Interview. Me Aya Caloger : « Le judo congolais doit redémarrer sur des nouvelles bases »

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L’ancien secrétaire général adjoint par intérim du bureau fédéral, aujourd’hui l’un des membres de la commission de gestion de crise, détaille, dans cette interview, les stratégies qui permettront au judo congolais de redémarrer sur des nouvelles bases.

Les Dépêches de Brazzaville (L.D.B.): Me Aya Caloger, quelle est l’ambiance qui règne maintenant dans la famille du judo après la publication de la note nommant les membres de la commission de crise ?

Aya Caloger (A.C.): Je ne peux pas parler d’une joie. Au contraire, c’était le souhait de tous de voir le judo enfin avoir une nouvelle instance et que celle-ci puisse lui donner la chance de redémarrer sur des nouvelles bases.

L.D.B.: C’était votre principal souci…

A.C.: Oui, parce qu’au sein de notre famille, notamment au sein du bureau fédéral dont j’ai été le secrétaire général adjoint intérimaire, nous avons eu des incompréhensions sur la gestion administrative de notre structure, précisément en ce qui concerne le renouvellement des ligues par voie électorale afin de leur permettre de tenir leur compétition à caractère départemental. On a aussi un problème sur le fichier des athlètes et des ceintures noires. Je crois bien que le ministre, à travers la note que nous avons tous pris connaissance, a observé une forme de neutralité. Vous constaterez que d’un côté, il n’a pas nié l’existence de la fédération ni l’existence de Marien Ikama comme président de la Fédération congolaise de judo (Fécoju), de l’autre, il a aussi reconnu l’existence d’un comité de normalisation dont je préside aux destinées. Etant donné que nous sommes deux entités administrativement opposées, il était temps de mettre une commission neutre qui regroupe les deux tendances. Et cette commission est dirigée par le conseiller aux sports du ministre, Jean Nganga.

L.D.B.; Quel est le but de la commission de crise ?

A.C.: L’objectif c’est travailler pour que de part et d’autre, nous essayons de tomber d’accord sur les dossiers administratifs qui doivent nous permettre d’aller vers une assemblée générale élective apaisée et que chacun de nous ne se dise pas que le ministre a pris position pour tel ou tel autre camp. Je vous rappelle que la majorité des judokas voudrait voir,  dans deux matins, une nouvelle tête arriver à la tête de notre structure pour que le judo puisse redémarrer sur des nouvelles bases.

L.D.B.: C’est un vaste chantier, par où allez- vous commencer ?

A.C.: Le chantier est certes vaste mais je peux vous dire que personnellement, je prends toujours en exemple la fédération de kurash. Avec moins de moyens, ils ont pu mettre en place des ligues de Pointe-Noire, du Niari et de la Bouenza en quatre jours. S’il y a une chose qui nous manque, c’est la volonté de faire et ensuite de le faire sans avoir des calculs électoraux dans notre tête. Si aujourd’hui, le judo n’a pas pu renouveler les ligues, c’est parce que nous sommes tombés dans le piège du bruit, des vacarmes, et aussi parce que quelque part, le président de la fédération avait des calculs électoraux en matière d’élection des ligues. Il ne voulait pas que le corps électoral actuel puisse aller vers les élections de ligues. Il a nommé les ligues dans l’objectif de fabriquer d’autres clubs afin de lui permettre de changer le corps électoral pour qu’il puisse briguer un nouveau mandat. Heureusement, on a su recadrer les choses. Et nous souhaiterions que l’administration du judo puisse fonctionner, que les ligues soient renouvelées par voie électorale afin qu’elles organisent le plutôt leur championnat. L’objectif est d’arriver, après dixans, à l’organisation du championnat national et la coupe du Congo. J’insiste sur ce point. Ensuite, permettre aux experts internationaux et nationaux de commencer à former nos entraîneurs. A notre niveau, nous aussi, les anciens, allons commencer à recycler nos ceintures noires, parce qu’aujourd’hui, sur le plan technique, nous avons un problème grave. Beaucoup de jeunes ont porté des ceintures noires mais dans leur tête, ils n’ont pas de connaissance de notre grammaire de judo que nous appelons le Gokyo ou le Sai komi waza. Autrement dit, nous allons remettre de l’ordre au niveau du fichier des athlètes, des grades et des clubs.

 L.D.B.: Le judo a déjà vécu ce genre de crise. N’avez-vous pas tiré les leçons du passé ?

A.C.: Le temps est un grand maître. Le pire ennemi du temps, c’est le temps. C’est Machiavel qui le dit.  Si hier j’ai été combattu, incompris, je crois bien que tous les acteurs du judo, particulièrement ceux avec qui nous étions hier en contradiction, à savoir des doyens, anciens et jeunes athlètes, tout le monde a tiré les leçons de grosses bêtises que nous avions tous commises. Aujourd’hui, je suis la voix la plus écoutée du judo (…) Les Jeux africains étaient une chance pour notre discipline. On a reçu plus de sept cents millions de F CFA. Nous avons bénéficié de plus de quatre cents kimonos et de deux surfaces de compétitions. Malheureusement, les kimonos ont disparu dans la nature et l’argent n’a pas servi au judo, les surfaces aussi ont disparu. Le souhait est que celui qui viendra à la tête de la structure soit quelqu’un de propre, de pur.

 L.D.B. : Pendant combien de temps votre commission va-t-elle exister?

A.C.: La commission est mise en place pour préparer l’assemblée générale élective. Mais ce qui est vrai, elle fait la volonté des judokas. Les cadres du sport et celui du comité olympique qui sont dans le bureau sont juste pour arbitrer et nous conduire vers une élection apaisée. De part et d’autre, le comité de normalisation présente une documentation, la fédération présente aussi la sienne et ensemble, nous allons faire la synthèse pour que nous puissions aller à l’assemblée de façon équilibrée.

L.D.B. :Auriez-vous l’ambition de briguer la présidence de la Fécoju avec Marien Ikama ?

A.C.: Marien Ikama est libre. Si aujourd’hui ce droit lui est retiré, on parlera de coup d’Etat. Il est libre de sauver ou de reconquérir son mandat. Mais moi, je préfère observer la neutralité. Je ne serai pas candidat à un quelconque poste, parce qu’on dit que je suis l’auteur de ce coup.  Nous voudrons seulement que le judo congolais redémarre sur des nouvelles bases, peu importe celui qui sera élu à sa tête.

Légendes et crédits photo : 

Me Aya Caloger/Adiac

Source : http://www.adiac-congo.com/

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