Insécurité : l’idée d’un état d’urgence fait polémique

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L’idée des jeunes du PPRD de solliciter des institutions l’application de l’article 144 de la Constitution relatives à l’état d’urgence au regard de l’insécurité, qui prévaut dans certains coins du pays, est très mal vue par l’opposition qui y voit une stratégie du pouvoir pour repousser la tenue des élections.     

« État d’urgence ». Le  concept est sur toutes les lèvres. Il fait même déjà l’objet d’une vive controverse dans la classe politique quant à l’opportunité de l’instaurer au regard du contexte social délétère actuel caractérisé par le déferlement de la violence dans plusieurs coins du pays. Alors que cette perspective se susurrait déjà en coulisse dans certains milieux, la Ligue des jeunes du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD) a pris les devants pour dire tout haut ce qui se mijotait dans le sérail présidentiel, à savoir l’idée de décréter un état d’urgence. Le communiqué de cette structure daté du 15 juillet et signé par son président Patrick Naanga est évocateur quant à l’intérêt porté par le parti présidentiel sur cette question.

Les jeunes du PPRD attendent des institutions de la République la prise des mesures de sécurité qui s’imposent pour faire face aux « attaques sans fondement opérées par des hommes sans scrupule au niveau des provinces du Kasaï et de la ville de Kinshasa ». Ils n’excluent pas l’éventualité d’appliquer, s’il le faut, les dispositions de l’article 144 de la Constitution relatives à l’état d’urgence. Patrick Nkanga et ses amis ont mis le couteau dans la plaie en abordant un sujet sensible qui a toujours été évoqué du bout des lèvres. Le vin étant tiré, il faut le boire. Cette sortie médiatique de la Ligue des jeunes du PPRD est assimilée dans certains milieux politiques comme un coup d’essai, juste pour tâter l’opinion sur cette problématique. La récente attaque non revendiquée du Grand marché de Kinshasa ayant coûté la vie à son administratrice aura donc servi de prétexte pour justifier une telle option. « Il y a péril en la demeure. Il faut des mesures extrêmes pour tenter de sauver la République en danger », tel est le crédo aujourd’hui ressassé dans le camp présidentiel.

Déjà, le porte-parole du gouvernement avait, en son temps, donné le ton. Réagissant aux menaces de l’opposition qui envisage d’appliquer l’alinéa 1 de l’article 64 de la Constitution en cas de la non-tenue des élections en décembre 2017 comme prévu dans l’accord de la Saint-Sylvestre, Lambert Mende cité par actualités.cd avait affirmé que le gouvernement était prêt à appliquer l’alinéa 2 du même article. Celui-ci interdit « toute tentative de renversement du régime constitutionnel » l’érigeant en une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. L’on est donc dans un schéma où le gouvernement serait obligé, face aux menaces de l’opposition d’ameuter la rue, de restreindre certaines libertés fondamentales pour remettre le pays dans la bonne direction. D’où, pour le PPRD, l’état d’urgence est la seule alternative pour tenter de sauver ce qui peut l’être. La RDC, à l’instar des pays occidentaux, a besoin de cohésion et de patriotisme pour faire face au terrorisme, entend-on dire.

Une démarche suspectée par l’opposition qui y voit une stratégie pour permettre au régime de restreindre davantage les libertés dans l’objectif d’éloigner les élections. La Jeunesse du Mouvement du peuple congolais pour la République (MPCR) réfute, quant à elle, l’idée d’instauration d’un état d’urgence. Ceci d’autant plus que l’insécurité actuelle serait, d’après elle, entretenue en haut-lieu pour donner des arguments aux chantres de l’état d’urgence qui, somme toute, traduit « l’incapacité totale du gouvernement à sécuriser la population congolaise et ses biens ».

En lieu et place, les jeunes du MPCR exigent la tenue des élections pour décrisper la crise actuelle qui procède, selon eux, du maintien de Joseph Kabila à la tête du pays au-delà de son mandat. Olivier Kamitatu, cadre du G7 et porte-parole de Moïse Katumbi, n’y est pas allé par le dos de la cuillère. « En favorisant la violence au cœur de Kinshasa, le régime cherche à imposer l’état d’urgence afin de régler ses comptes en silence la nuit », avait-t-il tweeté dernièrement. Faut-il, oui ou non, décréter un état d’urgence en RDC ou sur une partie du territoire national au regard de l’insécurité croissante qui la gangrène actuellement ? La controverse est bien loin de se terminer…

Source : adiac-congo.com

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