Interview. Ados Ndombasi : « Nous avons un souci manifeste de réorganiser le secteur culturel »

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À la base comédien, l’opérateur culturel plus connu comme coordonateur du célèbre Festival international d’humour Toseka est député élu dans la circonscription de la Funa. Dans cet entretien exclusif accordé au Courrier de Kinshasa, il parle des raisons de son engagement en politique et du processus électoral.

 

Ados Ndombasi élu député à la FunaLe Courrier de Kinshasa (L.C.K.) : Comment avez-vous vécu le processus électoral auquel vous avez pris part  ?

Ados Ndombasi (A.N.) : C’est très difficile de ne pas le reconnaître, nous avons assisté à des élections chaotiques. Je suis dans la coalition Lamuka, de la dynamique de l’opposition dont je suis l’un des porte-paroles. Je pense que la victoire nous a été volée, celle du président de la République élu par les Congolais. Le peuple congolais a porté son choix sur Martin Fayulu,  malheureusement aujourd’hui, c’est Félix Tshisekedi qui a été désigné pour conduire la destinée de la République démocratique du Congo (RDC). Nous avons participé à un processus électoral qui n’est pas digne de ce pays.

L.C.K. : Les artistes, en particulier ceux de l’univers de la musique et du théâtre comme vous, ont massivement participé aux élections. Comment peut-on expliquer cet engouement pour la politique  ?

A.D. : C’est parce que nous avons un souci manifeste de réorganiser le secteur culturel qui accuse beaucoup de problèmes en RDC. Pour moi, c’est vraiment une envie, en tant qu’opérateur culturel congolais, d’entrer en politique premièrement pour doter le pays d’une politique culturelle. Accorder aux opérateurs culturels et aux artistes un statut pour protéger leur travail. Une envie de vraiment changer les choses, de participer au développement du pays. Et surtout, montrer aux gens que le secteur culturel peut aussi rapporter énormément d’argent à la RDC comme c’est le cas sous d’autres cieux. Il y a des pays comme la France, par exemple, qui investissent chaque année dix milliards dans le secteur culturel qui rapporte plus de quarante-huit milliards à la France. Et, plus d’un million d’emplois sont générés par le secteur culturel. La RDC peut faire la même chose si le secteur est bien organisé pour participer au développement économique du pays.

L.C.K. : Comment pensez-vous mener les choses, ne faudrait-il pas créer une synergie autour de votre combat  ?

A.D. : Nous avons déjà l’avantage d’être trois artistes à avoir accédé au parlement. Jean Goubald Kalala, Paul Balenza et moi. L’idéal serait de récupérer le ministère de la Culture, faire en sorte qu’il soit géré par un opérateur culturel ou une personne qui a une maîtrise des défis du monde culturel en RDC. Nous allons déjà nous battre sur ce front et pensons qu’avec l’appui des autres artistes et des opérateurs culturels, nous arriverons à faire avancer les choses comme il se doit.

L.C.K. : Pendant votre campagne, vous avez engagé un plaidoyer en faveur de l’agriculture. Qu’en est-il à présent ?

A.D. : Je pense qu’aujourd’hui, ce pays a plusieurs problèmes. Nous avons plusieurs défis à relever en RDC. En effet, n’oublions pas que nous avons un sérieux problème de famine dont on ne parle pas assez. Il y a quinze millions de Congolais qui souffrent de famine à ce jour, ce n’est pas normal ! Dans un pays comme le nôtre, il est important de décréter l’Etat d’urgence agricole. Nous devons impérativement investir dans l’agriculture.

Mais il existe aussi de sérieux problèmes de santé. Les Congolais décèdent aujourd’hui juste par manque de 500 francs ou 1 000 francs. Je pense que les soins de santé primaires doivent être gratuits dans ce pays ou tout le moins, permettre à tout Congolais d’accéder assez facilement aux soins de santé.

La corruption est un grand mal qu’il faut combattre en RDC. Et, autre chose encore à considérer, c’est l’insécurité totale car, si à Kinshasa ce sont les kuluna qui font la terreur, dans l’est du pays ce sont les rebelles, notamment les ADF qui tuent régulièrement les Congolais. Il faut s’attaquer à cela. Du reste, j’avais adoré la décision qu’avais prise Martin Fayulu de délocaliser le camp Kokolo, le placer à Beni pour mieux contrer les actions des rebelles. L’éducation est aussi un secteur sur lequel nous devons porter une attention particulière. Le Congo a beaucoup d’argent, par conséquent, l’école devrait être gratuite et c’est possible si les politiques avaient assez de bonne volonté pour cela. Nous irons au parlement avec notre petite intelligence et essayer de changer impérativement les choses.

 

Légendes et crédits photo : 

Photo : Ados Ndombasi élu député à la Funa

Source : http://www.adiac-congo.com/

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