Journée internationale de la femme: la campagne « Unsug Heroes » honore les militantes de la lutte contre les violences

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Initié par Médecins du monde et né de la volonté de témoigner des violences faites aux femmes, le projet photographique donne la parole à des femmes du monde entier. Celles qui fuient une zone de conflit, celles qui luttent contre l’ordre social établi, celles qui n’ont d’autre choix que de continuer, comme celles qui décident de s’y engager.

Jusqu’au 8 mars, Médecins du monde affichera soixante portraits de femmes d’Afrique, d’Asie, d’Europe, d’Amérique latine ou du Moyen-Orient, collectionnés par le photographe français Denis Rouvre.

Au nombre de ces femmes, la Congolaise Anny Tenga Modi, directrice exécutive et co-fondatrice de l’association Afia mama (la santé de la femme). Activiste pour les droits de la femme mais aussi des jeunes, elle milite pour leur leadership. Son portrait a été présenté le 4 mars, simultanément dans les rues de Paris, de Bordeaux et de Bruxelles.

Anny Tenga Modi habite Kinshasa depuis quatre ans, après s’être réfugiée pendant dix ans en Afrique du Sud. « J’ai commencé mon activisme dans les centres d’accueil des réfugiés où je partais plaider pour les femmes et les filles réfugiées qui n’avaient pas accès aux services minimum pourtant disponibles et gratuits, parce qu’elles n’avaient pas l’argent pour corrompre parfois. Elles ne pouvaient pas parler la langue, elles n’avaient pas la force pour se bousculer à la porte pour y accéder. Petit à petit on s’est rendu compte que les femmes de mon pays d’origine avaient plus besoin de moi, surtout lorsqu’on a appelé mon pays « la capitale du viol ». Parce qu’on y utilisait la violence sexuelle comme une arme de guerre. C’est à ce moment que j’ai été très tentée de revenir et contribuer, porter la voix de celles qui sont restées, de celles qui ont continué à vivre la violence, la souffrance que je connais personnellement et dont j’ai eu la chance de sortir », témoigne-t-elle dans le cadre du projet.

« L’analphabétisme, un frein pour l’émancipation de la femme »

Pour elle, les guerres en République démocratique du Congo, mais surtout à l’est du pays, ne sont pas seulement politiques, mais aussi pour l’accès à la terre pour les uns, pour maintenir le contrôle sur cette terre pour les autres. « Nous vivons dans un système patriarcal, où il y a beaucoup de « valeurs » que je mets entre guillemets, qui définissent ce que doit être la femme. Comment elle doit se comporter, ce qu’elle doit faire et la faute d’avoir été violée est mise tout entière sur la femme pourtant victime de cette situation. Ce qui permet aux femmes de développer la résilience, c’est souvent la solidarité entre celles qui ont expérimenté le même type de violences, ou même des types différents de violences. Ce partage d’expériences ou de douleurs. Après, il y a des zones où il y a eu beaucoup d’actions humanitaires, beaucoup de sensibilisation et ça aide », explique Anny Tenga Modi.

La santé sexuelle et reproductive de la femme après ces expériences reste un problème, dit-elle, car il n’existe pas beaucoup d’hôpitaux avec des dispositions pour prendre en charge les cas de fistules, par exemple, et le manque d’informations ainsi que l’analphabétisme qui est très élevé créent aussi une barrière. En outre, fait-elle savoir, même si les informations à propos  sont disponibles, elles ne peuvent pas aider la majorité des femmes car elles sont en français .

« Notre travail d’activistes des droits de la femme en tant que Congolaise, consiste premièrement à faire entendre et à faire participer la femme. Nous sommes dans un pays où le cadre légal nous protège beaucoup. Ça, je dois le reconnaître. On a beaucoup de droits sur le papier, mais leur application pose problème. A chaque fois qu’on discute de nos droits, la femme est toujours minoritaire, on n’a jamais eu plus de 15 % de femmes au parlement. Ça veut dire que c’est majoritairement les hommes qui ont décidé de la limite de la parcelle de droits qui devaient nous revenir. Que ce soit dans le système judiciaire, il n’y a pas beaucoup de femmes, donc l’application de ces lois reste un problème. Nous nous sommes donné la mission sur le terrain de sensibiliser, faciliter l’accès à l’information, parce que ne peut revendiquer ses droits que celui qui a la connaissance », indique Anny Tenga Modi.

Pour l’activiste, plus la RDC aura de personnes sensibilisées aux positions décisionnelles, plus le pays pourra espérer avoir un changement de mentalité progressif.

Légendes et crédits photo : 

Anny Tenga Modi

Source : http://www.adiac-congo.com/

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