Interview. Chrysostome Nkoumbi-Samba:  » Saut technologique réussi pour la Céni et sa machine à voter »

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C’est une grande première dans l’histoire des votes en Afrique centrale. Le vote électronique en République démocratique du Congo (RDC) a livré les résultats de l’élection au suffrage universel consacrant Félix Thsisekedi président de la République. L’ expert en cybersécurité et sécurité des données explique l’avènement du nouveau système de vote  qui en appelle à un changement de paradigme en Afrique.

Chrysostome NKOUMBI-SAMBA, MBA MSDN, Expert Cybersécurité - Sécurité Des DonnéesLes Dépêches de Brazzaville (LDB) : Comment avez-vous accueilli le dénouement des élections du 30 décembre dernier en RDC ?

Chrysostome NKoumbi-Samba (C.N.S) : Pendant la campagne présidentielle, l’utilisation de la machine à voter « version RDC » a suscité une large préoccupation de la part des candidats, des votants, des observateurs et analystes. J’en avais déjà parlé dans une interview avant la présidentielle. Le président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni), Corneille Nangaa Yobeluo, a su imposer le processus en dépit du mode de scrutin traditionnel. L’élection a bien eu lieu. Le peuple a répondu présent. Un vainqueur en est sorti. Après la controverse des résultats, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo a été investi comme étant le cinquième président de la RDC. Je le félicite et salue ce dénouement satisfaisant.

L.D.B. : Satisfaction alors qu’il y a une contestation des résultats ?

C.N.S. : La polémique est née quant à l’option de comptabilisation automatique qui avait été abandonnée au profit d’une comptabilisation manuelle. Cela a retardé la proclamation des résultats. Comme il fallait s’y attendre, faute d’accord ainsi que de cadre négocié et accepté par tous, les résultats sont contestés. Le rapport fait mention « de sérieux doutes sur la conformité des résultats proclamés » et non des votes exprimés au travers de la machine. Il ne s’agit pas d’une défaillance technique mais de la volonté des hommes de se passer de la technique pourtant devenue mature, pour preuves.

L.D.B. : Quelles sont les leçons à tirer ?

C.N.S. : Aujourd’hui à travers le monde et en Afrique en particulier, le numérique possède la capacité d’être un des principaux moteurs de croissance et de création d’activité dans les prochaines décennies. Mieux encore, pour ce continent, il constitue un levier indispensable à la préparation de l’avenir. Avec la pénétration croissante d’internet, de l’utilisation du mobile, c’est toute l’économie du savoir qui se trouve à la portée de la population. Une croissance qui ne saurait se réaliser en vase clos dans un monde globalisé et interconnecté. La machine à voter s’impose à nous sans tomber ni dans les troubles ni dans le chaos. La France, pour l’exemple légendaire et humaniste qui la caractérise, entend réconcilier le vote électronique et les nouvelles technologies, d’une part, en mettant à terme le moratoire de 2008 sur les machines à voter et, d’autre part, en s’appuyant sur sa doctrine cybersécurité pour préparer le vote par internet pour les élections consulaires de 2020 et législatives de 2022,

L.D.B. : Après la RDC, les Sénégalais éliront leur président. Envisageriez-vous le même processus électoral ?

C.N.S.: Nous sommes dans une période engagée depuis le milieu des années 1990. Il est souhaitable que l’Afrique opte pour ces nouvelles modalités de vote dotées de grande créativité pour les modes de scrutin. Elles offrent un moyen d’accélérer le processus de traitement des suffrages exprimés. Dans nos pays où les infrastructures routières sont encore difficiles, la population pourra voter à distance. Les vérifications des votes individuels seront effectuées par les observateurs accrédités. Le Sénégal devrait emboîter le pas à la RDC. Il est possible que l’Afrique montre au reste du monde qu’elle peut organiser des élections fiables et comme elle l’a déjà démontré par le passé avec le payement par mobile. Il appartient à l’opinion internationale d’accompagner, de protéger l’organisation de ces élections libres et justes avec de nouvelles règles pour mieux protéger les processus démocratiques de toute manipulation par des pays tiers ou des intérêts privés.

L.D.B. : Comment votre cabinet intervient-il dans ces processus démocratiques en Afrique ?

C.N.S.: Je suis expert en cybersécurité et, de par mes origines et le fait d’être citoyen européen, je prétends être au centre des préoccupations des nouveaux processus qui se mettent en place au fur et à mesure. Ma structure les accompagne. En RDC, une grande première et un véritable cas d’école : là où les Européens peinent à organiser de tests grandeur nature  avec suffisamment d’anticipation pour corriger les difficultés constatées, la RDC, avec ses 2,3 millions de Km2, soit quatre fois la superficie de la France, avec à peine 3500Km de routes asphaltées, plus de quarante millions d’électeurs inscrits ayant disposé de plus de quatre-vingt-mille bureaux de vote, a fourni une mine considérable d’informations. Nous travaillons pour anticiper la projection d’un tel processus dans le futur. Gageons que nos responsables politiques africains choisissent, en appui de leurs efforts, d’associer une expertise acquise par leur diaspora au fur et à mesure des évolutions en matière de numérisation des scrutins électoraux.

 

 

Chrysostome NKOUMBI-SAMBA

MBA MSDN

Expert Cybersécurité – Sécurité Des Données

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Téphone : 00 336 67 25 51 76

Légendes et crédits photo : 

Photo : Chrysostome Nkoumbi-Samba, MBA MSDN, expert cybersécurité – Sécurité des données
Crédit photo : Fredy Mizelet by Flam Image

Source : http://www.adiac-congo.com/

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