Jean-Pierre Bemba: de chef rebelle à « sauveur », en vingt ans !

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Ce dimanche 30 septembre 2018, le Mouvement de Libération du Congo (MLC) célébrait le vingtième anniversaire de sa création. Ce mouvement, initialement rebelle, semble avoir réussi à se laver de la sulfureuse réputation qui l’entachait, pendant les années de radicalisation, aux yeux du public congolais.

Il y a de cela deux décennies, naissait l’une des rébellions les plus meurtrières de l’histoire de l’Afrique. Sous la conduite d’un jeune, né d’une famille historiquement nantie, le MLC s’adjugea le monopole du contrôle de la partie nord de la RDC, pendant que le RCD faisait la loi à l’est du pays. A cette époque, Jean-Pierre Bemba, prétendait réagir à « la déliquescence de notre pays suite à la confiscation du destin de notre pays par les pseudo-libérateurs de l’AFDL de triste mémoire », pouvait-on lire dans le message d’anniversaire du sénateur, aux militants de son parti.

Cet objectif, qui ne sera du reste qu’un bouc-émissaire, se traduira par plusieurs dérapages s’apparentant à des violations flagrantes des droits humains. L’histoire étant incorruptible, certains vestiges de la nocivité de la bande à Bemba parlent plus du rôle de ce dernier dans le sort de la RDC contemporain.

Un mouvement au service des intérêts étrangers

Si certains pays voisins de la RDC sont noircis, dans les mémoires des citoyens congolais pour leurs interventions intempestives sur le sol Congolais, leurs pions semblent jouir d’une certaine largesse. Les présidents des principaux agresseurs officiels de l’Est, le Rwanda et l’Ouganda, ne se sont pourtant jamais déployés directement sur le sol congolais ; plutôt par l’entremise des citoyens congolais.

Pendant toutes les années de la belligérance, le MLC de Jean-Pierre Bemba a joui de l’appui financier, logistique et humain de l’Ouganda ; chose qui a d’ailleurs valu au pays de Yoweri Museveni une condamnation auprès de la cour internationale de Justice, le 19 décembre 2005. Au terme de ce procès, la partie congolaise exigea à leur opposé un dédommagement variant entre 6 et 10 milliards de dollars américains.

Bienheureux, Jean-Pierre Bemba s’en est sorti exempt. Contre toute attente, l’héritier de Jeannot Bemba Saulona, alors vice-président de la RDC, se verra récompenser par le peuple congolais aux élections de 2006. Lors de ce scrutin, le seigneur de guerre sera bonifié d’une majestueuse 2ème place au premier tour, gage de sa participation au second tour de la dite consultation.

Contentieux électoraux tranchés à coup d’armes lourdes

Les choses ne se tourneront, malheureusement pas en faveur du chairman Jean-Pierre Bemba. Battu aux suffrages, selon les résultats de la CEI [actuelle CENI], l’homme et son opposé proposèrent au public Kinois un spectacle du tout incommode.

A une époque où tous les anciens porteurs d’armes avaient tendance à ne rien régler sans bomber les biceps, Kabila et Bemba trancheront leurs contentieux électoraux dans les rues de Kinshasa par les vrombissements d’armes lourdes.

Plus tard, Jean-Pierre Bemba verra son mouvement vider de certains caciques, et ses troupes intégrés dans les rangs des FARDC. Lui-même, politicien ordinaire, Bemba subit un sort aigre, que ses adeptes qualifient de conspiration. Il s’agit de son incarcération, à la Cour Pénale Internationale, suite à l’intervention de ses hommes en Centrafrique.

A La Haye, l’ancien maquisard a purgé une bonne séquence de 10 ans de détention, avant de revenir au pays en héros pharaonique, si pas en sacré rédempteur.

Quand l’Histoire triche en faveur du MLC

La miséricorde, jamais implorée par le parti cher à Bemba Gombo, n’a jamais cessé de croiser le parcours du MLC. Acteur majeur de la guerre dite d’agression, le MLC s’est vu davantage disculpé de sa culpabilité sans effort ni sacrifice.

Alors à La Haye, le président du MLC a lointainement assisté à l’autodestruction intime de son adversaire, la Majorité Présidentielle. Le mouvement cher à Joseph Kabila, n’ayant plus de contre-force, s’est compromis seul en s’éloignant des vœux sacrés qui le liait au peuple.

Ainsi se rompit le serment de confiance entre le clan Kabila et la partie populaire. Mythique opportuniste, le MLC et son leader Bemba, n’ont nullement tergiversé avant de bondir dessus cette occasion orgiaque.

A sa disculpation, Bemba est revenu plus populaire, plus aimé et plus pur, qu’il ne le fût jamais auparavant. Porteur des espoirs de tout un peuple, Bemba suscitait déjà la nostalgie des indécis congolais et d’une bonne frange de l’opposition ; l’opposition ordinaire n’ayant pas su déjouer toutes les manigances accusées à Joseph Kabila, et sa majorité au pouvoir.

Dès son retour, le président est perçu comme le Messie tant attendu par tant des Congolais, pas d’accord avec la gestion de la RDC par Joseph Kabila.

Bien qu’ayant vu sa candidature rejetée par la CENI d’abord, ensuite par la Cour constitutionnelle, le sénateur Jean-Pierre Bemba revêt toujours la casquette de la personne tant attendue, par nombre de gens, pour la refondation de l’Etat.

Lors du meeting co-organisé par les partis de l’opposition ce samedi 29 septembre 2018, le président du MLC a brillamment pris parole en télé vidéo, s’adjugeant une panoplie d’appréciations et d’applaudissements.

En effet pour le cas du MLC et son mentor, le long séjour dans la rivière semble avoir transformé un morceau de bois en crocodile, en dépit de l’adage qui insinue le contraire.

Au cours de l’une de ces dernières sortie médiatiques, lors de son court séjour au pays, le chairman Bemba ne s’est pas empêché de faire référence à ses glorieuses années d’occupation de la partie septentrionale de la RDC ; afin de prouver sa compétence à pouvoir instaurer l’autorité de l’Etat dans les zones sous occupations des rebelles ougandais, ADF.

Mais le chef de fil du MLC, a-t-il suffisamment appris lors de sa longue détention à La Haye, pour pouvoir se métamorphoser intégralement en ce héros que le peuple voit en lui ?

Seul l’avenir le révèlera peut-être différent.

Source: http://www.mediacongo.net/

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