chercheur.

Légendes et crédits photo : 

Les archives sont négligées en RDC (ici à Lubumbashi)

Source : http://www.adiac-congo.com/

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