Installation en France de la diaspora des deux Congo : trois questions à Laurent Chalard

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Le géographe-consultant, membre du think tank European center for international affairs, en appui des données de l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), fait ressortir la présence croissante en Ile de France de migrants congolais. Son éclairage après lecture des résultats de son étude.

Laurent ChalardLes Dépêches de Brazzaville (L.D.B.) : Quelle est la nature des statistiques extraites de l’Insee dont vous avez publié les données ?

Laurent Chalard (L.C.) : L’Insee publie chaque année, au mois de septembre, les données détaillées des naissances sur l’ensemble du territoire français de l’année précédente, en l’occurrence en septembre 2018, les données de l’année 2017, qui reposent sur l’état civil. Parmi les nombreux fichiers statistiques, accessibles en libre accès sur internet, il existe un fichier de répartition des naissances par département de domicile de la mère en fonction de la nationalité du père pour les communautés étrangères contribuant le plus à la natalité française, c’est-à-dire les Algériens, les Marocains, les Tunisiens, les Turcs, les Portugais, les Comoriens et les Congolais, entendus comme la combinaison des ressortissants du Congo Brazzaville et du Congo Kinshasa; les données transmises à l’Insee ne permettant pas précisément de distinguer les deux. En l’absence de statistiques ethniques, interdites par la législation française, ces données apparaissent comme les plus pertinentes pour analyser les lieux d’implantation privilégiés de la diaspora congolaise en France. Par ailleurs, à une échelle plus fine, la présence d’associations culturelles, humanitaires, politiques ou sportives congolaises constitue le meilleur indicateur pour déterminer les principales communes qui abritent des communautés congolaises dans les départements concernés.

L.D.B. : Comment la communauté congolaise se situe-t-elle par rapport à la population des migrants actuels en France ?

L.C. : Sans surprise, comme pour les autres communautés étrangères originaires d’Afrique subsaharienne, les naissances congolaises, en 2015, sont majoritairement dénombrées en Ile de France qui concentre, à elle seule, 55 % du total national des naissances congolaises, soit 2912. La majorité des immigrés arrive en avion et s’installe dans une métropole parisienne abritant la plus grande diaspora africaine du continent, favorisant celle dans laquelle des membres de leur communauté sont déjà installés depuis plusieurs décennies.

Au sein de la région, ce sont les départements de l’Essonne (dont Grigny), avec 3,1 % de naissances congolaises dans le total départemental, et de la Seine-et-Marne (dont Meaux et les villes nouvelles de Sénart et Marne la Vallée), qui abritent les plus fortes communautés. En effet, l’immigration congolaise étant récente, elle est moins présente dans le parc de logement social de Proche Couronne (la Seine-Saint-Denis n’arrive qu’en cinquième position), déjà occupé par d’autres communautés plus anciennement installées sur le territoire hexagonal. En outre, les Congolais étant chrétiens, ils ont un moindre tropisme que, par exemple, les Sénégalais vers les quartiers où la population musulmane est importante.

En-dehors de la région Ile de France, seuls sept départements comptabilisent au moins 1% de naissances congolaises dans le total de leurs naissances. Leur localisation géographique est particulièrement intéressante car ils sont tous, à l’exception d’un, situés dans le bassin parisien en périphérie de l’Ile de France, montrant le processus de diffusion, en règle générale suivant les voies de chemin de fer, à partir du centre récepteur majeur. Les départements concernés sont le Loiret (Orléans, qui compte probablement relativement la plus importante communauté de subsahariens hors Ile de France), l’Oise (Creil), l’Aube (agglomération de Troyes), l’Eure (Evreux), la Sarthe (Le Mans) et l’Indre-et-Loire (Tours). Ailleurs en France, la seule communauté notable se situe dans le département du Rhône, assez logiquement car Lyon est la deuxième métropole du pays, avec une population concentrée à Villeurbanne. Par contre, les Congolais sont très peu présents dans le sud de la France (ils représentent 0,05 % des naissances dans les Bouches-du-Rhône !), régions les plus éloignées du pôle récepteur majeur qu’est la capitale.

L.D.B. : Comment se projeter par rapport à ces flux ?

L.C. : Il est bien évidemment impossible de projeter l’évolution des flux congolais vers la France, ceux-ci étant dépendants de plusieurs facteurs : démographique (une croissance plus ou moins soutenue de la population), économique (une croissance plus ou moins importante de l’économie locale), environnemental (une bonne ou une mauvaise gestion des ressources naturelles) et politique (une plus ou moins grande stabilité politique). Jusqu’ici, ce dernier facteur a joué le rôle le plus important dans la migration congolaise vers la France, contribuant à un flux important de réfugiés originaires des deux pays du fait de leur instabilité chronique et de leurs régimes autoritaires, n’offrant guère de perspectives pour la population la plus éduquée, la seule ayant les moyens d’envisager une migration au long cours. Rappelons que les deux Congo se situent très loin des côtes méditerranéennes d’Afrique du nord, ce qui rend compliquée la migration clandestine à travers le continent.

Evry, capitale du département de l’Essonne, a depuis 1990 des accords de coopération décentralisée avec la ville de Kayes. En 2007, une délégation départementale conduite par Patrice Finel avait élargi cette coopération au-delà du Mali en se rendant aux deux Congo, plus précisément à Brazzaville, Kinkala, Mindouli et Kinhasa.

Légendes et crédits photo : 

Photo : Laurent Chalard

Source : http://www.adiac-congo.com/

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